IJvre V, chant xi
et BelphœJ3é représentent « l'une son gouvernement, l'autre sa chasteté ». Bienfaisante, elle soigne un squire blessé, avec des simples et du bon tabac, « divine tobacco », l'herbe merveilleuse vulgarisée par l'ami de l'auteur, Raleigh. Chaste, elle délivre Amoretta quasi violée par un homme sauvage : fâcheuse posture où se trouvent, chacune à son tour, toutes les héroïnes du poème. Indulgente et miséricordieuse, sous les traits de Mercilla, elle pleure quand il faut autoriser le supplice de sa sœur d'Ecosse; mais enfin elle l'autorise K
Le passé du pays est retracé en strophes glorieuses : descendance troyenne, période bretonne, histoire de ces légendaires personnages à qui un autre poète vaudra un plus grand renom : Cymbeline, Lear et ses filles. Bien plus, quand nous aurons suivi Croix-Rouge à la maison de Sainteté tenue par Dame Céleste et ses trois filles , Foi, Espérance et Charité; qu'il aura compris les mystères de la grâce et du libre arbitre et fait pénitence, assisté de Patience et de Repentir, alors nous apprendrons qui il est véritablement : c'est « Saint George, patron de la joyeuse Angleterre, l'emblème de la victoire ». Il tue, sous nos yeux, le dragon qui tenait prisonniers les parents d'Una. Ce dragon est immense, et la description, grandeur nature. Comme il faut fondre les origines, tradition constante depuis le temps de Guillaume de Normandie, Saint George nous est présenté comme un Saxon, ce qui est remarquable pour un compagnon d'Arthur. Les gloires du siècle, et surtout celles du règne, ont une part plus belle
I. Elle est trop juste, expose le poète, pour ne pas comprendre que le supplice est nécessaire, et n<^anmoins, elle ne peut se décider, et laisse tomber :
Few perling drops Irom lier faire lampes of lighl.
Livre V, chant ix. Que des ennemis aveugles parlent donc de sa cruauté : jamais, au contraire, assure Spenser, n'a mieux paru sa mansuétude.
encore. Les Tudors sont loués comme il convient; Henri VIII parait sous le nom inattendu d'Obéron (pour un rien c'eût été Puck) ; leurs ennemis sont des mécréants et des sorciers infâmes ; Philippe d'Espagne est un roi païen, un sultan maure. Jamais Spenser n'aurait donné un Argant et une Clorinde aux Infidèles, ni pris pitié de leurs souffrances au sac de Jérusalem; jamais il n'eût permis à Hoger de montrer ses vertus chevaleresques alors qu'il était encore sarrazin et servait l'empereur Agramant; son patriotisme est autrement étroit et rigoureux que celui du Tasse et d'Arioste. La répression des rebelles irlandais, commandés par« Grantorto », l'appui prêté aux Pays-Has, la défaite de l'Armada, Tintervention en France au début du règne d'Henri IV, sont célébrés allégoriquement, sur le mode héroïque. « Chante donc, avait dit le berger Piers au berger Cuddie, le liéros qu'Elisabeth aime le plus ». Le conseil est largement suivi; Leicester, dans le poème, n'est autre chose qu'Arthur, l'emblème de toutes les vertus ; sa désastreuse campagne des Pays-Has est représentée comme une merveille de génie militaire et un modèle de générosité internationale : il retourne ensuite triomphant faire sa cour à Gloriana *.
La topographie du pays reçoit l'hommage du poète comme son histoire, louange attendue que rendait nécessaire l'admiration avivée alors pour les beautés de la patrie. Cléopolis (Londres), dit l'ermite Contemplation-Céleste est moins belle, sans doute, que la Jérusalem divine, mais supérieure à toutes les villes qui sont ou qui furent; c'est le centre et la capitale du monde chevaleresque. Londres, dit Britomart, c'est Rome et Troie réunies. Oxford et Cambridge sont loués aussi. Les rivières et les fleuves, avec