and bring
Tliem next week to Ihe tlicatre to sell.
Donne, sat. iv, Muses Library, U, p. 197.
un chapeau qui lui servira dans la pièce Les Guises, 1598 ' ; il y dépense douze shillings.
Un costumier était attaché au théâtre de la Rose, qui appartenait à Henslowe; « our tyerman », dit le préteur; et il habitait une maison attenante au théâtre : il fallait l'avoir toujours sous la main. Même pour des comédies bourgeoises, c'eût été une maladroite économie que de lésiner sur les costumes, et Henslowe, méchant grammairien, mais bon calculateur, dépensait neuf livres en tall'etas pour deux robes devant servir dans les Femmes colères d'Abingdon, 1598. Neuf livres représentaient le salaire normal d'un acteur pensionnaire pendant trente semaines.
Pour les personnages secondaires, on avait aussi recours, à vrai dire, au clinquant, tinsel, et à la dentelle de cuivre, copper lace, imitant l'or. C'est une des occupations que Dekker recommande à son galant installé sur la scène, de parier avec ses voisins pour l'or on le cuivre de la dentelle des costumes. Les diables étaient habillés à bon compte, huit shillings suffisaient pour plusieurs; mais la robe d'une sorcière ne coûtait pas moins de dix-huit shillings; encore la façon était à part : le tyerman ou costumier, prenait, pour habiller les diables, la sorcière et quelques « sperethes » [spirits, esprits i, figurant dans les Deux Frères, dix shillings et neuf pence.
Un coup d'oeil sur n'importe quelle liste de costumes ît cette date, donne une idée du degré d'exactitude historique observée dans les représentations. L'elTort pour se rapprocher de la vérité était limité d'habitude à l'emploi de robes pour les personnages graves : les sénateurs de Home , de Venise et d'ailleurs , Hercule , le Temps , le Tasse (dans la pièce la Mélancolie du Tasse, 159i; le héros était encore
1. Autrement dit Tfie .yfassnrrc al Paris, la pièce de Marlowe sur la Saint- UarllK-lcini.
vivant) avaient des robes; celle d'Hercule coûtait trente shillings, celle du Temps, quarante. On voyait toutefois, dans VÉclouard I' de Peele, les troupes revenant de Palestine porter lîi croix rouge des Croisés sur leurs habits, avec des couronnes de feuillage sur leurs casques en signe de victoire; et pour satisfaire au goût de la foule , très amie des défilés pompeux, des shoivs, l'auteur recommandait de faire passer sur les planches des figurants « aussi nombreux qu'on pourrait ^ ». Mais, sauf de très rares exceptions, tous les personnages d'importance étaient richement vêtus, à la mode d'ÉUsabeth; des Anglo- Saxons, comme Godwin, père d'Harold, paraissaient en pourpoint de soie, et Henslowe dépensait son argent à acheter des crinolines, « fardingales », pour la représentation de Phaéton : argent très mal employé suivant nos idées, très bien suivant les siennes, et les spectateurs lui donnaient raison. Dans l'inventaire de la troupe du lord Amiral figure « un corset pour Eve ».
Les compagnies d'acteurs continuaient de porter les noms des grands personnages qui les avouaient. Elles s'étaient peu à peu attachées chacune à un ou deux théâtres, de préférence ; de temps en temps cependant elles allaient jouer dans d'autres; la fixité n'était pas complète. Munies de lettres de leurs protecteurs, elles faisaient, en outre, des tournées en province 2, spécialement quand la peste ou l'hostilité des autorités de Londres occasionnaient une fermeture temporaire des salles de spectacle. Quand une compagnie, de renom établi, parcourait la province, c'était,
1. Tlie fanions C/iroiiicle of K. Edward I, 1593; Works, éd. Bullon, t. I.
2. La troupe du comte d'Oxford visite Cambridge en 1580 : « Also they brought letters from the right honorable the lord ChancoUor and the right honorable the lord of Sussex », et d'autres lettres de lord Burghiey; malgré quoi il leur est interdit de jouer, mais ils reçoivent un cadeau de 20 shillings. Hatcher à Burghiey, Ellis, Original letters, 1" série, t. III, p. 32.
observe Hamlet, une preuve d'adversité'. La troupe du comte de Leicester, ses serviteurs comme ils s'appelaient, plus tard troupe de lord Hunsdon, autrement dit du lord Chambellan , enfin troupe du roi à l'avènement de Jacques I", célèbre surtout parce que ce fut celle de Shakespeare, avait joué d'abord au Théâtre et à la Courtine, puis exploita principalement le Globe et le Black friars. La troupe du comte de Notting-ham, autrement dit du lord Amiral, jouait dans les théâtres appartenant à Henslowe; de même, pendant un temps, la troupe du comte de Worcester.
