Penelope.s WeO, 1587; Works, IV, p
doslf'\ mélange d'aventures princières et pastorales, les rois consultent l'oracle de Delphes et épousent la fille de l'empereur de Russie; les navires entrent à pleines voiles dans les ports de Bohème, et le succès de Greene dote si efficacement cette contrée de rivages maritimes, qu'elle les garde au théâtre, comme on peut voir dans le Conte d'hiver de Shakespeare. A quoi bon discuter des idées reçues, et dans ce cas surtout où la réussite du roman un des moins bons de Greene), avait été sans précédent? L'œuvre eut en effet quantité d'éditions, elle passa la mer et, dans un temps où l'on ignorait en France jusqu'au nom de Shakespeare, reçut l'honneur d'une traduction. Elle fut mise à la scène à l'hôtel de Bourgogne, et retraduite encore et publiée à Paris avec gravures en 1722, alors que nos amateurs de romans avaient pour se distraire les œuvres de Madame de La Fayette, de Le Sage et de Marivaux, et que nos amateurs de théâtre continuaient d'ignorer qu'il existât un Conte d'hiver'.
La route est frayée et de nombreux écrivains maintenant la fréquentent. A peine Greene a-t-il imité Lyly, que Lodge les imite l'un et l'autre. Son récit pastoral, Hosalinde ou le leys doré d'Euphuh^ tout émaillé do comparaisons étranges, nous transporte dans une forêt des .Vrdennes imaginaire et quasi enchantée; il y pousse à la fois des sapins et des citronniers, tout comme dans les bois de la Heine des
1. Pandosto, Ihe iriuinph uf Time. 1588; 8* éd. t636; Works, t. IV; longtemps connu dans la lillérature populaire sous le nom de Dorastux ami Fnu-nin (les Florizel et Perdita du Coule d'hirrr de Shakespeare.
").. Il y eut trois traductions françaises : Hisluirr lingiqur de Pnnditsto... ensemble les nitiours île Dorashis el île Faiinin. trad. par L. Regnault, Paris, 1615, 12"; Le Rnman d'Alhnnie el de Sycile, par le S' du Bail, 1G2»>; Uisloire haijiqxie de Pnndniplie. Paris, 1722, 12". Deux pièces françaises sur ce sujet : urte par Hardy, perdue, et une autre par Puget de la Serre : Pnndnsie ou In princesse ninllieureiisf. tragédie en prose. Paris, 1631; 2" éd. Lyon, 163:>. Deux dessins de Mahelot montrent dans quel décor était jouée à Paris la pièce de La Serre (reproduits dans mon Shakespeare in France. p\K 71,75.
Fées; des lions y habitent. Des bergers amoureux, qui gravent leurs sonnets sur l'écorce des arbres, des princesses déguisées en pages, des brigands féroces, les douze pairs de France, se rencontrent sous ces ombrages; des conversations au tour gracieux montrent combien se déliait la langue des héros de roman ; des vers exquis enchantent les oreilles; enfin, après maintes traverses, un triple mariage laisse tout le monde heureux, et termine ce roman, dont Shakespeare devait tirer son Comme il vous plaira^.
La liste des romanciers, inventeurs, imitateurs ou traducteurs s'allonge des noms de Meibancke, Dickenson, Breton, Emmanuel Ford 2, etc., l'euphuisme s'atténuant chez eux à mesure que le passage des années les éloigne du moment où Lyly avait tiré son feu d'artifice. Tous ont des lecteurs; beaucoup se risquent à écrire uniquement en vue de plaire, ce qui était presque sans exemple avant cette époque parmi les prosateurs. L'instinct et l'expérience les guident vers le public qui leur convient, le même qu'aujourd'hui; car si leurs romans ne sont encore que de rudes ébauches du genre que nous connaissons, la place qu'ils s'efforcent de tenir au soleil est celle-là même qu'occupent nos romanciers. Beaucoup, à l'exemple de leur modèle Lyly, s'adressent spécialement aux femmes. Greene, dont la popularité dépassa celle de tous les autres, était, selon Nash, « l'Homère des femmes ^ ». Lisez-nous en voyage, di-
1. Principales nouvelles en prose de Lodge : Forbonius and Prisceria, 1584; Rosalynde, Eiiphnes golden Legacie, 1590; 10" éd. 1642 (adaptation très habile du vieux conte de Gamelyn que Chaucer voulait insérer dans ses Canterbury Talcs; le personnage de Rosalinde, rendu célèbre par Shakespeare, est une invention de Lodge); Euplme Shadow, the Balaile of the Sences, 1592; The MargarUe of America, 1596, écrit au cours d'un voyage en Amérique, d'où ce titre.
2. Auteur, notamment, d'un Parismus, 1598, romanesque et incohérent qui eut un succès prodigieux, atteignit sa 23° édition en moins de cent ans et se réimprimait encore au dix-huitième siècle.