‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 143 sur 290 · The tragi-comoedi of the virluous Octavia · texte numérisé non relu

The tragi-comoedi of the virluous Octavia

4. Works in verse and prose, éd. Grosart, t. III; 1" éd. de Mustapha, 1609.

5. Foure monarchicke tragédies, dans Récréations wilh the muscs by William [Alexander] earle of Sterline, Londres, 1637, fol. Premières éditions : 1603-7. Les tragédies de Daniel, Fulke Greville et Alexander ne furent jamais jouées.

HISTOIRE LITTÉRAIRi:. — T. II. 32

même enseig-nement. Les meilleurs critiques, les lettrés les mieux instruits et les plus experts, les penseurs du plus grand renom se prononcèrent sur la question du classicisme renouvelé des anciens et du romantisme déréglé issu du moyen Age. Dans les deux pays , avec la même énergie, mais des résultats tout différents, ils prirent parti pour l'art classique. Sidney, populaire par-dessus tous, objet de l'admiration universelle, se déclara hautement pour le drame classique et les règles d'Aristote, y compris celle des vingtquatre heures : « Le théAtre ne doit jamais représenter qu'un seul lieu, et Textrême limite du temps que doit occuper une pièce, ne saurait, d'après les préceptes d'Aristote et d'après le sens commun, dépasser un jour ». Gorboduc obtint son suffrage, mais non sans quelques réserves, parce que les sacro-saintes règles n'y étaient pas observées avec une absolue rigueur. Aussi lui préférait-il les tragédies latines de Buchanan : la perfection est là, suivant lui, à son comble; ce sont « des œuvres divines ». Le grand penseur de la période, Bacon, collabore à un drame : c'est une tragédie classique, les Malheurs d'Arthur. Le plus instruit des dramaturges, le plus illustre, dont la voix était autrement autorisée que celle de Shakespeare, Ben Jonson se déclare en faveur de l'antiquité et de ses règles; il fait raconter la mort de Séjan par un messager et met au compte de la barbarie des auditeurs quelques libertés qu'il a dû prendre avec les préceptes des anciens. On joue à Cambridge trois petits drames de Noël qui, sous prétexte d'un Vot/ar/e au Parnasse, n'ont d'autre sujet que l'état des lettres sous Elisabeth. C'est une critique, souvent fort spirituelle, de la poésie du temps; Jonson lui-même, trop réaliste, ne trouve pas grâce; mais le principal objet de la satire est le représentant lo plus en vue de la liberté romantique : Shakespeare en personne, le « doux M. Shakespeare », dont l'é-

loge est constamment ressassé par le sot de la pièce : « Je voudrais tant avoir son portrait! » vœu souvent répété, depuis, par d'autres que le ridicule Gullio^.

Tous les critiques littéraires anglais sont ainsi unanimes à louer Fart classique ; la Renaissance a étendu ses enseignements à la grande ile et fait accepter son idéal par les connaisseurs et les gens de savoir. Non seulement, ils sont aussi déterminés que ceux de France, mais même leur unanimité est plus absolue ; sentant que leur tâche est ardue, ils se serrent les uns contre les autres. Userait difficile de trouver chez nos voisins un plaidoyer en faveur de la liberté comparable à celui qu'Ogier mit en tête du Tyr et Sidon de Schélandre. On peut dire, en toute vérité, et si singulier que cela puisse paraître, que la seule défense de Fart de Shakespeare faite jadis, au nom des principes et de la raison, par un théoricien, est celle du Français Ogier qui ne le connut même pas de nom. Ogier, dans son exposé de Fart dramatique, et Schélandre, dans l'échantillon qu'il en donne, rejettent les unités, proscrivent les messagers, mêlent le comique et le tragique, les vulgarités et les échappées lyriques 2 : les séparer, « c'est ignorer la condition de la vie des hommes, de qui les jours et les heures sont bien souvent

1. «Osweet Mr. Shakespeare! l'ie bave hispicture in my study ». The PU- (ji image (,o J'anutssus, with l/ie Iwo parts of the Reluni from Parnassns, 1597-lGOl, éd. Macray, Oxford, 1886, 8°, p. 58.

2. Tellement à la manière de Shakespeare qu'on croirait, en nombre d'endroits, que les deux auteurs se sont connus et imités. Comparer, par ex., l'apostrophe de Léonle :

Gentils globes de feu, brillants à mille pointes... Cliers joyaux dont la nuit pare son voile sombre D'un mélange subtil de lumière dans l'ombre, Beaux caractères d'or, etc.,

et le passage où Lorenzo montre à Jessica :

how the lloor of heaven Is thiek inlaid witli patines oC briglit gold..

