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Livre III, chant xii

2. Marot compose It's vers d'une Monimerie de quatre jettnes demoiieUes; Œuvres, Janel, III, p. 77. Molière écrit :

Trufaldin, ouvrez>Icur pour jouer un momon.

L'Éloiinli. 111-11. En Anulelerre, Woisey reçoit Henri VIII : « The hanquets were set forth with niasks and inumnieries, in so gorgeous a sort, and costly manner Ihat it wati a heaven to behold *. Cavendish, l.iffof Woisey, éd. Horley, «890, p. il.

3. Sur les anciens ballets avec paroles, dansés à la cour de France, voir P. Lacroix, Ballets et moscnrades de Cour, Genève et Turin, 1868-70, 6 vol. 12".

Molière et Quinault était une « tragédie-ballet ». Bacon ne dédaigna pas de consacrer aux Masques un de ses essais : il recommande les costumes de couleur claire, l'emploi des parfums, une exacte concordance des gestes et de la voix, mais il interdit les danses chantées qui lui semblent vulgaires.

A la catégorie des divertissements de cour se rattachent, dans leur ensemble, les œuvres dramatiques composées, à partir de 1580, par l'euphuiste Lyly. Ce ne sont guère que des Masques y bien qu'elles n'en portent pas le nom : pièces de circonstance, remarquables à leur date par un dialogue vif, élégant, souvent spirituel, traitant de sujets mythologiques, champêtres ou héroïques, et jouées par des enfants. Pour charmer un auditoire de choix, le romancier tire parti des ressources de son esprit précieux, rapproche des contemporains les héros et les dieux, mêle aux propos amoureux de la belle Campaspe les ingénieux discours d'Aristote et de Platon et les rebuffades du cynique Diogène ; transporte en Lincolnshire les déesses de la fable et les bergers de Virgile, découpe en dialogues les Métamorphoses d'Ovide, déguise ses jeunes filles en garçons et Gupidon en nymphe, et sème ses pièces d'allusions, avouables ou niables ^ volonté, à la reine, à Leicester, à Philippe d'Espagne : Diane, Endymion, Midas'. Il a de jolies reparties;

1. Lyly fit représenter ses pièces surtout à la cour; elles sont d'un euphuisme plus modéré que son roman; sauf une, en vers blancs, toutes sont en prose. Campnspe, composée vers 1580, 1" éd. 158i; Sap/io and Phao, V" éd. 1584 (Phao serait le duc d'Alençon); Gallalhen, enregistrée en 1585, l'" éd. 1592; Endimion, joué en 1586 (?), V éd. 1591 (Endimion est Leicester; Cynthia, Élisabelh); Mtrf«s, composé en 1589, 1" éd. 1592(Midas est Philippe II, avecles trésors de ses galions) ; Mother Bomhie, composée et jouée 1590 (?), V éd. 1594 (sorte de comédie d'erreurs, à part dans le théâtre de Lyly, se passe à Rochester; par exception ne fut pas jouée à la cour); T/ie woman in the moone, enregistrée 1595, 1" éd. 1597, en vers blancs, se passe parmi les dieux et les bergers, en Utopie; rôle de clown); Loves Metamorphosis, l"éd. 1601, semble

longtemps avant Marivaux il marivaude ' ; mais long-temps aussi après Jean de Meung, il prête la parole à Nature, Discorde et autres abstractions personnifiées. Il n'oublie pas ce moyen de succès infaillible auprès d'Elisabeth : les bouffonneries de valets fripons ou de constables ridicules; il multiplie les danses et les chansons, et forme de la combinaisons de tous ces éléments, des comédies si goûtées à la cour qu'il essaya de les montrer à la ville. Deux ou trois furent jouées sur un vrai théâtre, mais, sorties de leur milieu, elles eurent moins de succès. C'étaient véritablement des pièces de société et des féeries de salon.

La consommation de drames de ce genre faite par la cour était considérable; l'honneur d'être choisi et joué était très envié; l'intendant des Menus Plaisii>s sous Elisabeth note dans son livre de comptes qu'il a dû faire un tri parmi de grandes quantités de pièces soumises à son jugement-. Les choisies et les dédaignées, celles qui ne sortirent jamais de leurs ténèbres et celles qui eurent, dans la vaste

un remaniement d'une rersion antérieure jouée vers 1587. — Complète Works of John Lyly. éd. R. Warwick Bond, Oxford, 1902, 3 vol. 8"; seule bonne édition-, tendance marquée à exagérer l'influence de Lyly sur Shakespeare.

