Témoignage d'Ascham, dans son Scholemaster
5. « Scripsi itaque », dit Udall, « vobis, suavissimi tyrunculi, quasdam latine loquendi formulas ad cotidiani sermonis usum et copiam sane quam
diler l'œuvre de « ce di^e philosophe et orateur divin ' ». Phaer, sous Marie, traduit V Enéide, « pour faire valoir, dit-il, le langage de mon pays, que certains traitent encore de barbare- ».
L'étude du latin est facilitée par l'impression des anciens vocabulaires manuscrits et par la compilation de nouveaux dictionnaires plus complets; le vieux Promptuarium Parvulorum [Clericorum] est imprimé par Pynson en i V99 et une dizaine de fois dans les trente années qui suivent; sir Thomas Elyot entreprend, avec l'encouragement personnel du roi, un dictionnaire anglais-latin, contenant des exemples tirés des anciens auteurs et l'explication des noms propres. Il a le mérite de comprendre la difficulté de la tAcbe; il fait appel à tous ses compatriotes pour l'assister en vue des futures éditions, car c'est une œuvre nationale et il s'agit là encore « 9u bien de la patrie ^ ».
Les bibliothèques s'enrichissent. Elles n'ont plus besoin
ui
ommudalissiinas ». Floures for Lnline spedhyng, sdccted and (jathered ute of Terence, Londres, 15G0, 8" (compilé en I53i, !• édition 1553. nombreuses éditions au seizième siècle). Les dialogues de ce genre, destinés à familiariser les enfants avec l'usage courant du latin, abondèrent en ce siècle; les plus fameux furent ceux d'Krasme, de l'Espagnol Virés pleins d'esprit et très utiles |)0ur la connaissance des inu'urs du temps; du Français Malburin Cordier très en faveur jusque sous Louis XIV. Voir l'intéressant ouvrage de Massebieau (qui toutefois néglige Udallj : Les colloques scolaires du seizième siècle, 1878.
1. Marcus Tuliius Ciceroes thre bokes of duties, Londres, 1556, 8". Le m^'me rédige encore une paraphrase des Géorgiques ; .Mrolni Grimoaldi... in P. V. Maronis quatuor libros Georgicorum in oralione soluta pnraphrasis elegantissima... .inno... Begis Edouardi serti secundo confectn, Londres, isyi, 8". Le texte de chaque Géorgique est donné avec une paraphrase interprétative en latin. Grimald fut un des collaborateurs du recueil de Toltel ; infra. p. 125.
2. n ... For defence of my countrey language (whiche I havc heard discominendod of inuny and estemyd of some to be more than barbarous) u. The seveti /irst houkes of Eneidos, Londres, 1558, 4"; dédié à la reine Marie.
3. The Dirlionary of Syr Thomas A7yo<, Londres. 1538, fol. Henri VIII attlt promis à Elyot de l'assister, « as well », dit celui-ci, « wilh your excellent couDsaile as with such bokes as your Grâce had and I lacked ».
d'attendre, comme au quinzième siècle, les bienfaits d'un royal amateur de livres, tel que le duc Humphrey de Gloucester; « l'art d'écrii'e artificiellement » facilite l'accroissement indéfini de leurs trésors. On ne trouverait plus à Oxford un collège comme celui d'Oriel dont la bibliothèque se composait, en 1375, de cent volumes parmi lesquels ne figurait pas un seul texte classique^. Un précieux document, le registre des comptes, pour l'année 1520, de John Dorne, marchand de livres à Oxford-, montre que les auteurs anciens étaient, à ce moment, très demandés; de même les dictionnaires latins, grecs et français, les grammaires, les œuvres de Valla, de Gaza, de Philelphe, de Politien. Il vend plusieurs exemplaires d'Aristophane en latin et un en grec, beaucoup d'œuvres d'Aristote et notamment son Éthique, traduite en latin par Jean Argyropoulo, les œuvres de Cicéron, Horace, Tite-Live, Lucain (très demandé), Juvénal, Ovide, Tacite, Térence, Virgile (très demandé aussi). Une belle édition de Virgile se vend sept shillings ; une édition courante un shilling ; la prétendue traduction de Caxton, seulement deux pence, moins cher qu'un Sire Eglamoiir (trois pence et demi) : elle est tout à fait déconsidérée. La jeunesse ne perd pas ses droits et, sur la liste, figurent aussi quantité de ballades (et en particulier la célèbre Nuttirown Maid), des chants de Noël, des poèmes sur Robin Hood et Robert le Diable, force romans.