Merchant of Vcnice, V, 1.

entrecoupés de rire et de larmes, de contentement et d'affliction ». L'unité de temps oblige les auteurs classiques à « introduire, à tout bout de champ, des messagers pour raconter les choses qui se sont passées les jours précédents ». Ces messagers « font perdre patience à lauditeur... Il est plus commode à une bonne hôtellerie qu'il n'est convenable à une excellente tragédie d'y voir arriver incessamment des messagers* «.Aucun théoricien anglais ne prêta ainsi à Shakespeare l'appui de sa doctrine ', et cependant l'art de Shakespeare triompha en Angleterre et celui deSchélandre périt eu France.

La principale cause de ces résultats opposés d'un enseignement similaire fut la différence de génie, de dispositions naturelles et de tempérament des deux peuples. Au théâtre, c'est la masse surtout qui décide; son jugement peut être influencé, mais non retourné; le fond national, les vraies tendances de la foule et ses vrais goûts finissent toujours par reparaître et l'emporter; ils se montrent là mieux qu'ailleurs et lui dictent des arrêts autrement importants pour le succès des pièces que les cabales des gens instruits,

1. Tyr el Sidon. tragi-comédie. V éd. Ifi08; 2«, avec la préface, lfi28 (réimp. Aticieu tkvâlrv français. (. VIII, 18.'»fi). Schélanilre met sur la scène une bataille el un bal, y fait ap|>orter un billot et aborder un esquif. Ses concetti et calembours égalent en mauvais goût ceux de Shakespeare :

0 mer, amére mère de la mère d'Amour!

(2* journée, IV, 3).

Sur les revendications des indépendants français, voir Shakespeare eu France, ch. ii.

2. Ce n'«>st qu'en détournant (à mon avis) de leur vrai sens quelques remarques de Webster que M. Symmes peut voir en lui un précoce et, d'ailleurs, unique défenseur du drame romantique : Débuts de ta critique dramatif/ue en Angleterre. 1903, p. 197. Mais Webster, dans la pn-face <lu M7/i7e Divel. 1612, citée à ce propos, ne fait que plaider, en sa propre faveur, les circonstances atténuantes : à quoi bon écrire, dit-il. quelque belle pièce à l'antique, quand « the breath that comos from Ihe unrapable muHilude is able to (Ktison it? » C'est assurément plaider sans chaleur la cause de la multitude cl de ses goûts.

des critiques et des élégants. En France, dès que les règles eurent été énoncées, la masse se soumit avec empressement; leur logique, leur simplicité, l'art si difficile de choisir qu'elles imposaient à l'auteur — choix de personnages peu nombreux, d'incidents caractéristiques, de moments de crise — plurent tout de suite à l'esprit français; et un de ses côtés saillants fut mis par là en pleine lumière. Même sans génie, avec des règles, rien qu'à se montrer capable de choisir, en artiste et en logicien, on put plaire, non pas seulement aux lettrés, mais à la foule. Mairet n'avait pas de génie; sa tragédie de Sophonisbe alla aux nues, sans autre cause que d'être régulière; ce fut une révélation, c'était là le genre de beau qu'on cherchait, qu'on attendait depuis si longtemps, dont les Jodelle et les Garnier, pleins encore d'incongruités, n'avaient donné que de grossiers échantillons; la pièce fut jouée trente ans de suite et mérita les suffrages de Corneille même, alors au comble de sa renommée.

Ce fut à Londres exactement le contraire qui arriva. L'enseignement des lettrés tomba en terre stérile; ces Grecs, ces Romains, ces Aristote et ces Sénèque, en dépit de la Renaissance, demeuraient, pour la masse, des étrangers; on les regardait avec curiosité, mais on ne les reconnaissait pas; ce n'étaient ni des ancêtres ni des frères. Leur art semblait une singularité, la foule s'y intéressait peu, et son jugement allait avoir des conséquences d'autant plus considérables, qu'elle avait la passion de la scène, au point de pouvoir bientôt remplir, tous les jours, autant de théâtres, dans Londres seul, qu'en possédaient, à la même époque, toutes les capitales d'Europe réunies. C'est elle qui encombrait les enceintes; à elle qu'il fallait plaire; c'est elle qui payait et faisait la loi. Le drame anglais ne pouvait se développer avec ampleur que dans le sens des goûts et des

exigences de cette multitude amie de la variété, de l'imprévu, des tableaux multicolores, des mels fortement épiées. Le public de qui Shakespeare dépend, c'est uniquement le public populaire, et ce public est si puissant que Ben Jonson môme, bourru, têtu, très entiché de science, ce Jonson qui grommellera: a Shakespeare manque d'art », en est réduit à plier; il fait des concessions dont il rougit, n'ayant pas d'autre moyen de se garder un auditoire. En Angleterre, la Cléopùtn' de Daniel demeura une curiosité; en France, le Tyr et Sidon de Schélandre.