La classification des acteui-s dans chaque troupe et le partage des gains ressemblaient un peu à ce qu'on voit chez nous à la Comédie Française. Il y avait, à un bout de l'échelle, des sociétaires, co- partageants des bénéfices ou shavers, titulaires d'une ou plusieurs parts entières, c'est déjà l'expression : « one whole share ' »; à l'autre bout, les pensionnaires, hirclhiffs-, acteurs à gages fixes : six shillings, en moyenne, par semaine , c'était un salaire d'ouvriers. Thomas Hearne s'engage pour deux ans chez Henslowe et recevra cinq shillings par semaine, la première année, et six shillings huit pence la seconde ^. Entre ces deux catégories, la masse des acteurs ordinaires qui jouissaient de sa-
1. Tout un Roman Comique, très comique, mêlé à (les scènes dans l'ancien style des Moralités, se déroule à travers la pièce anonyme Ifistrio- Mnstir, 1610, jouée vers 151)9 ou plus probablement avant [ancienneté du répertoire dos acteurs : Cammer Curton, etc.). On y voit se former à la diable unr n)isérable troupe qui prend le nom de Comédiens de sir Olivier Chouette (Owlet), court les vilIC!» à marché et les châteaux, avec son poète improvisateur Quatre-à-Qualre iPost-Haste). L'autorité de leur prétendu protecteur étant contestée, les pauvres acteurs sont soumis à la pressr. enrôlés de force et enlin expédiés outre-mer. Texte dans l'ouvrage très improprement nommé par Simpson Tlie School of Sha/ispere, 1878. J vol., t. II.
:». Contrat de Robert Dawes, Alleyii Papcrs. p. 7.i.
3. •.!" juillet 1597; llensloire's Dinnj, p. 25G. Dans la période 1583-93. un charpentier touches s. 11 d. 1/2 par semaine; un maçon-briquetier, 5 s. 11 d. (cbliTres de Thorold Rogers).
laires et d'une situation intermédiaires, n'étant plus hirelings et pas encore sharers\ c'étaient les plus nombreux.
Les parts s'achetaient et, comme elles coûtaient peu et rapportaient beaucoup, tout le monde eût voulu en acquérir; dans la pratique, il fallait avoir l'assentiment des directeurs de troupes et maîtres de théâtres. Quand les Burbage bâtirent le Globe, ils s'associèrent, lit-on dans un acte judiciaire, « ces gens de mérite, Shakespeare, Heminge, Gondell, Phillips et autres qui devinrent copartageants des profits de la maison ^ ». Autrement dit, les propriétaires du théâtre se donnaient les associés qu'ils voulaient et récompensaient ainsi les services exceptionnels qu'ils en pouvaient attendre. Quand un sociétaire se retirait, il mettait sa part en vente ; des spéculateurs du dehors tâchaient de l'acquérir, agissaient en sous-main, offraient un prix supérieur au taux normal et d'orageuses compétitions se manifestaient. Les acteurs déçus en appelaient, alors déjà, au gouvernement, signalaient l'éclat de leurs mérites et demandaient que les parts en litige leur fussent attribuées, « pour leur agent », mais, bien entendu, à un taux réduit, « le taux d'autrefois ». Mieux récompensés de leurs labeurs, « ils exerceraient, assuraient-ils, leur profession avec plus d'entrain ». Le lord Chambellan, dans le plus grand embarras, écoutait les doléances, lisait les pétitions, les classait avec soin, ce qui fait que nous les avons encore, distribuait de bonnes paroles, conciliait, apaisait, et parlait de temps meilleurs dans un avenir prochain.