1. Capturé par Diane et ses nympties, Cupidon voit ses ailes cou|>ées, son arc brisé; il est condamné aux plus dures |)énilences : « Teliisn. — Come, Cupid, to jour taske. First you must undoe ail those lorers knots, because you tyed them.

Cupid. — ir they be Irue love knots, 'tis unposaible to unknit them; if false, 1 never tied them.

Eurnta. — Make no excuse, but to it.

Cupid. — Love-knots are tyde with eyes, and cannot be undoone witli hands.

Venus. — Alas poore boy! thy winges clypl? thy brandes queocht? thy bowe burnl? and Iby arrowes brokc?

Cnpid. —I, but il skilleth not!... I can wonnde >\ilh looking, flye with thinking, burne with hearing, shoote with spcaking ». (iallathea. IV, 2; V. 3.

2. « Ail whiche vj pla>es l>eing chosen owle of raany and ffownde to be the be.st that then wcre to be had », 1571. Estracls from thr accounts of Uie Bevels al Court, éd. Cunningham, shakftpeare Society, 18t2, p. 13.

étendue des siècles, leur minute de gloire, sont presque toutes perdues et la même nuit maintenant les enveloppe. Quelques-unes pourtant demeurent, indépendamment de celles de Lyly, Telle la Mise en Jugement de Paris, compliment mythologico-pastoral, en cinq actes et en vers, œuvre de Peele^. La donnée est un prétexte à beaux costumes, puisque les héros sont presque tous des dieux ou des déesses, à vers harmonieux, et sutout à louanges pour l'incomparable Elisabeth. Étant donné le litre de la pièce et le lieu de la représentation, il est à peine besoin d'ajouter que le drame a pour sujet la cassation du jugement de Paris, sur appel porté devant l'Olympe par les deux déesses désappointées. Toute la cour céleste (traitée par moments sans cérémonie et à la manière des irrévérencieux Meilhac et Halévy) accepte l'arrêt de Diane : Paris a mal jugé; la majesté de Junon, la sagesse de Minerve, la beauté de Vénus sont réunies en une seule personne, Elisabeth. Vénus même acquiesce et avoue que son fils est devenu aveugle pour avoir eu l'imprudence de regarder la reine. Ces compliments avaient déjà servi, mais ce n'en étaient pas moins des compliments, et les yeux de la souveraine qui déjà n'était plus jeune brillaient de plaisir.

Ces fêtes devaient avoir, par la suite, un effet marqué sur les représentations publiques à un point de vue spécial, le point de vue du décor. A la Cour, on ne regardait pas à la dépense, on s'adressait aux meilleurs artistes pour avoir des peintures de forêts, temples ou vallées. Les comptes des Menus Plaisirs du temps d'Elisabeth permettent de constater des dépenses considérables en grosse toile, en couleurs, en colle et en salaires de peintres, autrement dit en

1. The Araygnement of Paris. 1584; Works, Bullen, 1888, t. 1. Ancien élève d'Oxford, George Peele mena sur le pavé de Londres une vie dissipée et mourut jeune vers 1597.

décors. On sait parfois ce qu'ils représentaient : c'était un château, un rocher, une église, une prison. L'intendant paye pour une « toile peinte tendue sur un cadre », autrement dit aussi un décor. Des rames de papier sont découpées en feuilles d'arbre et en fleurs artificielles. Des fleurs vraies sont également achetées à profusion : dix boisseaux de roses à la fois en une occasion; et dans une autre, on achète des roses et, en même temps, quatre gallons (équivalant à seize de nos litres) d'eau de rose, pour répandre sur ces fleurs et les obliger à sentir bon. Enfin, avec de la glu, du carton, des couleurs, sont confectionnés quantité de monstres, dragons et bêtes étranges, assez semblables à ceux qu'un navigateur académicien découvrait naguère dans le palais d'une autre impératrice, à l'autre bout du monde : anciennes mœurs comme seule peut les conserver la Chine».