Les troupes d'acteurs donnant des représentations dans Londres et en province étaient nombreuses dès la première partie du seizième siècle : ce n'était pas encore là un trait spécial à l'Angleterre; il y en avait de pareilles dans tous les pays fortement influencés par la Henaissance : en France, en Italie, en Espagne. Les unes étaient attachées à la personne des grands seigneurs; les autres, « sans aveu », se formaient et se déformaient au hasard des circonstances, compromettaient l'art dramatique tout entier par leurs désordres et tombaient périodiquement sous le coup de lois draconiennes. Henri VIll prescrit, en 15i6, de rafler dans Southwark tout ce qu'on y pourra découvrir de ruffians, vagabonds, acteurs, etc.," et de les envoyer, sans autre forme de procès, ramer « sur certaines galères » lui appartenant. Elisabeth fait briller au fer rouge et fouetter par les rues, « nus de la ceinture à la tête, et jusqu'à ce que le sang coule », tous ménestrels, montreurs d'ours, charlatans, acteurs, etc., « à moins qu'ils n'appartiennent à quelque baron du royaume* m.

1. 14 Eliz. ch. V et 39- io Eliz. ch. it; Prolbero, Select Slalutes, pp. «8, 102.

Le premier soin d'une troupe en formation était donc de se donner pour protecteur quelque « baron du royaume », et elle le trouvait d'ordinaire assez facilement. Il n'en résultait pour le noble ni dépense, ni peine ; il permettait à la troupe de porter son nom, de se dire à son service, et constatait le fait par une lettre servant de passeport et de sauvegarde aux acteurs. C'était du bel air que d'avoir ses comédiens.

Pendant la plus grande partie du siècle, les troupes jouèrent où elles purent : dans la salle des châteaux où, à l'exemple des jongleurs et ménestrels d'autrefois, elles étaient toujours les bienvenues; sur la place publique, dans le guildhall des villes de province, dans les jeux de paume, les granges, enfin et surtout dans les cours d'hôtelleries. Ces cours étaient, d'ordinaire, entourées de galeries desservant les chambres et d'où les spectateurs privilégiés voyaient à leur aise ; les autres étaient debout dans la cour, qui tenait lieu de parterre. Des auberges de ce genre subsistent un peu partout et même on en construit encore; il y en a une du quinzième siècle à Gloucester, une moins ancienne à Chinon, une moderne à Parme. La vieille hôtellerie du Tabard dans Southwark, d'où était parti Chaucer pour son mémorable voyage et qui existait toujours sous Elisabeth, ofï'rait cette disposition; d'autres, dans le cœur de la ville, étaient si assidûment fréquentées par les troupes d'acteurs qu'elles étaient considérées comme de vrais théâtres : lieux de plaisir, centres d'iniquité, grondait déjà la municipalité mécontente, qui en réclamait la suppression.

L'amour grandissant de la foule anglaise pour les spectacles et Fhostilité persistante des autorités urbaines eurent un résultat décisif. Le 13 avril 157G, James Burbage, menuisier et acteur de la troupe du comte de Leicester, prit

h bail, pour vingt et un ans, une partie des terrains appartenant jadis au monastère supprimé d'Holywell et y construisit le premier vrai théâtre de Londres. Le choix du lieu est remarquable : entre deux dangers, celui de rebuter les spectateurs par la distance à parcourir et celui de demeurer sous l'autorité du lord maire, Burbage n'hésita pas et choisit le moindre ; il campa son théâtre au nord de la ville, hors des murs, près des champs appelés Finsbury Fields, paroisse de Shoreditch, au delà des limites de la redoutable juridiction municipale. Son théâtre, premier du genre, fut par excellence le Théâtre et n'eut pas d'autre nom. L'événement lui donna raison; la foule fût allée bien plus loin pour assister aux représentations; elle accourut chez Burbage et vit là, pour la première fois, Hamlet sur la scène, dans la vieille pièce dont SUakespeare devait tirer son chef-d'œuvre. L'exemple était à peine donné qu'il fut suiNÎ, avec un empressement et un succès montrant la place que le drame tenait maintenant dans les goûts de la population anglaise. Le Théâtre fut ouvert dès l'année 1576; la même année ou la suivante la Courtine s'élevait tout à côté. L'ne troisième salle (mais aloi-s le Théâtre avait été démoli) fut construite dans la même région, en dehors de Cripplegate, en 1599 : le théâtre de la Fortune. Ce quartier avait déjà mauvaise réputation auparavant; il en eut une exécrable ensuite : « la rue peu chaste de Shoreditch », écrit un connaisseur en 1599'.

