‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 152 sur 290 · Pierce Pcnilesse, 1592; Works, Grosart, II, p · texte numérisé non relu

Pierce Pcnilesse, 1592; Works, Grosart, II, p

3. Histrio-Maslix, (traité en prose), 1633, 4°, pp. 203, 211, description de « our effeminate men-monsters ». Les danseuses précédèrent, toutefois, dès le seizième siècle, les actrices sur la scène anglaise.

tûmes, les bijoux et les dentelles ne leur étaient pas ménagés : dix livres pour acheter « des robes de femmes » ; quatre livres « pour huit yards de drap d'or pour une robe de femme »; du satin blanc, un voile pailleté pour femme; une « jupe de robe de femme, en camelot d'argent », portent les comptes d'Henslowe. « Le garçon de la troupe se trouvait là, vêtu de sa robe de femme », lit-on dans le récit des aventures d'une troupe ambulante en 1608'. llenslowe achetait un jeune garçon comme il oui acheté un autre accessoire de théâtre et le louait ensuite aux troupes qui en avaient besoin : « Acheté à William Augusten, acteur, mon jeune garçon, James Brystow, pour huit livres* ».

Les Anglais en voyage, étaient stupéfaits de voir des femmes sur les scènes étrangères. « J'observai ici », à Venise, écrit Coryat, « certaines choses que je n'avais jamais vues auparavant, car je vis des femmes jouer », et, ce qui est plus surprenant que tout, elles le faisaient avec autant de naturel et d'aisance (jue « n'importe quoi acteur masculin ». A la Restauration, changement complet et, pour rattraper sans doute le temps perdu, Londres eut des pièces où tous les rôles étaient tenus par des femmes''.

1. À Sext of Ni unies, 1608, par Armin, acteur comique, de la troupe du Globe; Shakespeare Snrielij, 1842, p. 36.

2. n Bowght my boye, Jeames Urystow, of 'William Augusten, player, thc 18 of desembr 1.VJ7, for viij li ». Diary. p. 250. Voir une satire de ces ventes déjeunes garçons pour en faire des acteurs, dans Ben Jonson, l'oetaster. 111, 1.

3. Conjat's Cntdilies. 1611. — Le Parsnn's Wedding fut joué entièrement par des femmes; Dodsieys OUI Plnyx, éd. Haziilt, XV, p. 412. De même que pour li> décor, la cour avait donné l'exemple de bonne heure; on trouve dans les comptes d'Elisabeth des paiements faits à des « men, vvoomen and children, in sundry tragédies, playes, maskes and sportes, with their apt howses of paynted canvas », \hl\\ Accnnnts of (lie Heveh ; shak. Soc., 1842, p. 1. En France, les r6Ies féminins, mais d'ordinaire ceux seulement qui appartenaient à la grosse comédie ou en approchaient, furent longtemps tenus par des hommes : « Huliert qui avait été un des camarades de Molière avait successivement représenté Madame Pornelle, Madame Jourdain, la Comtesse d'Escarbagnas ». Reynier, Thomas Corneille, 1892, p. 380.

Des troupes entièrement composées d'enfants, les plus jolis qu'on put trouver 1, eurent, à cette époque, un succès extraordinaire. Ce fut d'abord un amusement de cour : les jeunes choristes de la chapelle royale jouaient des pièces, parfois en latin, pour distraire Henri VIII des soucis du gouvernement; la tradition se continua; ils jouèrent de même devant Elisabeth. Les enfants de la maîtrise de Saint- Paul, cathédrale décidément bien mondaine, en dépit de ses fameux sermonnaires, se transformèrent, peu à peu, en une vraie troupe d'acteurs, et jouèrent dans leur grand'salle. Le théâtre de Blackfriars fut occupé, pendant des années, par les « Enfants de la chapelle de la Reine ». Ces troupes « in decimo sexto » rivalisaient avec les troupes « in folio ^ » et inquiétaient Shakespeare même qui parle d'elles avec mauvaise humeur^. Jonson a rimé l'épitaphe élog-ieuse d'un de ces minuscules artistes, mort à treize ans et qui excellait à représenter les vieillards.

Les compagnies ordinaires étaient fort composites et se ressentaient de leur lointaine origine. On reconnaissait en elles, avec un élément dramatique plus marqué, ces anciennes troupes aux gages des grands du royaume, qui comprenaient, au moyen âge, des jongleurs ou diseurs de

1. Dans \& Kiiigld of the buniiny PesUe, de Beaumont et Fletcher, une bourgeoise, censée assister à la pièce (jouée par des enfants), l'interrompt pour dire : « Didst thou see a prettier child? how it beiiaves itself I warrant ye, and speaks and looiis and perts up tlie bead ».'

