Publiée par M. Gossp, Londres
2. l'ins Plninnes seareii ycrt's Prriifisfii/K 1595, «'xemplairc unique à la liodléionne. Le héros e»t un picaru qui conlc ses aventures aux bergers de la ▼allée de Tem|)é. Du même, Kind-Uvarls Hream. 1.VJ2 ^^d. Himbaull, l'eraj Society); les ombres de Kind-IIeart, célèbre arracheur de dénis, Grcene, Tarieton, etc., décrivent et blâment les vices du temps.
le héros est Lucifer en personne, qui se déguise en constable et veut porter secours au malheureux Pierre. Il le cherche à travers les rues, ruelles et impasses, dans tous les bouges de Londres, décrits, avec un réalisme intense, l'un après l'autre, eux, leurs tenanciers, leurs habitués, leurs chambres tendues de toiles peintes qui tombent en lambeaux. Le diable, qui rapporte lui-même ses impressions, à la mode picaresque, rédige, à la fin, un testament tragicomique, léguant à ses favoris, outre des biens plus tangibles, des recettes pour mal faire et même l'adresse d'un barbier, habile à munir de perruques et de masques les voleurs de grand chemin : « C'est celui qui fournit mes diablotins de faux cheveux ». Le noir constable va partout; les portes s'ouvrent devant lui; il encourage les vices et sourit complaisamment aux ridicules ; il surprend les rendez-vous et observe les modes nouvelles à Saint-Paul; il écoute les mensonges intéressés qui se débitent en plusieurs langues à la Bourse. C'est déjà quelque chose comme la promenade du Diable Boiteux sur les toits de Madrid , et nous avons, dans cette ébauche, un prototype de plus d'un roman fameux du dix-huitième siècle^.
Dekker — encore un de ces auteurs dont les mots : pauvreté, talent, Henslowe, prison, querelles, résument toute
I. The Blacke Booke, 1G04. L'objet est d'étudier : « Ihe pernicious practices of villains ». Du même et se rangeant dans la même catégorie, bien que le héros soit honnête : Fallwr Jlubhtirds Taies, 160i, histoire des métamorphoses d'une fourmi en laboureur, au service d'un jeune prodigue; en soldat estropié et congédié sans autre salaire qu'un permis de mendier; en lettré, qui se prépare à la vie usuelle : dettes, Henslowe, etc., par la composition d'un grand poème richement imprimé et relié ; mais le patron qui reçoit la dédicace n'ouvre le livre que pour couper les signets de soie et s'en faire des nœuds de souliers. Works, éd. IJuUen, 1880, t. VIIL Pour les œuvres dramatiques du même, voir plus loin, p. 832. Sur les études de mœurs qui, sous le nom de Caractères, contribuèrent à préparer l'avènement définitif du roman d'observation, voir chap. IX, p. 86i.
la vie — rattache volontiers, lui aussi, ses écrits en prose à ceux de Nash, il le cite souvent avec amitié et admiration; mais, tandis que Nash ne pouvait que s'extasier sur la poésie des autres, Dekker a lui-même le don de poésie. Cette faculté divine ne l'abandonne jamais : au milieu de ses descriptions les plus vulgaires, une remarque inattendue charme et repose l'esprit : nous retournons de meilleur cœur h ses aubergistes ventrus, à ses va-nu-pieds, à ses descriptions de la peste (dont se souviendra Defoe), à ses scènes de la basse vie à Londres qui rappellent tantôt le gros comique et les lourdes couleui-s de Téniers, tantôt la pointe aigu«' et le pittoresque débraillé de Callot. Les comiques et les ironistes étrangers sont, avec Nash, ses modèles favoris, il transpose leui-s œuvres à l'usage du public anglais et en fait des tableaux des mœurs contemporaines à Londres. Il donne à ses compatriotes un lianquel du Célibataire qui est une adaptation des Quinze Joies de Mariage et un Catéchisme du Fat qui transporte en son pays le Grobianus de Dedekind'. 11 suffit de le suivre, et en un instant nous avons la perception directe des scènes les plus caractéristiques de la vie ordinaire sous Elisabeth. Il conduit son lecteur au restaurant, à la promenade, sur le toit de Saint-Paul pour voir le panorama, au théâtre, et là il in-
1. Né vers 1570, Thomas Uekker mourut vers 1641; principales rruvres en prose : The ivontlerfuU i/earc ItUKt, remarquable description de la peste de celte année; Thv Batclwlars hiiiK/iit'I. 1003: 77/r srmt tlemll;/ Simifs nf l.oiHlnii. 1606, tableau de la basse vie à Londres; .\t'ties froni Hi-ll. 1606, réimprimé en 160" et depuis sous le nom de .1 Knig/ils ronJKring. mire ré|)on8e à la Supplicnliou de 1' « ingénions, ingenuous. Huent, facelious T. Nash v; Tlif Brlinan of Londou, et l.tinHinnir and ruinlh'Urjht. 1608, rajeunissement du Carrai de Harman, nombreuses éditions; Tin- Culs /Itirnrhooki'. 160<.i. inspiré du drnhiainis de Dedekind (trad. en anglais, 1605: sur l'influence de ce roman, voir C. H. Herford, Slutlies in thv lUeranj rctalions of Euglaud and (irrmany in Ihe XVllh. cvnhinj, Cambridge, 1886). Son dminalir Works of Thomas Dchker. 1884, 5 vol., éd. Grosart. Sur ses drames, voir fh. VIII, p. 80l>.