Sous Jacques I", l'importance de ces fêtes grandit encore ; bon nombre des pièces de circonstance commandées alors à Daniel, Campion ou Ben Jonson nous sont parvenues et elles comptent parmi leurs meilleures œuvres. Même progrès pour le décor et les machines. Si le roi ne pouvait aller aussi loin que Léon X qui avait fait jouer les Sttppositi d'Arioste dans un décor de Raphafil, du moins avait-il Inigo Jones, architecte, dessinateur et machiniste, élève des Italiens, habile à exécuter les changements à vue, qui savait transformer à volonté un palais en chaumière et un parterre de fleurs en désert lybique '. Ces merveilles, réservées

1. EjclracU fro'm the nccounts of the Revels ot Court, éd Cunningbam, Shakespeare .Society, 18i2. Voir e. g. pp. 4, 19, 20,26, 27, 28, 57, 72, 91, etc. — « Ce théâtre évidemment devait jouer surtout des féeries mythologiques se passant aux enfers ou chez les dieux, dans les nuages : ce qu'il y a là de monstif'es, de chimères, de bétes, de diables, en carton ou en papierl... » (accessoires du théâtre privé de l'Impératrice de Chinp). Loti, Derniers jours de Pékin, 1902, p. 156.

2. Inigo Jones, Original designs for masq^tes nt Court, avec fac-similés

d'abord aux fêtes royales, furent communément offertes, mais seulement après la Restauration, au public des théâtres ordinaires. Il en résulta, comme il en résultera toujours, de grandes dépenses, une grande misèrç pour les troupes et un avilissement de l'art dramatique, le succès dépendant alors autant du machiniste que du poète. Les plus sages le constatèrent tout aussitôt, mais leur sagesse a moins profité qu'elle n'aurait dû aux descendants ^

Comme les autres pays du continent, l'Angleterre eut ses farces, dont les plus vives, par John Heywood, l'ami de More, paraissent à certains moments des contes de Chaucer dialogues, mais ressemblent encore plus à celles de notre ancien théâtre-; des essais de vraie comédie retraçant, avec une exactitude pittoresque, des scènes de la vie commune, comme V Aiguille de la Mère Gurton, la meilleure du genre ^ ; des pièces savantes, comédies et tragédies, en latin et en anglais, jouées surtout devant des auditoires de choix à l'IJ-

des dessins, Shakesp. So<f.', 1848; et article de R. T. Blomfield, Portfolio, maijuillet 1889.

1. « It is an argument of the worth of the playsand actorsofthe last âge... to consider thatthey could support themselves merelyfrom Iheir own merit, the weight of the matter and goodness of the action, without scènes and machines, whereas the présent plays with ail that show, can hardly diaw an audience b. Historia. /listrionica... in a diologve of plays, 1G99. Quand une fois le public a pris le goût du spectacle pour le spectacle, il n'en a jamais assez : c'est l'époque où l'on ajoutait des danses à Macbeth pour le rendre supportable. ^

2. Tfw Pardoner and the Frère, the Curate and neybour Ptalte, 1533, composé avant 1531 (cf. la Farce d'un Pardonnenr, d'un Triacleur et d'une Tavernière, dans : Ancien Théâtre français, Bibl. Élzév., t. II); A meryplay between Johanjohan the husbande, Tyb his ivife and syr Jhan the Preest, 1533 (cf. la Farce de Pernet, ibid., t. I); The fonre P., 1545 (?), Du même, quelques moralités. Catholique, il mourut en exil à Malines vers 1577. Plusieurs de ses pièces sont dans Dodsley, Old Plays, éd. Hazlitt, 1874 et s.

3. Gammer Gu rions Needle, 1575, composée bien avant, attribuée faussement à Still, évéque de Bath; voir sur ce sujet Théâtre en Angleterre, p. 180; serait de W. Stevenson (H. Bradley, dans Représentative English Comédies, 1903; l'attribution reste douteuse).

