‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 127 sur 290 · Préface de son Introduction à la Vie dévote · texte numérisé non relu

Préface de son Introduction à la Vie dévote

2. « The foule toade halh a faire stone in bis head, the fine golde is found in filthy eaiili, Uie sweel kcrnoll lyelh in Ihe liard shell : virlue is harboured in Ihe heart of him Ibal mosl men esleemo misha|)en... I)o«' we nol commoniy Ree that in painted poUcs is hidden Ibe deadlyesl poyson'Mhat in the grecnest grasse is ye greatest serpent? in the cleerest water (beuglyest toade?... » éd. Arber, p. 53.

PREMIERS PSSAIS, L'EUPHUISME. 453

elle est très digne d'attention. Avec tous ses colifichets, Lyly a, dans l'histoire du roman anglais, une place importante : on sort avec lui du roman épique et chevaleresque pour se rapprocher du roman de mœurs. Il n'est plus là question d'Arthur et de ses prodigieux compagnons, mais de contemporains s'intéressant aux questions du jour et dont les conversations, avec toutes leurs fleurs, rappellent, par beaucoup de points, celles des gens bien nés de l'époque. L'intention morale est nettement affirmée : c'était une justification pour l'auteur et un attrait pour son public. Euphuès est un Athénien du seizième siècle qui vient à Naples pour, comme Hythlodée en Angleterre, étudier les hommes et les gouvernements. Éloquent et grave, instruit de toute chose et même de son propre mérite, jugeant que c'est pour lui un devoir de conscience de faire part de ses lumières aux hommes ses frères, il leur adresse des épitres pour les guider à travers la vie. Omniscient, il enseigne au monde la vérité sur le mariage, les voyages, la religion. Il suffit d'énumérer ses talents et de rappeler ses principes pour que le nom de ses descendants vienne aussitôt à la mémoire : ses idées sur la noblesse sont déjà celles du milord Edouard de Rousseau 1, il traite de l'amour avec la sagesse de Grandison et, de l'éducation des enfants avec l'expérience de Paméla.

L'éloge de l'Angleterre, « qui n'est pas inférieure au paradis », de la reine, « plus belle que Vénus, plus chaste que Vesta », des Anglaises, modèles de beauté et de sagesse, tandis que les femmes des autres pays ont toutes des amants

1 . « As for our nobilytie, our stock, our kindred, and whatsoever we our selves hâve not done, I scarcely accompt ours », j). 13i. On notera le grand usage fait par Lyly de la forme épistolaire chère depuis à Richardson; toute une section est entièrement composée de lettres : Certeinc Lellcrs writ by Euphues (fin de l£| V" partie).

et passent le temps à se peindre la figure, achevèrent d'assurer le succès du roman, qui fut six éditions en sept ans. On le lisait encore longtemps après que le style euphuistique avait cessé d'être à la mode', et que les amouristes ne venaient plus, comme fit Watson, demander à Lyly des préfaces élogieuses. Euphurs eut sa dix-septième édition en 1636 et un remaniement abrégé, rapprochant ancêtre et successeur, fut encore publié en 1718, du vivant de Richardson ^.

Le héros de Lyly eut aussi une postérité moins distante. Le succès avait été si complet et avait si clairement révélé l'existence d'un ample public encore inexploité, que les auteurs vinrent avec empressement se ranger sous la bannière d'Euphuès, invoquant son nom qu'ils intercalaient dans leur titre, comme une amulette favorable, au seuil de leur ouvrage. Ainsi se multiplièrent, pendant quelques années, les Legs d'Euphuès, les Ombres iCEuphuès, les Avis critiques d'Euphuès et quantité d'autres du même genre. Mis en i::oiU par le plaisir, comme les auteurs par la réussite, les lecteui'S ne pouvaient manquer à de tels écrits; la demande grandissait sans cesse; il fallait combler en hâte ce

1. Dès 1592, Nash se moquait de l'enthousiasme avec lequel il avait lu Hitplitiès, « quand il était un petit singe, à Cambridge » (Slrnngr Arwes); le» railleries, dont Sidney avait donné le signal dH la première heure, furent bientôt incessantes parmi les lettrés, mais sans enlever au roman ses lecteurs. Voir, entre autres, le Urhtnip from Pcinnssus. joué en 1600, 1" partie, acte V, se. 2, et le prologue de Fat/ier Ilnbburds Tahs. lOOi, par Middleton, Work.i. Bullen, VIII. p. 62.

2. The fnlse frieml and tfie inconstant mistrexs, an instructive novel, by John Lyly, one of the refiners of thr Englixh tongue in thr reign of Qufcn Elizubeth. 1718, 16'.

vide dans la littérature nationale. A mesure que paraissaient les nouvelles productions, elles étaient dévorées ; elles répondaient si bien à un besoin que beaucoup, même des plus médiocres, eurent plus d'éditions que les pièces de Shakespeare, même les plus belles. Lyly avait donné le signal : les contes isolés ou les recueils dhistoires en prose, rares avant lui, devinrent innombrables dès qu'il eut écrit. Euphuès avait à peine vu le jour que déjà il était imité; à son exemple, les héros de roman voyageaient et raisonnaient; ils donnaient des conseils et parlaient scorpions et Lacédémoniens. L'année même où parut la seconde partie du roman de Lyly, Munday imprimait son Zelaiito, histoire d'un jeune Vénitien qui visite l'Espagne, l'Angleterre, la Perse et moralise sur ce qu'il voit^. L'année d'après, Barnabe Riche envoyait, à son tour, un don Simonides observer les moHirs anglaises-. Warner, l'auteur à' Albion' s England, enfermait son héros dans une lie désolée et lui faisait courir des aventures moins célèbres que celles de Robinson, mais tenir des propos aussi sages que ceux de Lyly 3. Robert Greene achevait, en 1580, son roman euphuistique de Mamillia'^ et ne cessait jusqu'à sa mort de jeter en abondance sur le marché nouvelles et romans, amoureux, pastoraux, patriotiques, comiques, autobiographiques et didactiques. Cette masse d'écrits, enrichis de tous les ornements, fleurs et colifichets mis à la mode par Lyly, étaient, pour l'ordinaire, ])àtis sur des données plus compliquées que celle du

1. Zclauto... conlaining a delicalc dispnlalion... given for a friendly entertfiininent to Euphues at his laie arrivai into England, Londres, 1580, i», vers et prose ; un exemplaire à la Bodléienne.

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