And afler, ail tlie raskall many ran
Heaped togcther in rude rablement...
Bul wlien tliey came, wliere that dead Dragon lay, Slrelclit on llie ground in monstrous large extent, The sight with idle feare did tliem dismay.
L'un a peur que le monstre n'accouche tardivement d'une quantité de petits dragonnels; l'autre assure qu'il lui a encore vu remuer l'œil. C'est un
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tre, il n'est rien dit; Saint George a beau être un saint et le futur patron du pays, il est avant tout un chevalier, il se préoccupe de ses pairs, et ne se fût pas dérangé, à ce qu'il semble, s'il n'avait eu à délivrer les parents de sa fiancée, vieux châtelains privés de sortie par cette sentinelle malintentionnée.
Spenser a beaucoup insisté sur sa morale : ce qui la distingue est d'être, comme tout le reste, appropriée aux lecteurs élégants et mondains qu'il s'était choisis. Elle est aristocratique et belle à voir; morale de bon ton qui se laisse quitter et reprendre sans maudire ni barrer à aucun de ses amis la porte du ciel. Aucun Leicester ne sera jamais exclu «lu paradis de Spenser. Les lecteui-s furent charmés d'aller à la perfection par des sentiei-s si ileuris et en telle société. Les guerriers du poème courent les aventures pour défendre les faibles et les opprimés : c'est la théorie; c'est ce qu'ils croient, c'est ce que croit Spenser. Dans la réalité, les faits de chevalerie sont tonus pour méritoires, beaux et vertueux en eux-mêmes et quel qu'en soit l'objet. Arthur et ses pairs défendent les faibles et culbutent les forts, pour montrer qu'ils sont encore [)lus forts, au hasard de l'occasion, aussi applaudis dans un cas que dans l'autre. Un chevalier et une lance arrivant en sens contraire les attirent comme un aimant; ils foncent dessus avant de rien savoir; on s'expliquera ensuite. On s'explique donc, parfois très longuement, et on se trouve avoir mis par terre, (jui un traître, qui un chevalier ami, modèle de toute courtoisie. C'est ainsi que Guyon et Arthur, courant le monde « pour secourir les faibles et redresser les torts », nous assure expressément le poète, n'avaient rien trouvé depuis longtemps quand « ils aperçurent un chevalier galopant belle-
dcs très rares passages de satire comique dans tout le poème. (Liv. I, chant xii, t. V, p. 217.)
ment clans leur direction ». Giiyon demande à Artiiur que « ce tour soit pour lui », se précipite et essuie une chute épouvantable. Or c'est bien là le plaisir de l'aventure pour l'aventure, car Guyon représente la Tempérance et l'autre chevalier, qui est la belle Britomart, la Chasteté, vertus qui n'ont pas l'habitude de se combattre. La beauté de l'acte chevaleresque l'a emporté, et Spenser- en a oublié sa propre donnée.
A bien regarder faire les héros du poème, on finit aussi par remarquer que les faibles dont ils défendent la cause sont d'ordinaire de très belles personnes, et que le secours qu'ils leur prêtent n'est pas toujours, dans leur pensée, entièrement gratuit. Quand Arthur, Guyon et Britomart voient passer une charmante créature poursuivie par un forestier sauvage, les deux premiers se précipitent « dans l'espoir de gagner par là une très excellente récompense : la plus belle dame du monde ». C'est bien ce que Leicester eût fait à leur place; mais Guyon, c'est Tempérance, et son ardeur nous surprend. Quant à Britomart, « elle reste derrière, parce qu'elle ne se soucie pas de l'amour des Dames », attendu que, sous son costume chevaleresque, elle en est une elle-même : elle oublie donc, elle aussi, que, d'après la donnée du poème, la protection des faibles femmes et non leurs faveurs devrait être le mobile de ses actions ^
Les femmes de Spenser sont, pour la plupart, surtout des corps. L'âme et l'inteUigence ont, chez presque toutes, peu de place ou point; ce que le poète leur demande d'abord, c'est d'être belles ; c'est la qualité suprême et qui entraîne les autres : beauté et vertu vont de pair, disait-il dans ses hymnes, adaptant à son usage une idée de Platon. Leur ayant attribué la beauté, il a pour ses héroïnes des trésors d'indulgence. Elles sont, dans son œuvre, principalement 1. Livre III, chant i.
un objet d'amour; elles se donnent ou se refusent; celles qui y mettent des formes et ne s'accordent pas à tout le inonde sont louées, les autres sont blâmées, ou devraient l'être, mais parfois le poète oul>Iie ce triste devoir et se l)ornc à décrire leurs éljats. La belle Hcllénore, femme du vieil avare Malbecco, se donne à Paridell, puis, mise en goût d'infidélité, va s'établir parmi les satyres de la forêt. Elle mène au milieu d'eux, sans le moindre reproche, une vie conforme h son tempérament et sur laquelle nous sont fournis quelques détails qui eussent fait hésiter la Fontaine. Quant à son mari, il est condamné à vivre exécré et ignoble, dans une caverne où il se nourrit de crapauds, bien que, vieux et jaloux, il n'encourageât ni ne pratiquât Tincontinence. Serait-ce que, en qualité de jaloux, il était obstacle à l'amour? Mais alors, que devient notre allégorie, car ces événements se passent dans le livre consacré à la Chasteté'. La gent féminine est si fragile, selon les idées de Spenser, qu'il fait à ses jeunes filles un mérite extrême de se refuser à des monstres et de garder leur amour pour des héros qui les adorent. La gracieuse Florimell est en grand danger d'être violée : ce qui lui arrive pour la troisième fois, chaque occurrence étant d'ailleurs minutieusement décrite. Maintenant elle est aux mains du vieux Protée, hirsute et affreux, qui la prend dans ses bras, l'embrasse et « les glaçons de sa barbe laissent tomber des gouttes froides sur la poitrine d'ivoire », de la captive. Elle résiste aux sortilèges de ce croquemitaine, et Spenser émerveillé d'une vertu si rare, nous assure qu'on en parle encore au paradis, parmi les saints '.