En même temps que la connaissance des classiques, le goût des antiquités se répand; il est moins général qu'en Itahe, mais enfin il existe. Mathieu Paris, au treizième siècle, avait donné un aperçu des fouilles poursuivies, par
1, Fowler, CoUectanea, l'^« série, Oxford historical Society, 1885, 8°, p. 59 Le grand monastère de Rievaulx, à la même époque, possédait les « Epislole Senece », mais pas un seul des grands classiques. Hellquix Andqux, éd. Wright et Hallivvell, Londres, 1841, t. II, p. 180.
2. Dey booli of John Dorne, dans les CoUectanea, ibid., p. 73.
HISTOIHE UTTÉRAIRi:. — T. II. 4
plusieurs abbés de Saint-Alban, sur le site de l'ancienne Vérulam, ^ veteris civitatis que Werlamcestre dicebatur ». Ils avaient trouvé, dans les ruines d'un grand palais romain, des livres ou rouleaux écrits en latin ; ils les firent brûler, après avoir constaté qu'ils contenaient « les commentaires du diable ». Ils découvrirent aussi des amphores en terre, « d'une belle forme », des vases en verre renfermant des cendres de morts, des monnaies, et, dans des temples demi-ruinés, des autels brisés et des idoles. L'abbé lit réduire en morceaux ces restes du paganisme; « c'était un homme pieux et doux, suffisamment instruit dans les lettres sacrées' », mais beaucoup moins, apparemment, dans les lettres profanes.
Les temps sont changés et, même en Angleterre, les dieux prennent leur revanche. Aussi audacieux que Puici, et sans le connaître, les auteurs de Mystères anglais appellent le Père Éternel : « Brillant Phébus- ». Un ecclésiastique, protégé du roi, qui a étudié à Londres, Cambridge et Paris, bon latiniste et helléniste, ami de Budée, John Leland consacre sa vie entière à rechercher tout ce que l'Angleterre peut encore receler, en ses bibliothèques ou dans ses ruines, de restes du passé. Il dédie un de ses livres « aux amis de la sacro-sainte antiquité ^ » ; on peut être sûr qu'il ne fera pas réduire en poudre les « idoles » ni brûler les
1. Vie» d'EIdred et d'Ediner, huiliiMne et neuvième abbés de Saint-Alban. Dans le même temps, l'abbaye de Selby avait |H)ur contre-sceau une gemme antique représentant l'empereur Honorius, et, bien que l'inscription primitive (n Dn. Honorius Aug. ») ciU été respectée, on avait gravé autour : a -f Càpud nostrum Xus est ». De Gray Birch, Catalogue of seals, 1887, n" 398t.
t. ' Hayle ! fulgent Phebus and fader elernall...
York Plaijs, éd. L. Toulmia Smith, Oxford, 1885; p. 514, fragment de la In du quinzième siècle.
3. ■ Ad sacrosanctœ antiquilatis amatores ». CyçHea Cantio, Londres, îôiT».
« commentaires du diable » . Il reçoit le titre d'Antiquaire du Roi et, pendant de longues années, explore méthodiquement son pays, visitant villes et bourgades, s'arrêtant à la moindre ruine, s'intéressant aux églises, aux médailles, aux Ynanuscrits, aux Romains, aux Danois, aux Normands, à tout ce qui fut jamais. Toute antiquité est pour lui « sacro-sainte » ; son ardeur va jusqu'à l'enthousiasme; sa religion du passé est aveugle. Infatigable, les nerfs toujours tendus, l'attention toujours en éveil, il rapporte de ses expéditions des monceaux prodigieux de notes et, rentré à Londres, se prépare à en tirer cinquante livres sur les antiquités, six sur les iles, trois sur la noblesse, et beaucoup d'autres encore. Il compile un commentaire des écrivains anglais, où Ton voit sa passion de vrai antiquaire pour les origines, les inconnus, les oubliés, les gens dont on ne sait rien et qui peut-être n'existèrent jamais. Il rend toutefois honneur à qui le mérite, à Chaucer, « le Virgile, le Dante, le Pétrarque » de l'Angleterre ^ et à l'honnête et laborieux Caxodunus, autrement dit Caxton. Cet excès de labeur produisit son effet usuel ; l'esprit usé de Leland refusa son service et il mourut, fou à quarante-six ans. Ses notes, partie à la Bodléienne, partie au British Muséum, furent exploitées comme une carrière par tous les antiquaires subséquents; la publication en fut entreprise seulement au dix-huitième siècle 2.
Il n'avait presque rien donné de son vivant, sauf quel-