La Beauté se pare de bijoux ({ui ne sauraient l'orner
You may liken cvcry gem To lliose lamps which, at a play, Are set up to ligtit Uie «lay :
For their lustre adds no more T(i wlial Titan gave berore.
Wilhcr, ///»' iinstrrss of P/iilnrele ; Arber, Imjlisli (idinrr. t. IV, p. 411. — La cité, éclairée le soir, a lookt like a private IMay-house when the windowes are clapl downe, as if some nocturnal or disniall trageily were pre- «enlly to be actcd ». Demlty Sinnrs nf Lomioii. par Dekker, \Mr,. ch. m.
4. fl The [ilackfriars, Cockpit, and Salisbury Court were called private bouses, and werc very small to what vve see now... Ilere they had pits for
Ainsi doté, Londres se distinguait de toutes les villes du continent, Paris n'avait alors qu'un seul théâtre; la salle quadrangulaire, construite en 1548, par les confrères de la Passion, sur les terrains de l'hôtel des anciens ducs de Bourgogne, et qui en prit le nom. Munis d'un monopole désastreux pour le développement de l'art dramatique dans la capitale, ils louaient leur salle aux troupes de comédiens plutôt qu'ils ne l'occupaient eux-mêmes; ils traquaient et faisaient châtier leurs concurrents, avec tant de succès que Paris la grand' ville n'eut qu'en 1629 un deuxième théâtre permanent* : la même année Londres voyait construire sa dix-septième salle -. Plusieurs des centres artistiques d'Italie avaient aussi des théâtres, vrais bijoux parfois, comme le fameux « Théâtre Olympique », bâti sur les dessins de Palladio à Vicence, et celui de Sabbioneta élevé peu après par Scamozzi, en 1588 -'; mais c'étaient là œuvres de magnificence, construites par le prince ou par une société savante, destinées à un public d'élite et non pas au vulgaire. Le théâtre de Vicence, édifié pour l'académie des Olinipici (d'où son nom), fut inauguré en 1585, en présence d'un auditoire de choix, par une représentation de VOEdipe Roi de Sophocle '^
the gentry and acted by candie light. The Globe, Fortune and Bull were large houses and lay partly open to the weather, and there they always acted by daylight ». Historia hislrionica... in Dialogue, 1699 (décrivant les théâtres du début du siècle) dans l'éd. Hazlittde Dodsley's 0/d Plmjs, t. XV.
1. Rigal, Le Théâtre français avant la période classique, 1901, p. 81.
2. Annales de Stow; continuation d'Edm. Howes, 1631, p. 1004.
3. Vespasien de Gonzarjue, duc de Sabbioneta (Revue de Paris, 15 juillet 1899, p. 391).
4. Voir le travail de A. Magrini, Il teatro Olimpico. Padoue, 1847 (dont je dois la connaissance à M. Antonio Fogazzaro). Fynes Moryson vit ce théâtre en sa nouveauté, dans les dernières années du seizième siècle, et fut frappé de l'élégance exceptionnelle de sa structure : « The theater at Viccnza now standing and in use for comédies is faire and stately. The theaters in London in England for stage plaies, are more remarkable for the number and for the' capacity then for the building ». Ilinerury. 1617, fol. 3° partie, p. 68.
La ditlërence était donc grande avec Londres; les voyageurs en étaient frappés et notaient le nombre des théâtres et Tafflux du peuple comme une des curiosités du pays anglais. « Il y a à Londres, écrivait en 1596 le Hollandais Jean de Witt, quatre théAtres d'une beauté singulière; ils portent le nom de l'emblème qui leur sert d'enseigne et ils offrent, chaque jour, des spectacles variés au peuple. Les deux plus remarquables sont au sud de la Tamise et s'appellent, d'après leur enseigne, la Rose et le Cygne. Deux autres sont hors de la ville, du côté du nord; on y va en suivant la rue qui franchit la porte appelée épiscopale » (Bishopsgate). Le voyageur juge ces monuments si extraordinaires qu'il en dessine l'intérieur; son croquis, document unique à cette date, nous est heureusement parvenu'. « Londres, observait, de son côté, l'Allemand Hentzner, en 1598, possède plusieurs théâtres, dans lesquels les acteurs anglais jouent, presque tous les jours, des comédies et des tragédies devant une masse considérable de spectateurs* ».
