Exemple
In tlie tyme of llie renewinge of my suspyres,
By ihe swete remembraunce of my lovely desyres,
Tliat was the begynnynge of soo longe a payne,
The fayre Phebus tlie bull dyd attayne
And warniyd had the tone and tother borne
Wlierby Ihc colde wynter stormcs were worne... {Tryump/ie of Love).
2. « For as that our long is called barbarous is but a faatasye. For so is, as every lerned man knoweth, every straunge language to other. And if they would call it barayn of wordes, there is no double but it is plenteous enough to expresse our myndes in anye thing wherof one man hath used to spekc with another ». Dialogue... of... yinages and reliques, 1528.
:*'i L'EPOQUE DE LA RENAISSANCE.
servir à exprimer les vives et dignes sentences que formulaient les Grecs' »; mais il considérait que la langue ne pouvait que gagner à être « enrichie »; il se flattait d'y réussir en introduisant dans ses livres force mots « nouvellement tirés par moi du latin ou du français ». Il disait ainsi « buten » (butin) ; il parlait d'une « haulte countenance »; pendant que nous reprenons aujourd'hui à nos voisins le mot « sport » (que, en vérité, ils tiennent de nous) pour désigner les jeux d'exercices, Elyot qui les voyait pratiquer en France avec éclat, les appelait en anglais « esbatementes ». Cavendish, écrivant la vie de son maître Wolsey, employait, de môme, force mots français; il parlait d'une « puissant army », d'un « fertile realm », d'» ingrate persons », de « sage counsellors » : toutes expressions qui font partie, sans doute, comme tant d'autres, de la langue anglaise, mais dont l'emploi incessant donnait X cette prose un caractère exotique dont s'apercevaient les contemporains. D'autres emprunts étaient faits à l'italien, toujours afin d'enrichir la langue anglaise et l'approvisionner de mots : « stor the tung' ».
Ce délicat problème passionnait les esprits, et c'est là un signe des temps nouveaux. Vives étaient les discussions; beaucoup, comme en France, se méfiaient des procédés de Cavendish et d'Elyot. Ce n'est pas par ces emprunts que nous perfectionnerons notre langage, écrivait le judicieux Ascham : « les mots étrangers, latins, français et italiens ne serviront à rien qu'à tout rendre obscur et difficile^ » ; c'est en faisant de notre idiome un noble usage que nous l'anoblirons. Comptant lui-même parmi les premiers hu-
I. .1 1 \Mil(le assaif if our EriRlisshc lunge mought receirc Ihe quicke and propre senlenc .>s pronounced by llie Greekes ». % The Coiirlyrr; Hoby, ir>6l, sig. B. i. 8. « Maoy English wrilers... utinge slraunge wordes as Latin, Freoch and
manistes de son temps, il a foi dans le parler vulgaire et il l'emploie dans ses principaux ouvrages : « J'ai tenu à écrire, dit-il dans son traité du Tir à l'arc, sur cette question anglaise, en langage anglais, pour les Anglais' ». Et le savant sir John Cheke, professeur de grec à Cambridge sous Henri VIII et précepteur d'Édouard'vl, lui donnait raison : <( Je suis d'avis que notre langue doit être écrite dans sa pureté, sans mélange ni complication d'emprunts tirés des autres langues; si nous n'y prenons garde, à force d'emprunter sans jamais payer, nous ferons banqueroute ~ ».
La nation est-elle donc si pauvre, après tout, et si l'on dressait le catalogue de ses richesses littéraires, ne pourrait-elle supporter la comparaison avec ces pays plus rapprochés par leur origine des modèles latins et dont la renommée emplit le monde? John Baie, grand ami de Leland, fougueux catholique d'abord, puis fougueux protestant, moine défroqué, marié, plus tard évêque, polémiste furibond, « bilieux », comme disaient ses contemporains, reprend à son co'mpte l'une des innombrables tâches que s'était assignées Leland, visite les bibliothèques publiques et privées à Oxford, Cambridge, Norwich, « deuxième ville du royaume » ; il inspecte « l'unique et bien maigre bibliothèque de la fameuse cité de Londres-^ »; il va jusque chez les épiciers sauver des manuscrits destinés à faire des cor-
Italian do make ail Ihinges darke and harde ». Toxophilus, 1545; réimprimé par Arber, 1895, p. 18.
