‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 113 sur 290 · Ibid., t. VII, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. VII, p

que suivent Honte et Regret : et c'est le moyen Age. Après une visite au pays des faunes, voici l'enfer païen, avec Tantale et les Parques, puis les grandes déesses de la fable, Vénus nue, Diane qui aurait pu ne pas l'être, les nymphes chasseresses, les nymphes des eaux; les jardins d'Adonis décrits en vers délicieux, l'île et temple de Vénus : et c'est le monde classique. Les saints du calendrier ont aussi leur rôle. Ces différents milieux ne sont pas juxtaposés mais se pénètrent : aux jardins de Vénus sont employées les ressources de l'art classique, de l'art médiéval, et de l'art contemporain; aux enfers, la môme eau s'écarte des lèvres de Tantale et des mains de Pilate.

Nous sommes au pays de féerie et, comme en une féerie de théâtre, le paysage change à plaisir : rébarbative demeure du jaloux .Malbecco, chAteau joyeux de l'impudique -Malecasta, cavernes de monstres, forêts et clairières, plages maritimes et rocs escarpés, palais de Mammon ruisselant d'or, sombre et fantastique (quelque chose du sinistre enfer de Vatheli). palais sous les eaux, chAteau de Busyrane dont les tapisseries représentent, comme les travaux d'Arachné, dans Ovide et comme les fresques de Jules Romain au palais du Té, les amours des dieux; temple d'isis et d'Osiris, jardins d'Acrasie avec une musique et des spectacles voluptueux qui sont un enchantement, digne des cours d'Italie, et, d'ailleurs, imités de très près du Tasse.

Le caractère aristocratique de l'œuvre parait, à la fois, à la nature des paysages et au choix des héros. Ils n'ont rien de vulgaire ; les forêts sont telles qu'on n'en voit en aucune contrée; tous les arbres de tous les climats y poussent simultanément; la faune en est aussi étrange : ours, lions, tigres, dromadaires, hommes sauvages tout velus, satyres et monstres divers. Le pays où se déroulent ces aventures est immense. Il s'étend « d'une Inde à l'au-

tre », des régions où le soleil se lève à celles où il se couche; il est libre de toute espèce d'habitants communs : point de villes, point de villages, mais bien des plaines propices aux joutes et aux galopades, des vallées obscures pour les sorciers, des bois « dévoyables » où se perdent et se retrouvent tous ceux qui se cherchent et se fuient, avec des clairières où dansent, sous les yeux charmés de Colin, « cent jeunes filles nues, blanches. comme des lys ». Les personnages, tous fils de rois, de nymphes, de fées, de rayons du soleil, ou bien enchanteurs, sorciers et géants^ ne souffrent d'aucun des besoins de la vie usuelle. Ils ne mangent presque jamais, dorment rarement, ne dépensent ni n'achètent et sont toutefois vêtus d'acier poli, de soie et d'or. Nul paysan ne figure sur leur route; le royaume des fées n'en produit pas; des bergers se rencontrent à un endroit, mais ce sont des bergers d'églogue et qui appartiennent à la même littérature que les chevaliers. Un pauvre pécheur parait dans le poème : il n'est pas là pour exercer son humble métier, mais pour mettre, une fois de plus, Florimell en péril de perdre l'honneur, et pour être, en conséquence, justement livré à l'exécration de toute la chevalerie.

Par une exception des plus rares, le peuple entre en scène au moment où Saint George a tué le dragon; mais sauf quelques jeunes gens et jeunes filles triés pour faire cortège au héros, il figure surtout en qualité de racaille, « the raskall many )),et a peur de la bête morte ^. Des maux que ladite racaille pouvait endurer du fait du mons-

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