Une sensible différence avec aujourd'hui venait du mode de 'répartition des recettes. Elles étaient divisées en deux
1. Texte, ainsi que les suivants, se rapportant à une très curieuse revendication, par des acteurs, du droit d'acheter des s/iares, avec réplique des détenteurs, appel au lord Chambellan, etc.; année 1G35, mais avec allusions fréquentes aux usages antérieurs; tous documents publiés par Halliwell-Phillips, OuUines of Ihe Life of Shakespeare, 1898, I, p. 312.
portions égales, une attribuée aux sociétaires ou sharers, à charge pour eux de maintenir l'inimeublo en état ^de là le nom qu'ils avaient aussi de house-keepers) ; l'autre, remise à la totalité des acteurs, membres permanents de la troupe, qu'ils fussent ou non sharers, mais à l'exclusion, bien entendu, des pensionnaires à gages fixes, qui devaient se contenter de leurs six shillings par semaine. Sur cette dernière moitié des bénéfices, il devait être pourvu, couinie le rappelle un groupe d'acteurs ordinaires non sharers et qui, par conséquent, n'avaient pas d'autre source de profit) , aux gages des susdits pensionnaires, « aux frais de costumes, de poètes j d'éclairage et aux autres dépenses de la scène ». Les acteurs sociétaires, avaient droit ainsi aux deux sortes de recettes et faisaient facilement fortune. Sans parler du cas exceptionnel d'Alleyn, spéculateur et entrepreneur de spectacles, qui put payer dix mille livres sterling le manoir dont il fit son collège, ou des Burbagc, propriétaires de théâtres, pas mal de comédiens qui n'étaient que comédiens, comme Augustin Phillips, ami de Shakespeare ou coinme cet Heminge et ce Condell qui publièrent les œuvres du grand poète après sa mort, s'enrichissaient, avaient pignon sur rue et élevaient, dans leui-s propres maisons, des postérités, l'un de cinq, l'autre de neuf, le troisième de treize enfants. — « Quelle est votre profession »? disait déjà, en 1592, Robert Greene, dans un de ses romans autobiographiques. — « Je suis, Monsieur, un acteur. — Un acteur? Je vous aurais pris pour un gentilhomme menant grand train ; on vous tiendrait, à vous voir, pour un propriétaire des plus cossus. — Mais c'est bien le cas, dit l'acteur... J'étais moins brillant jadis, quand je trottais, sac au dos, par les chemins. Tempora miitantur^ ».
1. Grootx-worUi of Wil. 159>; Works, Grosait, t. XII. p. 131. Dans m di»tril)e contre les théâtres, Gosson avait dû reconnaître que certains acteurs
De même encore qu'à la Comédie Française aujourd'hui, il était interdit aux comédiens de jouer au dehors et de quitter la compagnie avant l'époque fixée. Un dédit considérable était prévu : quarante livres dans le contrat de Thomas Dowton, cent marcs dans le contrat par lequel William Borne s'engage, le 10 août 1597, à jouer à la Rose trois ans de suite, « à l'exclusion de tout autre théâtre de Londres ». Des amendes sont inscrites dans les conventions pour les cas où l'acteur arriverait en retard aux répétitions : 12 pence, ou aux représentations : 3 shillings, ou se trouverait « accablé par la boisson » : 10 shillings, ou ne viendrait pas du tout : une livre. Si, après la pièce, il s'en allait faire le beau à la taverne ou ailleurs, ayant sur le dos des vêtements appartenant à la compagnie, comme la tentation était grande, il fallait couper court au danger par une amende énorme : elle était de quarante livres ^
Aucune femme ne figurait dans les troupes ; leurs rôles étaient tenus par de jeunes garçons à joli visage : grand avantage au point de vue des mœurs, disaient les partisans du théâtre, tel Nash 2; immense inconvénient, répliquaient les puritains, tel Prynne^. Rien n'était négligé pour donner à ces enfants l'apparence de vraies femmes. Ils se laissaient pousser de longs cheveux; les riches cos-
■iitaient « sober, discreete, properly learned, honest house-hoiders and citizens ». Schoole of Abuse, 1579, éd. Arber, p. 40. Voir aussi le curieux livre, Ratseis Ghosl, 1605 (?) dont un chapitre décrit les mœurs des acteurs et leur richesse si grande que l'un a pu bâtir un collège (allusion à AUeyn), et que d'autres, venus sans sou ni maille à Londres, ont si bien économisé qu'ils peuvent s'acheter des domaines à la campagne et vivre indépendants (ce que fit Shakespeare). Ratsei arme un acteur chevalier et, l'ayant fait agenouiller, lui dit : « Lèvetoi, sir Simon Deux-Parts-et-Demi » ! Halliwell-Phillipps, OitUines, II, 325.