A l'extrémité opposée de la ville, vers le sud. un autre quartier était particulièrement propre aux exhibitions théâtrales : ce joyeux faubourg de Southwark bourdonnant et chantant, point d'aboutissement de la grand'route de Douvresi rempli d'auberges, de tavernes et de mauvais lieux,

1. I'il>jrimage io ParHtusus, éd. Macray, p. 18 (1599 est la date vraie).

scandale des gens bien pensants, joie des autres, et dont une partie du moins continuait d'être soustraite à la juridiction du maire. Donne, dans une de ses élégies, parle d'un amoureux qui se moque des espions du mari, « comme les habitants de la rive droite de la Tamise se moquent du maire de Londres ». La foule connaissait dès longtemps le chemin de Southwark, grâce aux cirques poiir combats de taureaux, d'ours et de chiens qui y avaient été anciennement construits, « jeu royal » dont le monopole s'achetait cher et rapportait beaucoup. Jacques Grévin avait visité ces enclos, dans son exil de 1561 :

Je vois ore un taureau, ore un ours qui se dresse Contre l'assaut mordant des dogues pleins d'adresse ; Je les vois combattant leurs forces employer,

Mais l'onde qui est sourde et la pierre muette, Les bétes sans raison, ne me font qu'ennuyer, Depuis qu'il me souvient de ceux que je regrette '.

Dans celte région s'élevèrent successivement, d'abord, un peu à l'écart et à une époque inconnue, le théâtre de Newington Butts; puis, tout près de la rivière, le théâtre de la Rose, construit en 1592; celui du Ctjgne, vers 1596, le fameux Globe, bâti en 1598 par Burbage fils avec les matériaux du Théâtre, transportés ici par lui peu après l'expiration de son bail; le théâtre de V Espérance, hâtivement édifié en 1613, quand le Globe fut détruit par un incendie et afin de profiter de la catastrophe, laquelle fut d'ailleurs réparée peu après : le Globe reparut, dit le continuateur de Stow, « bien plus beau qu'avant ».

1. Sonnets d'Angleterre et de Flandre, retrouvés et publiés par Léon Dorez, Paris 1898. Les deux cirques pour ours et pour taureaux : « The Beare Bayting » et « The BowU Bayting », tels qu'ils existaient avant les théâtres, sont très visibles dans la vue de Londres, publiée par Bruin et Hogenberg, dans leurs Civitates orl)is terrx, Cologne, ir)77, fol.

Trois de ces vastes bâtiments : la Rose, la Fortune, et V Espérance, étaient dus à l'esprit d'entreprise de ce singulier Philippe Henslowe, établi dans Southwark dès 1577, et le génie du lieu. Homme d'allaires, banquier des troupes de comédiens, prêteur sur gages, brocanteur d'habits et de manuscrits de pièces, marchand de bois, tanneur et teinturier, propriétaire de théâtres, de maisons de location, d'auberges et de mauvais lieux, il inscrivait sur un même registre, en une orthographe sauvage, ses gains, ses achats, ses prêts, toutes ses opérations. Ce registre nous est parvenu, en môme temps que les papiers de l'acteur Alleyn, son beau-fils et son compère : ce sont, pour l'histoire de la scène anglaise à sa plus brillante période, des documents d'une valeur incompara]>le '. lienslowe y parait Apre au gain, comptant à ses acteurs soixante-trois livres des costumes qui en valent quarante, rapace en diable, mais toutefois assez bon diable, accessible aux plaintes de ses faméliques pourvoyeurs de drames, prêtant toujours. Fort peu instruit, il écrit, Titus and Ondronirns pour Titus Andronicus, Ponesciones Pillet pour l*once Pilate, et Cresse Daye pour Cressida. Il ne se connaît guère en littérature, et, avant de payer, passe les pièces qu'on lui offre soit à Alleyn soit à quelque auteur ou comédien lettré, pour avoir leur avis. Lue sorte de comité de lecture, de forme