2. Induction (par Webster?) du Malcontent de Marston, I" éd., 1604.

3. Hamlc't, II-2. Les Burbage exposaient plus tard, dans une pétition, comment ce théâtre de Blackfriars fut, par eux : « leased out to one Evans that first sett up the boyes commonly called the Queenes Majesties children of the Chapel. In processe of time, the boyes growing up to bee men... it was considered that bouse would bee as fitt for ourselves, and soe purchased the lease remaining from Evans with our moaey, and placed men players, which were Hemings, Condall, Shakespeare, etc. ». Halliwell-Phillips, Oullines, 1898, I, p. 317. Le remplacement des enfants par la troupe de Shakespeare eut lieu dans l'hiver de 1609-10. Jonson, qui s'était querellé avec la troupe du Globe fit représenter plusieurs de ses pièces par la troupe d'enfants du Blackfriars.

vers, des musiciens, des danseurs, des acrobates et des farceurs. Tous ces éléments se retrouvent, en effet, sur les nouvelles scènes; les troupes ont leurs danseurs, leurs musiciens, leurs cloivns, leurs faiseurs de culbutes : « Ici une danse de bergers et de bergères... Douze paysans habillés en satyres dansent et s'en vont^ ». Le clown ou bouOon avait un rôle considérable; il improvisait, interpellait l'auditoire comme jadis dans les ^Mystères, répandait à flot les calembours, les proverbes, les remarques indécentes, les fausses niaiseries. C'était le favori de la foule; et il prenait de telles lil)ertés, interrompait si bien les pièces les plus graves par .ses facéties prolongées que les auteurs (Shakespeare entre autres, dans Hamlet) en gémissaient sans parvenir à ramener ces intempérants à de raisonnables limites. Le fameux Taricton, intarissable boutl'on, admis plus d'une fois à égayer Elisabeth qui ne détestait pas, comme on sait, les plaisanteries un peu fortes, fut la gloire du ThéAtre. Dès qu'ils voyaient passer son nez derrière la tapisserie du fond de la scène, les spectateurs, rapporte Nash, commençaient à rire, avant qu'il eût rien dit-. Kemp, après lui, danseur et improvis^iteur infatigable, brilla dans la troupe de Shakespeare, et fut le Peter de liomêo et Juliette'^. Les jigs qu'il dansait après les pièces, avec accom-

1. Miniers Taie; l'épilogue de 2 Henry 71' de Shakespeare est débité par un danseur.

2. R The people began exceedin({ly to laugh, when Tarllon first pecpt out his head ». Pierce. l'enile.sse. 1592. Sliakesprare Society. 1842, p. 3f>. 11 mourut en 1588. On croit qu'HamIet fait allusion à lui quand il parle de Yorick.

3. 11 lit, pendant un tein|>s, partie d'une des troupes anglaises qui visitèrent le continent, et doubla sa réputation en dansant une rnorisque, de Londres à Norwich; il y mit vingt-trois jours dont neuf employés à danser. II fut reçu en triomphe par le maire et toute la ville et i^ratifié d'une pension viagère de 40 s. ; signe remarquable de l'importance qu'avait alors tout ce qui était spectacle et aniusement. L'aventure fut, bien entendu, tournée en ballade, et Kemp lui-même l'a racontée dans ses Sine daies W'omier. 1600; Camden Society,

pagnement de chansons comiques, mettaient en gaité toute l'assistance : « Angli in saltationibus et arte musica excellunt, » note Hentzner, dans le journal de son voyagea Armin, Wilson, d'autres encore, dont la verve rappelait celle de nos Gringalet, Turlupin et Gaultier Garguille, se firent aussi un nom comme farceurs. La foule aimait tellement leurs improvisations que parfois des séances entières y étaient consacrées; ils s'envoyaient des défis : à qui improviserait le mieux et le plus drôlement, trouverait les meilleures répliques, rimerait les plus vifs couplets, trois heures durant, sur la scène; et la multitude d'accourir à ces assauts d'esprit, « trials of wit ». Wilson, qui fut un temps, lui aussi, de la troupe de Shakespeare, se couvrit de gloire dans un défi de ce genre 2. John Taylor, le batelier-rimeur, le water-poet comme il s'appelle lui-môme, a conté quelle mésaventure fut la sienne quand Fennor et lui s'étant défiés à un « trial of wit », son adversaire s'abstint de paraître. La foule hua Taylor, fort innocent et qui seul s'était présenté sur la scène : justice habituelle des foules^.

Les escrimeurs, les sauteurs et les chanteurs avaient aussi leur importance ; l'auditoire était fort épris de leurs exercices et de leur musique, les dramaturges multipliaient dans les pièces, pour ce motif, les duels, les romances*, les symphonies graves (<( solemn music »), les sonneries de trompettes. Dans les tournées en province et plus encore

Page 1