Texte dans Hazlitt, Shakespeare' s Library, t. V
3. Les actes I et IV par Kinwelmersh, le reste par Gascoigne : Jocasla, 1506, en vers blancs; l'imitation de Dolce est une trouvaille de Symonds. « Dumb shows » ou pantomimes allégoriques avant les actes : un prince, la « couronne impériale » sur la tète et « une croix dans la main gauche », représen-
tionale fournissait le sujet de (iorboduc^;\es romans du moyen âge, le sujet des Malheurs (T Arthur^; le Décaméron, celui de Tancrède et Sigismonde'^ : toutes pièces à la mode classique, représentées devant Elisabeth. Gorboditc, œuvre de Sackville et Norton, la première en date des trag-édies anglaises en vers blancs, jouée à Whitehall le 18 janvier 156[2j, plut aux connaisseui-s par l'imitation du style antique et la dignité soutenue des discours; les critiques y virent une manière de chef-d'œuvre; l'Angleterre avait enfin son Jodelle : seul de tous les drames d'alors, celui-ci trouva grâce devant Sidney.
Au temps même de la plus grande gloire de Shakespeare, les classiques avaient encore des partisans déterminés. Daniel compose, d'après les recettes de Sénèque, une Cléopâtre qui débute par un monologue occupant tout un acte et se termine par un récit de neuf pages ^. Comme Jodelle en sa CléopiUre captive, il est obligé de prendre les événements tout près de la catastrophe et remplit ses cinq actes de ce que Shakespeare juge insuffisant pour un seul : la première scène du premier acte chez Daniel, comme chez Jodelle, néo-classiques tous deux, correspond à la deuxième
tait a Sésostris, roi d'Egypte »: l'intelligence du show devait être diflicile. Du même Gascoigne, un masque {infro, p. 616); une moralité, 7"//»* Classe of Ciovernement, 1575; une comédie en prose : The Supposes, jouée à Gray's Inn, l'école de droit, en 15G6 et traduite de la fameuse pièce d'Arioste (compliquée et fort leste). Worhs, éd. Haziitt, 1869, 2 vol. 4».
1. The tragédie nf Gorhoduc, where nf three actes were u-njlteu by Thomas Sortnne. and the two laste lnj Thomas Sarkvyle, Londres, 1565; réimprimée |)ar miss L. T. Smith, Heilbronn, 1883. Sur Sackville, voir supra. p. 302.
2. Certaine devises and sheues. Londres, 1587. usuellement connues sous le nom de Misfnrtvnes of Arthur; auteur principal, T. l'glies.
3. The tragédie of Tancred and Gismund. l.VJl.en vers blancs; jouée devani Elisabeth, en vers rimes, en 1568; tirée de Hoccace, IV, 1.
4. The tragédie of Cleopatra. 1594. Du même : The tragédie of Philolas. 16A5; les dédicaces envers des deux pièces comptent parmi les meilleures œu- Très de Daniel. Complète Works, éd. Grosart, t. III.
de l'acte V dans l'Antoine et Cléopâtre de Shakespeare. Le Marc Antoine de Garnier est traduit en vers par la comtesse de Pembroke^ ; et sa Cornélie, par Kyd~; Brandon écrit une Vertueuse Octavie ^; Fulke Greville, l'ami de Sidney, habille à la mode classique, employant messagers, nourrices, chœurs et spectres, les sujets orientaux de Mustapha et d'Alaham'^; sir William Alexander découpe l'histoire ancienne en tragédies, Darius, Crésus, etc., lui aussi remplissant tout un acte par un monologue de Solon ou par les lugubres propos de l'ombre d'Alexandre^. Plus ou moins visible, filet d'eau, riyière ou fleuve, la tradition classique se maintient et on en peut suivre la trace, de l'époque des premiers Tudors au règne de la dernière Stuart.
Dans l'histoire du drame, à la période où nous sommes, un point mérite une attention spéciale : il est, en vérité, d'une importance extrême. Au même moment, en France et en Angleterre, les voix les plus autorisées donnèrent un
1. Tlie Iragedie of Antonie, Londres, 1595, 4"; joli volume imprimé sur papier vergé, avec un soin que n'obtinrent guère les drames romantiques d'alors.
2. Avec de {grands efforts pour demeurer fidèle au texte. Voir par ex. le discours fleuri du messager, tout à fait caractéristique du genre, contant la catastrophe finale :
Tout s'épand par les champs, comme un camp mesnager De caverneux fourmis, venus pour fourrager Lors que l'hiver prochain ses froidures appreste. Ils sortent de leur creux...
Cornélie, 1" éd. 1573, Œuvres, éd. Forster, Heilbronn, 1882.
The ûelds are spred, and a houshold campe Of creeping emmets in a counlry larme, That corne to forrage when Ihe cold begins, Leaving their crannyes...
Cornelia, 1594, Works, éd. Boas, Oxford, 1901, p. 150.