Dominant la masse des menues maisons aux toits pointus, ces constructions avaient environ trente-deux pieds de haut : dimensions du Globe et de la Fortune. A la différence des salles du continent, et sauf la Fortune bâtie par exception en carré ^, les théâtres anglais étaient de forme ronde ou polygonale : « ce rond, ce circuit », dit Drayton; a cet 0 de bois », dit Shakespeare ^ Le «jeu royal » des ours et
1. Original du texte en latin, découvert en 1888 |>ar le Dr. GaederUde Kerlin, avec le dessin représentant l'intérieur du ('ligne, dans Palbum de note) d'Arend van lUichell, d'Utrecht; le tout n ex observationibus Londinensibus .iohannis de Wilt u. Le dessin a été, depuis, souvent reproduit, c (j. dans les Transactions of Uie Sew Shnkspere Socirhj. 0 nov. 1888, et dans mon lùtrjtish iiovfl, p. 288.
2. Itiiiernrium Geniinni.r... .'l;i(/^i.r,Nureinlterg, 1612,4', p. 131 (le Toyagê est de l.sgs).
3. Enrore fut-elle reconstruite en forme ronde (et en briques au lieu de bois) après qu'un incendie l'eut détruite en 1G21. Warner, Mss. ot Dulwicli. p. ixxi.
4. Drayloo, Idea, Sonnet 47; Shakespeare, Henry V, a this wooden O u,
taureaux avait habitué à cette forme qui convient en effet pour des exercices de cirque, où le spectacle est intéressant de toute part; de plus, Burbag-e, en édifiant son théâtre, et de même la plupart de ses imitateurs, entendaient pouvoir utiliser leur bâtisse pour des représentations diverses et non pas seulement pour des drames : assauts d'escrime (art nouveau, d'importation étrangère et qui faisait fureur), danses, sauts, culbutes, exercices sur la corde et, après accord avec le concessionnaire du « jeu royal », combats d'animaux. Dans les établissements de cette espèce, les tréteaux qui constituaient la scène étaient mobiles et on les enlevait quand il fallait. La plupart de ces théâtres réunissaient alors les attractions que nous offrent le cirque , les arènes, le music hall, la salle d'escrime et la Comédie française.
A la porte se tenait le gatherer ou collecteur, avec sa boite à monnaie ^ : il demandait un penny aux spectateurs du parterre (même prix qu'à l'Hôtel de Bourgogne à Paris), un penny, deux pence ou trois pour les galeries, selon la place et l'étage ~; les privilégiés assis sur la scène payaient six pence. On entrait, et on se trouvait dans une cour circulaire plane et vide, à ciel ouvert, entourée de trois étages de galeries de bois : c'était le parterre ; des escaliers parchœur au début de l'acte I. « This Ihronged round », dit Ben Jonson, « Induction » d'Everyman ouf, of liis humour. Les plans et vues de Londres des seizième et dix-septième siècles confirment la justesse de ces expressions. Voir p. ex. le plan de Norden, 1593, reproduit en tête de Harrison's Description of EiKjland, éd. Furnivall, 1877, et le plan de Vissclier, commencement du dixseptième siècle; la partie montrant le Globe, et le Bear Gnrden est reproduite dans Shakespeare in France, p. 37 (polygones à l'extérieur).
1. Plainte des acteurs contre un gatherer infidèle, « faice to us », à qui il ne devrait plus être permis de « take the box ». Alleijn Papers; Shakespeare Society, 1843, p. 33. Comme c'était un protégé d'Alleyn, les acteurs offrent de le conserver cependant en qualité de ravaudeur de costumes.
