Livre III, chants ix cl x
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Britomart est la Chasteté; armée de sa lance enchantée, la nouvelle Clorinde culbute tout le monde, avec moins de mérite que son ainée, laquelle, privée d'armes semblables, risquait sa vie et finit par la perdre. C'est toutefois une chasteté assez inflammable, car elle s'est éprise d'Arthégall rien qu'à voir son image dans le miroir de Merlin i. Son cœur brûle, elle se meurt d'amour ; sa nourrice Glaucé essaye, au moyen de simples, ou en la menant à Féglise, (( d'adoucir la fureur de sa cruelle flamme » ; mais en vain ; la malheureuse garde son « heart-burning », ce qui les décide toutes deux à courir le monde à la recherche de cet amoureux — à la recherche de l'amour. — Modèle inquiétant : car Merlin est un enchanteur perfide et, dans le miroir qu'il présente toujours aux jeunes filles sur le point d'entrer dans la vie , il leur montre infailliblement le même parfait idéal; mais sous les traits charmants, assemblés par sa magie , c'est parfois Arthégall qui se cache , et parfois Des Grieux.
Sainteté, Chasteté, Tempérance... Ces étiquettes sont rassurantes en tète de chaque livre. Mais le héros, la force, le sentiment qui domine tout le poème et y tient la plus grande place, c'est l'Amour. Il y figure sous ses différentes formes, les unes approuvées par le poète, les autres non; toutes soigneusement décrites. Vénus est une « douce déesse »; Spenser l'invoque à son départ en même temps qu'Elisabeth et la Muse; elle a, dans l'œuvre, un rôle autrement important que Diane, déesse froide et, par comparaison, insignifiante. Son temple est plus beau que celui de la chasseresse à Éphèse et celui de Jéhovah à .Jérusalem : on ne saurait être mieux partagé 2.