siste, il est dans son propre milieu, il n'imite personne et la peinture est d'un maître.
Un galant, cela va sans dire, se plantera sur le théâtre, « sur les roseaux mêmes » qui servaient de tapis aux acteurs. Si le public en est incommodé, il haussera les épaules « aux sifflets et grognements de la canaille ». Il soignera son entrée et attendra, pour le moins, que l'acteur débitant le prologue ait commencé, fort ému, à expliquer de quoi il retourne. Le moment est excellent : « Vous sortez subitement de derrière la tapisserie, votre escabeau dans une main, vos six-pence dans l'autre ». Ce serait gaspillage que d'entrer plus tôt : personne ne ferait attention à l'élégance de votre habit. Pendant la pièce, l'attitude à observer est si évidente qu'il est à peine utile d'en rien dire : « Vous ne pouvez que gagner à rire bruyamment aux passages graves et tristes d'une terrible tragédie... D'abord les yeux des assistants cesseront de suivre les acteurs pour se fixer sur vous; tout le monde saura votre nom; tout le monde vous reconnaîtra dans la rue et dira : Voilà le galant un tel... Puis vous ferez admirer votre vertu : on comprendra que vous ne venez pas au théâtre chercher la satisfaction de votre goût pour les vains plaisirs qu'on y trouve ; mais seulement, en gentilhomme, afin de passer une heure ou deux dont vous ne saviez que faire ». Enfin, qui sait, vous pourrez peut-être tellement exaspérer l'auteur que, la prochaine fois, il vous offrira un sonnet dédicatoire « pour vous faire taire». Voilà ce qu'on gagne à se conduire avec intelligence.
Le départ n'est pas moins important que l'entrée. Si la pluie qui survient, ou si la société qui vous accompagne, vous empêche de vous en aller au cours de la représentation, « prenez un roseau et chatouillez l'oreille de ceux de vos voisins qui voudraient écouter ; le troupeau des sots se
donnera du bon temps à rire; miaulez aux discours tragiques, gémissez aux facéties; sifflez aux chansons » ; blâmez la musique et le jeu des acteurs. Mais le mieux, de beaucoup, est de partir au milieu de la pièce. Pastorale, comédie, moralité, tragédie, quelle qu'elle soit, si bonne que soit la scène, et surtout si elle est bonne, levez-vous de votre escabeau, le sourcil froncé et l'air malcontent. « Une fois debout, n'allez pas vous glisser dehors comme un couard, mais saluez tous les élégants de votre connaissance étalés sur les roseaux ou sur des oscabelles, tâchez d'en emmener le plus possible à votre suite ». L'auteur criera peut-être : « Le diable vous emporte » ! Mais qu'est-ce que cela signifie? « Il n'y a pas de musique sans fausses notes » .
Au temps où Dekker s'exerçait ainsi dans le ,i;«Mire ironique où devait plus tard s'illustrer Swift ' et publiait ses descriptions des théâtres et de la vie commune à Londres, le Shake-scene de Greene, le Shakespeare de la postérité, achevait sa carrière et se préparait à quitter la capitale pour retourner à Stratford et mourir là où il était né.
1. Ses ironiques Direclioua lo Servants et sa Complète cnlleciion i>f ffctiteel (ind iiigenioits coiirersotioii. appartiennent exactement ù la même fu* mille d'écrits. Une nouvelle traduction du Grolnnims. par Roger Bull, 1739, fut dédiée à Swift, comme étant le premier « who inlroduc'd into thèse Kingdoms... an ironical inanner of wriling ». Cotait oublier, à tout le moins, Dekker.