1. « I hâve written this Englishe matter in the EngHshe longue for Engllshe men », Toxophilus (dédicace au roi).
2. Lettre de Cheke, 16 juillet 1557, à T. Hoby, sur sa traduction du Courtisan de Casliglione, imprimée à la fin du livre.
3. « But alas for pylie Ihat it should be reportedof so noble a cytie, to hâve but one lybrary, and that to be so slendre a Ihing as it is ». The laboryiouse Journey and sèche of Johan Leylande for Englandes Ântiqxtitees... by Johan Baie, Londres, 1549, 8°.
D8 LKPOQl'E DE LA lŒ.NAlSSANCE.
nets à poivre et dresse enfin, en latin, en commençant, certes, aux origines, l'immense « Catalog-ue des Écrivains illustres qui ont fleuri dans la Grande-Bretagne appelée aujourd'hui Angleterre et Ecosse, depuis Japhet, pendant l'espace de 3618 ans* ».
Son labour est prodigieux et son zèle admirable. Tous les auteurs qu'un lien rattache à l'Angleterre sont compris dans sa liste, quelle que soit la langue dont ils se soient servis; il donne le titre et les premiers mots de leurs compositions, si bien que son ouvrage, en permettant parfois l'identification d'écrits anonymes retrouvés de nos jours, est demeuré d'un usage courant. Son défaut est plutôt de trop dire que pas assez, il enfle démesurément ses tableaux d'auteurs et de livres, tant il a peur de nuire par omission à sa patrie et tant sa confiance est grande dans la richesse du génie national; il croit toujours demeurer au-dessous de la réalité. Cette entreprise patrioti(jue intéressant toute l'Angleterre, il fit appel au concours du public. En imprimant d'avance la série des noms qui figureront dans sa deuxième partie, il dit : « Si quelque ami des gloires littéraires de la nation connaît les noms d'auteurs que j'aurais omis dans cette liste ou dans mon livre (ce qui est bien possible, car je ne saurais aller partout), j'ajouterai les noms, les dates, les titres, nombre et commencements des œuvres, si on veut bien me les envoyer à temps. Je ferai de même pour les auteurs qui vivent encore ou qui sont depuis peu décédés'' ». Il supplie les possesseurs de manus-
1. Scriplorum illustrium Majnris Brytannitt quam mine Angliam et Scotiam vacant C'atalogtix, a Jnphetn per 3018 annns, usque ad annum hune Domini 1557... eollertus, HAle, fol.; préface de sept. 1557; achevé d'imprimer 15à<.t lia première |>arlie avait paru à I|>8\vich on 15i8 : Illustrium Majoris Itrihinniac scriptorum... iiiminariinn... ad annum 15i8; achevé d'imprimer : « C.ipesvsici in Angliu, 1548 »,.
3. Il publie ainsi d'avance (traçant la voie qu'ont saivie depuis ses succeMeurs,
crits de les lui communiquer; il les restituera fidèlement et enverra, en outre, des livres imprimés en récompense : preuve suprême de l'amour passionné et bien digne de la Renaissance, qui lui inspire une si noble tâche.
Dans un temps pareil, les éducations étaient naturellement beaucoup plus complètes qu'auparavant. Même pour des enfants de haut rang-, qui n'avaient pas de carrière à suivre et qui donnaient peu d'espérances, on prenait des peines infinies, afin de leur assurer, si possible, ce caractère d'hommes complets que la Renaissance avait assigné comme idéal à la jeunesse.