Diversité, à l'école de droit ou à la cour, les trois centres où prédominaient (mais non toutefois d'une manière exclusive) les g-oûts classiques. Dans ces œuvres d'auteurs diserts, reparaissent les types tout faits de Tancicnne comédie : le fanfaron, la parasite, le valet tiré des comédies de Piaule ' ; dans les pièces sérieuses déclament les héros à la Sénèque. La Renaissance avait donné au vieux dramaturge une vogue incroyable. Appartenant à la décadence latine, et paré cependant de l'auréole classique, il était plus près des modernes qu'aucun autre et fut le plus imité de tous les anciens. Il eut en France une influence immense; une moins grande, mais cependant notable, en Angleterre. Ses tragédies furent traduites en anglais, l'une après l'autre, de 1559 à 1581 '; ses idées générales et ses déclamations grandiloques, parfois grandioses, devinrent ainsi accessibles -X tous; on en retrouve la trace un peu partout, et jusque dans le théâtre de Shakespeare. Tantôt ses propres personnages reparurent sur la scène anglaise; tantôt des héros nationaux, des amoureux de Boccace, des princes d'Asie, des prophètes de la Bible, adoptant son style, échangèrent, au cours des pièces anglaises, de solennels discours ou de brefs aphorismes, observèrent tant bien que mal les

1 . Rôles de Roisler, le fanfaron et de Merrygreek le |>arasite, dans Rnlp/i Moisfer, par le savant Nicolas Udall, joué à l'Université avant 1551 (S/ink)-' spenre Soc., 1847); rôle de Ragan, resclavo rusé dans Tfie historié of Jacoh and Esau 1568 (composée avant 1557, sujet populaire un peu partout : cf. Esail le chnssfitr. par Behourt, Rouen, 1591»); imitation de VAmphihyon de Piaule dans .1 nfw Enlerhtrd... nnnwil Jacke Jugeler, 1563 (réimpr. par Dodsley).

2. The sijct Tragédie of the mosi grave aiid prudent author L. A. .SV» neca. enliluled Troas... in Enylyslie, hy Jasper Ileyirood (fils de John, l'autour de farces), Londres, 1559. Heynood prend des libertés et ajoute des embellissements, mais il en avertit le lecteur dès la première page : la piî>ce est traduite a with divers and sundrye addicions ». La série des dix trag<>dies fut achevée par Heywood, Studley et autres, et publiée au complet : Srneca htx lenne Tragédies, 1581. Sur The influence of Seneca on Klizal>eHian Iragedy, voir le bref et substantiel essai de J. W. CunliOe, Londre.«,t893.

unités, et se firent tuer derrière la toile, pour donner à un auditoire instruit le plaisir de voir apparaître le classique messager et d'entendre les réflexions sentencieuses d'un chœur à l'antique.

« Notre jeunesse brûlait de monter sur les planches », écrivait Nicolas Grimald, en 1543, de son collège deMerton à Oxford, et il rédigeait pour elle une tragi-comédie latine sur la Résurrection, justifiant, par l'exemple de Plante, quelques libertés prises avec les unités '. A Cambridge, Thomas Legge donnait, en 1579, avec grand succès, un Richardus Tertiiis, tragédie latine, dans la manière de Sénèque-. Gascoigne faisait représenter, en anglais, à l'école de droit, une Jocaste imitée de Dolce, qui imitait Sénèque, qui imitait Euripide, et où nous retrouvons le chœur, les messagers, les confidents : « Fidèle serviteur de mon vieux père, bien que tu connaisses suffisamment déjà toute l'histoire de mes inguérissables maux... eh bien! tu vas l'entendre encore une fois », afin que nos auditeurs n'en ignorent. Jocaste ne donne pas cette raison, mais c'est la vraie ; ainsi débute la pièce 3. A d'autres auteurs savants, l'histoire na-

1. Il la fit représenter devant une « eruditissimorum virorum corona », qui ne put, sans doute, admirer beaucoup l'élégance d'un style dont voici un échantillon :

Nemo liomo potuit melius consilium dare.

Chrialus redivivus, Cologne, 1543, réimpr. par J. M. Hart, Modem language. Associntioti of Amcricn, t. XIV. Un Chrisins Iriumphans, en vers latins, par Foxe, le martyrologue, 1556, fui traduit en français, 1562, et en anglais en 1578. Les meilleurs drames latins de l'époque furent composés par l'Écossais Buchanan, mais en France et pour un public français; JepfUhes sivc vo^wm (Paris, 1554), Baplislcs sivc calumnia ; flui une Médée et une Alceste, le tout joué au collège de Guyenne à Bordeaux.

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