‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 99 sur 290 · Poems, éd. Cliambors, I, p. 7-, p · texte numérisé non relu

Poems, éd. Cliambors, I, p. 7-, p

As virtiious iiien pass mildly away

And xUiisper to tlieir soûls to go, >Yhilst some of thcir sad rriends do My :

c No\\ liis breatli gocs >, and some sav < no »;

Une autre qualité, pour ne noter que les principales, est son esprit : sans cesse en éveil et si constamment présent qu'on peut se demander lequel, ou de ce mérite ou de sa débordante imagination, lui inspire tant de rapprochements brillants ou fantastiques, toujours hors du commun. Dans le calme plat du voyage aux Açores : « comme Samson, aux muscles détendus après la tonte, languissent nos navires ». Pendant la tempête, « nos voiles se balancent en loques, comme un pendu de l'année dernière ». Non moins vif et de meilleur aloi est l'esprit qui anime, plus tard dans sa vie, ses épitres en vers, genre qu'il aimait, car « mieux que les baisers, les lettres fondent les âmes » ; celle par exemple qu'il adressa à son ami, sir Henry Wotton l'ambassadeur, partant pour Venise : « Les poissons glissent sans bruit, sans laisser trace de leur passage. Toi, suis ta course avec tant d'art, que les hommes se demandent si tu respires ou non ». Trop heureux Wotton, s'il eût suivi le conseil et n'eût pas, en cours de route, fourni sa fameuse définition de son métier, laquelle faillit être, par un juste châtiment, la ruine de sa carrière 1.

So let us meit, and make no noise,

No tear-floods, nor sigh-tempesls move

'Twere profanation of our joys, To tell tlie laity our love.

t. I, p. 9. Passant par Augsbourg, WoUon fut prié d'inscrire une pensée sur ua album, car cette manie existait déjà, et il écrivit :« Legatus est vir bonus, peregrè raissus ad mentiendum Keipublicœ causa «. (Wallon, Lives, éd. Gollancz, I, p. 155). Jacques I^le sut et en éprouva la plus vive indignation. Voir aussi, en un autre genre et comme modèle de raillerie comique, les vers de Donne en tête de Coryat's Crudities ; ïn&lgré une vulgarité voulue, et qui convient au sujet, il a des traits dignes de Pope en sa Dunciade :

Infinité work! wliicli doth so far extend That none can study it to an end.

'Tis no one tliing; it is not fruit nor root, Nor poorly limited with liead or foot...

Les feuillets seront d'une utilité merveilleuse :

Some shall wrap pills, and save a friend's life; Some sliall stop muskets, and so kill a foe.

Mais mieux encore que dans ses épitres, l'ironie de Donne et sa faculté d'observation, brillèrent dans ses satires. Le changement des mœurs, la confusion des idées religieuses, les voyages lointains, les nouvelles théories littéraires, les nouvelles sciences, avaient rempli Londres de pereonnages singuliers, prêtant les uns à l'admiration et les autres au ridicule, les hypocrites donnant le bras au.x martyrs, les fanfarons parlant plus fort que les héros, les politiciens ayant plus d'idées que les hommes d'État, des types nouveaux, presque inconnus auparavant, prenant dans la cité une place de plus en plus grande : bohèmes de lettres, rimeurs innombrables, comédiens vaniteux, explorateurs en chambre, charlatans de la religion, de la science et de la politique. La plupart ne demandaient qu'à se montrer et se faire entendre, à poser pour leur portrait. Les satiristes avaient beau jeu.

Les premiers de la période sont encore empêtrés dans les souvenirs du moyen âge ou dans les exemples romains. Gascoigne, retour de guerre, dit leur fait à ses contemporains; il leur pré.sente un Miroir d'acier, 1570, à la mode d'autrefois, bien différent, dit-il, de ces miroirs nouveaux, « en cristal brillant, où l'on voit son image en beau ». Et il tient parole ; sa satire est elle-même à la mode d'autrefois, étant une réprobation générale des vices de toutes les classes de la société, avec un mélange d'allégories personnifiées, genre Gower, très à redouter, et quelques passages éloquents rappelant Piers Plowman, ce qui est un grand honneur ^ Lodge, quelque dix ans plus tard, en est encore