1. Tous documents conservés à Dulwich, dans le collégr* qu'AlIcyn, enrichi et retiré du tiiéâtre, y fonda, dans un esprit pieux et ciiarilable, [tour servir de refuge aux vieillards et d'école aux enfants. Alleyn avait épousé Jeannt* Woodward, (ille, d'un premier lit, de la femme d'Henslowe. The Alleyn pupers; Shakespeare Society. 1843; Dinry of Vhilip llenxlowe, même sociélé, 18i.'>; édités, avec des erreurs et quelques documents faux, par Collier. Il ne faut se servir de ces textes qu'en les rii|)prochant du Cnlfiloyiie of Ihe mss... ut Diilirich Collège, yar Warner. 1881, ([ui signiile les fautes de Collier, et donne ranal>se de beaucoup d'antres documents, licnslowe mourut en IfilG, Alleyn en 1(>'2G. Les renseij^nemcnts du Diary se rapportent aux années lôyiiGOlt. Une nouvelle édition en 2 vol., par W. W. Greg, est annoncée (rJ03).

rudimentaire , l'aidait ainsi dans ses choix. A quel point rudimentaire, on en jugera par la lettre suivante : « M. Henslowe, j'ai écouté la lecture de cinq feuillets d'une pièce sur la Conquête des Indes, et je n'ai aucun doute que ce doive être une très bonne pièce. C'est pourquoi je vous prie de remettre aux auteurs quarante shillings à titre d'avances; vous pouvez garder les papiers par devers vous; ils promettent que, la veille de Pâques, vous aurez le reste au complet. — Samuel Rowley ». Henslowe, se jugeant suffisamment édifié, inscrivait au bas de la lettre : « Remis, le 4 avril 1601, 40 shillings* ». Avec cela, un peu hypocrite, à ce qu'il semble, le vieux prêteur, sans renoncer aux gains qu'il tirait de maisons plus que suspectes, ne manquait pas un prêche ; il était marguillier de la grande église de Southwark et finit par y être enterré, comme dignitaire du lieu, non loin de Gower.

Çà et là, dans l'espace intermédiaire entre le groupe des théâtres du nord et le groupe du midi, plusieurs autres scènes fonctionnèrent, périodiquement fermées, condamnées et réouvertes; les unes installées dans des hôtelleries comme celle du Taureau Rouge; les autres indépendantes. La plus célèbre de ces dernières fut celle du Blackfriars, bâtie en 1596, malgré les continuelles protestations des voisins qui se plaignaient de l'immoralité de la clientèle, de l'encombrement des rues et des bruits de trompettes et tambours troublant tout le quartier et en particulier les dévots dans l'église prochaine. Si considérable, disaient-ils, est la multitude des voitures amenant à la représentation « des gens de toute sorte, que les rues du quartier ne les

1. Warner, Catalogne of Ihc mss. al Dulwicli, 1881, \). 21. La pièce s'appelait The Co)i(/uesf, ofthe West Indies, et avait pour auteurs Haughton, Day et Wentworlli Smith. Rowley était auteur et acteur, à la solde d'Henslowe. Plusieurs autres lettres du même genre, une de Robert Shaw: « We hâve heard their booke and lyke yt; their prlce is eight pounds ». IbkL, p. 16 (1599).

peuvent contenir; elles s'accrochent Tune l'autre, culbutent les étalages des marchands, éparpillent à terre les denrées des boutiques et barrent aux habitants la porte de leurs maisons». On risque à sortir, « ses membres et sa vie' ». Condamné à la destruction, le lilaclifriara n'en survécut pas moins, et donna asile à quelques-uns des plus fameux drames de Shakespeare.

Cette salle et quelques autres, ouvertes dans le même espace intermédiaire [Cockpit, Salisbun/ Court), étaient appelées << théâtres privés », simple manière de parler, car, bien entendu, elles étaient aussi publiques que possible*. Mais elles étaient beaucoup plus petites que celles des faubourgs et entièrement couvertes, avec une scène éclairée, partie aux chandelles (quoi(|ueles représentations fussent données, comme ailleurs, l'après-midi), partie au moyen de fenêtres qu'on voilait pour obtenir le demi-jour convenable aux scènes nocturnes ou tragiques^. Au parterre, beaucoup moins mal fréquenté qu'ailleurs, les spectateurs étaient assis*.

1. Ordre de la corporation de Londres, du 2t janvier 161[9], rappelant une pétition de nov. 1596; teitc dans Ilalliwell-Phillipps, Oullines of Ihe lift of Shakcsprarc, 1898, I, pp. 30i, 311.

2. Les contemporains eux-mêmes avaient peine à s'y reconnaître : « The owner of the said play huwse witliin th.e Biackfryers under the name of a privatc liowse hath converted the same to a publique play iiowse ». Même document, p. 339.

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