Le précepteur du jeune Gregory Cromwell, le fils très borné du tout-puissant ministre, a laissé un tableau de l'emploi du temps de son élève : « D'abord, après qu'il a entendu la messe, il lit des passages d'un dialogue d'Érasme intitulé Pietas piierilis... et je ne lui fais pas seulement lire les préceptes, mais je les lui fais aussi pratiquer; et j'ai traduit ce dialogue en anglais afin qu'il puisse comparer les deux textes... Après cela, il s'exerce à écrire, une heure ou deux, et passe un temps égal à lire la chronique de Fabyan ». C'est une chronique en anglais; l'étude de l'anglais occupe une grande place; Gregory lit tous les jours de l'anglais ; avec ce respect des mots qui s'est répandu grâce à l'esprit nouveau, le maître surveille la prononciation de l'élève; il lui indique « l'étymologie et le sens original des expressions que nous avons tirées du latin ou du français ». Dans les après-midi, le jeune homme joue du luth et de l'épinette ; quand il monte à cheval, « je lui dis en route quelque histoire des Grecs et des Romains dont il doit en-
les directeurs de l'admirable Dictionary of National Biography) : « A regystre of the names of Englysh wryters whome the seconde parte of ray worke de Scriptoribus Brltannicis shall comprehend as it cometh fourthe ». (Dans sa Laboryouse Jonrneij, 1549).
suite me faire le récit ». Comme passe-temps, il chasse à courre et au faucon, il tire de l'arc « et y réussit si bien qu'il semble que ce soit chez lui un don de nature * » : ce fut en effet, dans la réalité, la seule chose à laquelle il réussit définitivement bien.
Sir Thomas Elyot déjà nommé 2, ami de Wolsey, de More et de Cromwell, ambassadeur près de Charles-Quint, homme de vaste instruction, qui sait les langues, admire les anciens et connaît la médecine, entre dans de grands détails sur des questions si importantes; il veut que les jeunes gens qui se destinent au service de l'État n'ignorent à peu près rien. Il prend, comme Baie, les choses de haut et, pour mieux former son futur ministre, « gôvernour^ », il s'occupe d'abord des qualités qu'il faudra chercher dans sa nourrice. Elle sera vertueuse, bien portante « et de condition non servile » : car Elyot est un aristocrate intransigeant. 11 lui faut un roi absolu (et ce bonheur ne lui manqua pas), servi par une aristocratie dominant de haut le peuple et rangée autour du maître, « semblable aux anges
1. Letlre de Henry Dowes à Cromwell, 1533 ou 1534. EH'ts, Original Letters,3' série, t. I, p. 338.
2. Né vers WJo, mort en 1546. Son Boke named the Govtmour, 1531 (réiinp. par H. H. S. Crofl, Londres, 1880, 2 toL 8", av. porlraits\ eut un prand succès : 8* édilion en L'iBO. Les problèmes de l'éducation de l'iiominc tl'Klat passionnaient les esprits plus encore qu'au moyen âge : de là aussi la popularité du Courtisan de Casliglionc. Elyot s'inspire des anciens et aussi d'Érasme {lusdtutio Principit Chrisliani, écrite pour le futur CharleM^uinti, des Italiens, grands maîtres en celte science : Pontano, Patrizi (tous deux du quinzième siècle), etc. De lui encore, outre sa traduction d'Isocrate et son Dictionnaire, un traité de médecine, Cnstel of Helth, 1534, une Image of Governanre, 1540, pastiche qu'il s'amusa à attribuer à l'empereur Sévère; uo Preservalive agntjnste Delfi, 1545 (traité pieux), un traité sur l'Éducation des enfants com|K)sé pour sa sœur Marguerite Pultenham (mère du Puttcnbam à qui est attribué le fameux Arte of English Poexie, 1589).