1. The Sleele Glas, a Satyre, 1576 {Arber reprints). L'orateur, Satyra, est un bomine; c'est aussi une femme-, c'est un liennapiirociite. Playne Delight est son père; Simplycileo, sa mère, lesquels avaienl eu deux jumelles : Poesys et Satyra. La première fut épousée, et la deuxième violée, par Vavne D«»light, qui a |>our amis False Semblant, Flearing Flattery, Detraction, etc. Noas

aux généralités et banalités ^ Dans l'intervalle, les satires de Donne avaient commencé de circuler en manuscrit ; il suffit de prendre n'importe laquelle pour voir, à l'instant, la différence : tout à l'heure, de l'application et un peu de talent; maintenant, du génie ~-

Le vers est plein, chaque mot porte; l'observation est d'une vérité saisissante ; les personnages se présentent dans un relief pittoresque, parlent et gesticulent : on les entend, on croit les voir. Les vieux sujets sont rajeunis, les fantoches les plus connus, vêtus de neuf, renouvellent leur répertoire. Le matamore se fait un visage terrifiant ; et bien qu'il ait déjà une figure « aussi affreuse que les bourreaux du Christ dans les vieilles tapisseries » , il s'applique à paraître pire. A côté des fantoches, de vrais caractères bien esquissés ; non seulement des Politick-Would-Be qui font penser à Jonson, mais des Alceste et des Philinte qui font songer à Molière. Donne a un Philinte bien à lui, un Philinte qui, certes, aime tout le monde — « Jure par ce que tu aimes le plus, si tant est que, aimant tout le monde, tu puisses préférer quelqu'un ». — Mais justement, c'est un Philinte qui a des préférences, un Philinte calculateur, qui salue avec empressement n'importe quel passant, et mesure toutefois ses courbettes à la richesse du salué, « évaluant,

connaissions déjà ces masques. Remarquable appel aux prêtres sincères, p. 72 ; à Piers Plowman, p. 78; écrit en vers blancs. Cf. infra, p. 495. Autres satires, genre moyen âge : Syr Nummus, par Edw. Hake, 1579; écrites avant 1567.

\. A fi(j for Momus, containing pleasunt varietic, included in Satyres, Éclogues and Epistles, Londres, 1595, 4°. Ses épitres en vers, genre cultivé depuis par Donne, Drayton et autres, sont intéressantes, non par leur mérite, mais par leur date. Complète Wor/is, Glasgow, 1875, t. II.

"i. Poems, éd. Chambers, 1896, t. II. Les dates probables sont : satires I, II, III, 1593; IV, 1597; V, 1602-3; VI, 1603 (t. II, p. 242). Le vers est plus heurté encore que dans les œuvres lyriques, avec des enjambements volontairement étranges et comiques :

A licence, old iron, boots, shoes, and egg Shells to transport.

d'un œil d'expert, Tor et la soie, et soulevant plus ou moins haut sa formaliste coiffure ».

Notre poète est accosté par un politique qui a visité tous les pays, parle toutes les langues, connaît le secret de tous les États, « animal si étrange que rarche de Noé n'a pas vu son pareil, et qu'.\dam aurait dû faire une pause avant de lui trouver un nom... » Six ou huit autres comparaisons, comiques et inattendues, tombent en cascade sur la tête du présomptueux Politique, si bien informé, si profond dans ses vues, si fier de sa rare connaissance des langues.

— « Quel est le meilleur polyglotte à votre avis, me dit-il.'

— Je répondis naïvement : Le dictionnaire de Calepin » (ce fameux dictionnaire en huit langues, gloire de la lexicographie du seizième siècle, si fameux que notre mot calepin vient du nom de son auteur). « Je ne parle pas des livres, cher monsieur, reprit-il, mais des gens. — Je nommai alors Théodore de Bèze, quelques jésuites, un révérend d'Oxford et un de Cambridge. — Sans doute! dit-il; et les apôtres aussi ne s'en tiraient pas mal, et Panurge de même; je sais quelqu'un pourtant qui, rien que pour avoir voyagé, les surpasse tous ». Et c'est lui-même. Il insiste, prouve son dire, et il faut bien que sa victime rende les armes : « Si seulement, monsieur, insinue-t-elle poliment, vous aviez vécu à temps pour servir d'interprète aux maçons de Babel, la tour eût été finie ». Notre politique connaît beaucoup d'autres choses encore ; il tient le fil de toutes les intrigues, il sait au juste « quelle dame ne se maquille pas » ; à quelle heure la reine a souri ce matin et ce qu'en peut déduire un homme d'État digne de ce nom. 11 se délecte à parler rois'. Le portrait est tracé de main de maître

