Hall, Satires, liv. VI, sat. i
2. Euplnics ilie Anatomy of ivyt (Noël 1578?); Euplmes and his England, 1580; réimpr. Arber, 1869. Complète Wor/is, éd. R. W. Bond, Oxford, 1902, 3 vol. 8°. Né vers 1554, Lyly, élève d'Oxford, dramaturge (plus loin, p. 489), et romancier, chargé de modestes fonctions dans le service des Menus Plaisirs, quatre fois membre du Parlement, mourut en 1(506. Sur les origines du roman anglais, voir, pour plus de détails, nfion Boman au temps de Shakespeare et l'édition anglaise augmentée : The English novel in Ihe lime of Shakespeare. Sur ï'Eiiphuisme et ses origines, voir Landmann, Der Euphuismus, Giessen, 1881, et Shakspeare and Euphuism, New Shakspere Society, 1884; l'art, de M. S. Lee sur Lyly dans le Dictionary of national Biography; l'essai de M. Bond, Complète Works, I, 8. Sur la zoologie du temps, voirTopsell : The historié of foure-footed beastes, 1607; of Serpents, 1608; gravures; plusieurs reproduites dans English novel.
HISTOIRE LITTÉRAIKE. — T. II. 29
Lyly et publia, pendant l'hiver de 1578-9, Euphuès ou IWnatomie de l'esprity et en 1580, Euphuès en Anglete}re\ Une de ses audaces fut de s'adresser aux dames, si nég-ligées par les narrateurs d'histoires en son pays; il lui faut leur suffrage; c'est le plus important de tous :« J'aime mieux savoir Euphuès fermé dans le coffret d'une dame qu'ouvert sur la table d'un savant... Vous le lirez seulement, mesdames, aux moments que vous consacrez à jouer avec vos petits chiens; encore ne vous demanderai-je pas de vous priver de ce plaisir; le petit chien peut très bien demeurer sur vos genoux, tandis qu Euphuès sera dans vos mains, et quand vous serez fatiiruées de l'un, vous pourrez jouer avec l'autre ». Dans les après-dinées, Euphuès pourra encore être agréable aux dames, ajoute Lyly avec un sourire modeste : si elles ont envie de dormir, il leur facilitera le sommeil, ce qui vaudra mieux que de se mettre h coudre et se piquer les doigts au moment où, les yeux fermés, elles pencheraient la tôte'.
Le doute n'est pas possible : avec Lyly commence la littérature de salons, celle dont on parle en visite et dont les produits n'ont pas cessé d'occuper une place favorite sur les tables des boudoirs, non loin des mêmes petits chiens. Aussi faut-il voir le mal que se donne Lyly pour faire réussir son innovation et plaire à ses protectrices, comme il décore ses pensées et enguirlande ses discours. Il plut donc, il fît école, et, compliment suprême, le nom de son héros servit à i)aptiser toute une littérature : la littérature euphuiste.
L'abondance et l'étrangeté de Tornementation sont si marquées dans son livre que rien autre d'abord ne frappe
1. Dédicace de la deuxième partie : « To tlie Ladies and Genllewoemen of England ». Suit une épttre aux « Gentlemen readers », mais qui n'est là que pour la furtiit' et afin de n'oublier personne.
l'attention, et en cela spécialement consiste Veuphiiisme. Ce style n'ayant rien de naturel, mais étant au contraire le résultat d'ingénieux artifices, il est facile à réduire en ses parties essentielles, et à démonter, pour ainsi dire. Sa parure consiste, d'abord, en un usage immodéré de comparaisons disposées, dans chaque membre de phrase, en grappes, en antithèses multiples et se faisant pendant; puis dans l'emploi de l'allitération, c'est-à-dire de mots commençant par les mêmes lettres, pour mieux marquer le balancement des périodes à efifet.
Les comparaisons sont, d'ordinaire, empruntées à une histoire ancienne imaginaire ou à une histoire naturelle fantastique, une sorte de mythologie des plantes, des pierres et des bêtes, dotées, pour la circonstance, de vertus extraordinaires. Ressouvenirs de Pline, emprunts aux Bestiaires du moyen âge, et aux croyances des bonnes gens, inventions de Lyly lui-même, servent à la formation de ce Muséum et de cette nouvelle Arche de Noé. Cette constante introduction dans la phrase, de crapauds inattendus, de licornes et de scorpions n'était pas, d'ailleurs, un procédé imaginé, mais seulement perfectionné, ou plutôt aggravé, par Lyly. Il avait ses partisans en Espagne et en France et brillait dans des écrits dont plusieurs étaient fort connus de l'auteur dCEuphuès, en particulier le Livre cVor de Marc Aurèle r Empereur, publié en 1529 par l'Espagnol Guévara, traduit en français en 1531 ; en anglais, par lord Berners en 1532, par sir Thomas North en 1537 et par deux ou trois autres encore. Le même genre de fleurs se retrouvait en France sous la plume de saint François de Sales, qui écrivait un peu plus tard : « Comme les mères-perles vivent emmi la mer, sans prendre aucune goutte d'eau marine... et que les piraustes volent dedans les flammes sans brûler leurs ailes... ainsi peut une âme vigoureuse... Alexandre fit pein-
dre la belle Campaspe...' » Le saint a aussi des herbes qu'aucun animal ne mange et des perdrix qui ont deux cœurs. En tout cela il faut voir un effet du goût si répandu alors pour la complication et la régularité associées, les entrecroisements et les entrelacs se faisant vis-à-vis.
Quelques Anglais avaient employé ce style avant Lyly, mais sans attirer l'attention. Lui en fit une mode qui dura peu, mais brilla fort. A son exemple, pendant dix ou douze ans, tout ce qui se piquait de bel esprit raffiné, conteurs de nouvelles aspirant à se faire pardonner leur prose, amoureux et amoureuses souhaitant ravir, du même coup, l'esprit et le cœur de l'objet aimé, étudiants de Cambridge épris de nouveautés, ne purent pas dire : il ne faut point se fier aux apparences; mais prièrent, comme Lyly, leure auditeure d'observer que : « Le crapaud hideux a une belle pierre dans la tête, l'or fin se trouve dans la terre boueuse, la douce amande dans la coque dure, et la vertu souvent dans le corps de l'homme que ses semblables tiennent pour difforme... Ne voyez-vous pas que dans les vases peints se trouve habituellement caché le plus terrible poison ; dans le gazon le plus vert, le serpent le plus grand; dans l'eau la plus claire, le crapaud le plus laid^?... » Et notez que s'arrêter ici, c'est lui faire tort de quatre ou cinq autres comparaisons. Alexandre et Campaspe, Alcibiade, les Lacedémoniens, les Perses, fournissent aussi la matière d'innombrables rapprochements pseudo-historiques.
Sous ces broderies cependant, il faut regarder l'étofTe :