‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 112 sur 290 · Livre V, chant xi · texte numérisé non relu

Livre V, chant xi

toutes Jes traditions associées à leurs cours, reçoivent le tribut du poète dans le long épisode du mariage du fleuve Tamise et de la rivière Medwayi. Diverses allusions çà et là rappellent l'importance que les terres nouvellement découvertes outre mer avaient prise parmi les préoccupations du moment. Fantaisie est coiffée de plumes, comme les Indiens d'Amérique; le Pérou, la Virginie, les mines d'or ont place dans le poème. « Le riche Orénôque, bien que découvert récemment et ce vaste fleuve qui tire son nom des Amazones guerrières peuplant ses rivages ^ », ne sont pas oubliés aux noces de Tamise et de Medway. Voilà de quoi plaire aux marins et aux explorateurs, à Raleigh et à ses pairs.

La variété est merveilleuse ; des Sarrazins du temps des croisades rencontrent des nymphes du temps d'Homère; des abstractions long-vêtues, du temps de Jean de Meung, saluent les grandes dames aux robes d'or du temps d'Elisabeth. Un chevalier en armure leur tend sa main gantée de fer et quand il ôte son casque, un flot de boucles dorées tombe jusqu'à ses talons ; et l'on reconnaît Britomart, l'invincible guerrière, personnification de la chasteté, ancêtre d'Elisabeth. Spenser voit en beau toute beauté et c'est là un des charmes de son poème; les ombres les plus noires et les touches réalistes les plus osées font ressortir l'éclat des parties lumineuses. Toute la mythologie est là, toute la fable, tous les personnages du Roman de la Rose, et ceux des romans de chevalerie, et beaucoup d'autres qu'invente Spenser. Après la maison d'Orgueil, la maison de Sainteté; puis la maison de Jnste-Milieu et celle de Tempérance, avec Diète son intendant et Digestion son cuisinier ; un cortège d'Amour que précèdent Fantaisie et Désir,

Page 1