i. • Tis sweet to talk of kings .. — • At Westminster »,

Saiil I, • tlie man that keops the al>t>cy tombs. And for liis price doth «ith wlioevcr cornes

et appartient si bien à la comédie, que le personnage devait monter peu après sur les planches et n'en plus jamais descendre : on le retrouve chez Ben Jonson, chez Saint Evremond et dans le théâtre d'aujourd'hui.

Tout un monde comique se démène^ plein de vie, dans les satires de Donne : galants bien. vêtus, parfaitement et douloureusement décrits en deux vers : <( aussi frais et fleuris dans leurs costumes qu'étaient les champs vendus pour payer le tailleur » ; rimeurs faméliques pillant les écrits d' autrui et écrivant pour obtenir quelque cadeau d'un lord ou d'un amoureux qui ne sait que dire et voudrait offrir un sonnet : « On voit sur certaines orgues danser des marionnettes et, dans le bas, ronflent en se gonflant les soufflets qui les meuvent » . Les comparaisons de ce genre , frappantes et inattendues sont innombrables. Donne est capable de ressentir les émotions les plus diverses; il en exprime qui sont d'autrefois et de maintenant ; tels de ses vers semblent d'un romantique de 1830 : la voix monte et gronde, « plus retentissante que le vent qui mugit dans les ruines de nos abbayes^ ».

Aux scènes et portraits, sont mêlées des réflexions, tantôt sceptiques et audacieuses, tantôt spirituelles et risibles, tantôt encore graves et recueillies. Le rictus fatigant du satiriste se détend alors, et un conseil mémorable nous est donné, parfois en toute simplicité, parfois associé à ces images grandioses que Donne sait évoquer et colorer, pendant une seconde, d'un trait lumineux, aussitôt éteint :

Of ail our Harrys and our Edwards talk

From king to king and ail tlieir kin can walk :

Your ears shall hear nought but kings ; your eyes meet

Kings only; the way to it is King's street ». (Sat. IV).

1. « Woi'ds, vvords », dit-il, (sat. ii) comme dira Ilamlet, mots retentissant plus haut :

Tlian wlien winds in our ruin'd abbeys roar.

« Bien que la Vérité et l'Erreur soient quasi-jumelles, cependant la Vérité est Talnée; tâchez de la reconnaître. — C'est peut-être aussi mal de mépriser que d'adorer une statue; n'ayez pas trop d'assurance. » Cherchez la haute et rude colline où se tient la Vérité; le voyage est pénible; '( prenez-y cependant tant de peine, qu'avant la vieillesse, crépuscule de la mort, votre Ame soit en repos : car dans cette nuit-là nul ne peut plus travailler^ ».

L'audace de ses paroles et l'âpreté de ses jugements font songer à Swift à qui on reprochera aussi de parler des religions différentes de la sienne avec trop de désinvolture : inquiétant dédain qui pourrait gagner de proche en proche. L'esprit du Taie of a Tub se trouve déjà dans la description du calvinisme par Donne : « religion sans apparat, simple, morose, méprisante, née d'hier, pas belle » ; ceux qui la préfèrent ressemblent aux gens qui ne veulent pas croire « qu'aucune fille soit saine, à part les campagnardes aux mains calleuses 2 ». L'indépendance de langage n'est pas moindre quand il s'agit des rois : « Mentez aux solliciteurs; mentez-leur à chaque demande, comme ferait un favori de roi, ou comme ferait un roi ». En affaires religieuses, suivez votre conscience : « Dieu n'a pas donné aux rois des ))lancs-seings leur permettant de tuer quiconque leur déplaît : bourreaux du Destin dont ils se croient les vicaires ».

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