2. Aux places à deux pence on trouvait déjà des gentlemen : « Slothe himself will corne and sit in the two-pennie galleries amongst the gentlemen ». Dekker, Seven deadly Sinnes, 1606, ch. iv. Allusion aux Ambassadeurs visitant les théâtres et à la foule qu'attirait leur présence.
tant de cette cour donnaient accès aux galeries. La scène, surélevée à hauteur d'homme, était « palissadée en dessous de bonnes, fortes et suffisantes planches de chêne* », et percée d'une trappe permettant de faire sortir de terre les personnages surnaturels-. Adossée à l'enceinte, elle s'avançait en carré sur le terre-plein de la cour, laissant sur ses côtés un vide, ïempli, comme le reste du parterre, par des spectateurs debout. D'autres spectateurs, installés tout au fond de la scène, dans une sorte de loge dite loge des lords, « the lords room », ménagée au-dessus de la chambre commune des acteurs « 'tiring house », [mimorum œdes, dans le dessin de Jean de Witt), voyaient les comédiens de dos; ce n'en étaient pas moins des places d'honneur, car on était assis et chez soi, à l'abri des voisinages déplaisants. Les acteurs étaient donc entourés de spectateurs de tous côtés. Quand il pleuvait, le parterre se mouillait, ce qui était sans iniporlance; on était habitué à la chose; les chapeaux et manteaux servaient de parapluies. Cependant, quand la saison était par trop mauvaise, les recettes s'en ressentaient. « Cet hiver, dit un acteur, dans une pièce de Jonson, nous a rendus misérables comme des serpents affamés^». La scène avait un toit qui la couvrait, tantôt en partie comme au Cygne, et en cas de pluie les acteurs se retiraieni dans
1. Devis |)our la construcUon de la Fortune, 8 janvier 1600; texte dans Hailiwell-Phillips. Outlines of the lift- nf Shakvsprnre 1898, I, p. 3(»4. Cette scène sans rebords ni balustrade offrait la mt^nie disposition que les tréteaux à plein vent des pitres et des saltimbanques. Voir ceux de Tabarin dans le frontispice de l'Inventaire unirersel drs œuvres de Tabarin, Paris, 1642; noter, en vue de ce qui suit, la tapisserie formant W fond.
2. n Echo asccnds u. — « Envy anses in tbe midst of tbe stage ... Descends slowly u. Ben Jonson, Cijnlliia's Reveh; Pnetaster.
S. l'oetaster, Ill-l. Ilistrio personnifie les acteurs des théâtres de Southnark, tous ^ ciel ouvert. Ces salies donnaient des représentations mt'-nie Ihiver, nais moins nombreuses et moins suivies : on les appelait « théâtres d'été ». Webster attribue l'insuccès de son White Dire! au fait qu'il avait été joué « in so dull a lime of winter, presentcd in so open and black a tbealre ».
la portion abritée, tantôt complètement comme au Globe et à la Fortune, « avec des conduits de plomb disposés de façon à ramener l'eau en arrière i » ; car, sans cela, elle serait tombée sur la tète des spectateurs : inutile aggravation de leurs incommodités. Les galeries aussi avaient un toit, en chaume habituellement, plus tard en tuiles, quand l'incendie du Globe eut montré l'inconvénient du chaume : des flammèches lancées par des canons qu'on tirait sur la scène, à une représentation de V Henri Vtll de Shakespeare, mirent le feu à la paille et tout brûla en un instant. Au-dessus du toit de la scène et dominant la construction, une sorte de pignon s'élevait, portant le drapeau avec l'emblème du théâtre, et muni d'une baie par où le trompette de la compagnie venait annoncer, au moyen d'une sonnerie appropriée, aux présents qu'ils n'auraient plus à patienter beaucoup, aux absents qu'il fallait se hâter, et que le spectacle allait commencer.
La barbarie d'une bâtisse en planches, d'im toit de chaume et d'un parterre à ciel ouvert ne doit pas nous tromper sur l'aspect intérieur de ces théâtres : ils étaient fort agréables au regard, peints en couleurs vives; avec des colonnes en bois tourné, badigeonnées à l'imitation du marbre, si habilement que « les plus malins », nasutissimi, dit Jean de Witt, s'y laissaient prendre. Le vieux Théâtre même était qualifié de « gorgeous », dans l'écrit, il est vrai d'un sermonnaire hostile qui cherche à en exagérer la « splendeur^ »; mais les étrangers rendent le même témoignage. Ces édifices sont d'une beauté remarquable, « visendae pulchritudinis », disait de Witt. Coryat visitant Venise en 1608, admirait les merveilles de la ville, mais