3. Le mot avait le sens de ministre, liomme d'État et même meneur de peupb'S; S|>enser l'applique à Agamemnon : lettre-préface à Raleigh sur la Farrte QUfçne.
LA RENAISSx\NCE EN ANGLETERRE. 61
parmi lesquels les contemplatifs les plus ardents sont exaltés aux rangs les plus élevés ». Ce vœu fut encore réalisé, et on ne vit, sous Henri Mil, que trop de seigneurs « contemplatifs ». Il faut enfin que « les lumières des nobles, réfléchies par le miroir de l'autorité, éclairent, pour les hommes de moindre entendement, la voie de la vertu et de l'existence confortable ». Les gens des classes moyennes n'ont, pense Elyot, qu'à vivre tranquilles dans la vertu et le confort : qu'ils s'enrichissent M
Ce trait de caractère une fois donné, Elyot trace un tableau remarquable de tout ce que devait savoir un jeune seigneur anglais du temps de la Renaissance. L'enfant apprendra, bien entendu, le grec et le latin; sa maison ressemblera à celle où fut élevé Montaigne : « il devra se servir du latin comme de langue usuelle, et c'est facile à obtenir si on a soin de ne l'entourer que de serviteurs ou compagnons parlant élégamment latin ^ ». Pourquoi en effet ne parlerait-il pas le latin aussi purement que le français, « pour lequel on a maintenant tracé autant de règles et écrit une grammaire aussi longue que les grammaires grecques ou latines »? La redoutable grammaire de Palsgrave venait en effet de paraître, l'année d'avant. Quant aux grammaires
1. « ...That by tlie beames of theyr excellent witte shewed Ihroughe the glasse of auctorile, olher of inferior unrterslandynge rnay be directed to the way of vertiie and commodious livynge ».
2. Exactement comme chez Montaigne : « C'estoit une règle inviolable que ny luy mesme (mon père), ny ma mère, ny valet, ny chambrière, ne parloient en ma compaignie qu'autant de mots latins que chascuu avoit apprins pour jargonner avec moy... J'avoy plus de dix ans avant que j'entendisse non plus de françois ou de perigonlin que d'arabesque ». Essais, liv. I, chap. xxv. Ce système, très répandu eu Angleterre, y était fort discuté; Ascham se déclare énergiquement contre, s'appuyant sur l'opinion de Budée et sur celle de Cicéron : « loquendo, maie loqui discunt ». Mathurin Cordier, chez nous, a donné de comiques spécimens du latin familier que parlaient les écoliers de son temps : « Vadamus ad promcnanduin nos — Ego bibi unum magnum vitrum totum plénum de vino — Seraper gratat se », etc.
r,2 L'ÉPOQl'E DE LA RENAISSANCE.
prrecques, « elles sont maintenant si nombreuses » qu'on ne saurait dire quelle est la meilleure.
On lira les grands poètes de l'antiquité pour leur beauté et pour leur utilité : car on ne s'était pas encore défait de cette dernière idée dont Pétrarque avait été jadis si pénétré; en Angleterre en particulier, où le culte du beau absolu était alors moins répandu que dans les pays latins et où le goût de l'utile ne se perdit jamais, on voulait pouvoir admirer des poèmes profitables. On étudiera donc « le noble Homère de qui, comme d'une fontaine, coule toute éloquence et tout savoir » ; ses livres enseignent, outre la guerre, « l'art de gouverner les peuples ». On étudiera Virgile, et ce sera un enchantement. « Peut-on imaginer rien qui soit plus près de nous que ses Bucoliques? Quel ouvrage pourrait plaire davantage aux enfants dont elles rappellent les jeux? Les gracieuses discussions des simples bergers, bien exposées aux enfants, les ravissent et je le sais par ma propre expérience. Et dans ses (îéorgiquos. Seigneur! quelle délicieuse variété! A lire ses descriptions des blés, des herbes et des fleurs, il semble qu'on soit dans un jardin délectable, un paradis. Quel laboureur entend Tagriculture aussi bien que lui' »? Ovide, Cicéron, Démosthène, Tite-Live, César, Salluste, Tacite, otf'riront la même combinaison d'utilité et de beauté; Cicéron enseignera la morale et César montrera comment il faut faire la guerre « aux Irlandais et aux Écossais >» qui sont aujourd'hui comme étaient les Helvètes et les Bretons de son temps.
