Livre VI, chant viii
grande, au soir qui tombe, la fenêtre sur la Tamise ; il faut marcher vers le couchant, laver ces visions de notre esprit, et demander à notre ancien guide, à l'àme errante des collines de Malvern, d'autres règles de vie : — Disce^ doce, dilige. — Dix vers des visions de Langland valent mieux que toute la morale des soixante douze chants de Spenser.
Sa' gloire est grande ; il est le « poète des poètes » ; la magie de son vers a plu, dans tous les temps, aux artistes ses frères : son charme vient surtout d'une ample et constante harmonie, comme ce bruit des grandes eaux dont jamais on ne se lasse : chute de cascade ou vagues de la mer. 11 sait décrire jusqu'à ses monstres et même la fameuse « Blatant Beast », en vers appropriés, mais sans blesser l'oreille par des cacophonies toujoui-s faciles, se bornant à un habile usage de' l'allitération*. Cette maîtrise est son premier mérite; il Ta sans cesse, il n'en a aucun autre au même degré. Capable d'inventer des spectacles d'une variété infinie, il change rarement de ton ; il reste volontiers grave et presque recueilli, même quand il s'agit d'aventures dont une imperceptible transposition ferait une scène d'auberge pour Don Quichotte (Britomart chez Malécasta), ou une scène boulfonne pour Munchausen (Argante et Satyrane). Une belle tenue de vers, noble et un peu monotone, une grande aisance, aucune prétention ou recherche apparente : et c'est pourquoi on trouve tout aussi