Tout cela devra être enseigné par des maîtres sérieux et vraiment savants. La demande est devenue subitement si considérable en Angleterre, fjue la nature de l'olFre s'en
i. T. I, j). ùt.
LA RENAISSAxNCE EN ANGLETERRE. 03
ressent; et comme, de plus, la profession ne jouit pas encore de la considération qu'elle mérite, on voit de jeunes ignorants s'intituler maîtres : « S'ils ont une cuillerée de latin, ils en montreront un tonneau... ils donneront à leurs élèves un faux coloris savant, qu'effacera la première ondée ».
Le futur homme d'État ne dédaignera pas les exercices physiques; il lancera la pierre et la barre, jouera à la paume; voyez ce que ditGalien dans son De sanitate tuenda, si bien traduit par notre savant Linacre, médecin de notre souverain seigneur, le roi Henri VIII. Il sera habile à la lutte, à la course à pied, à la nage; la nage est très importante : grâce à elle, Horatius Coclès sauva sa patrie, elle est donc indispensable à un homme d'État; la danse aussi, parce qu'elle enseigne diverses vertus morales : cette opinion étant contestable, bien que fort ancienne, est dé-^ fendue, énergiquement en plusieurs chapitres. Le ballon, « foot-ball », sera exclu comme indigne d'un gentilhomme; ce jeu ne fait paraître que « beastly furie and exstreme violence »; il faut « l'étouffer à jamais ». On pratiquera par-dessus toute chose le tir de l'arc. De cet art, apporté de France par les Normands, dépendait, selon l'avis de tous au moyen âge, la sécurité de l'Angleterre, et Elyot et beaucoup d'autres gardaient en lui une foi superstitieuse. Éminemment conservateur, Elyot se méfie des armes modernes : « Les arbalètes et les canons à main ont été introduits dans ce royaume par l'habileté de nos ennemis, afin de détruire chez nous cette sauvegarde , le tir de l'arc ».
Enfin, et là paraît bien l'esprit de la Renaissance, le jeune seigneur anglais apprendra, comme son contemporain Gargantua, à peindre et à sculpter, « painting and kervinge ». On se moquera de moi, dit Elyot, on dira que
je veux faire de mon gentilhomme un maçon; mais je citerai l'exemple des empereure romains Claude, Titus, Vespasien, Hadrien, et que pourra-t-on répliquer? Ici encore, d'ailleurs, il ne s'agit pas de la recherche de la beauté pure : le futur ministre s'attachera à peindre des têtes d'expression et des sujets historiques qui feroat pénétrer dans son cœur la morale des événements.
De tous côtés, aux oreilles des jeunes gens revenait ce même conseil : instruisez-vous; les temps d'ignorance sont finis; qui ne sait rien n'est bon à rien. La Cour donne l'exemple, Henri Vill est un roi savant; il connaît les classiques, il manie le latin avec facilité; il veut que ses fêtes aient, comme celles des rois de France, un caractère mythologique et romain; il a, au Camp du drap d'or, une statue de Cupidoii « sur une colonne d'ancien style romain » et, « sur une fontaine ornée de sculptures antiques, le dieu du vin -appelé Bacchus, » avec l'inscription « en lettres d'or romaines : Faicte bonne chère quy vouldra ' ». 11 fait donner à ses enTants l'instruction complt^te que recommandaient les théoriciens; tous trois écrivent couramment le latin, le français et l'anglais. Au temps de ses malheurs, la reine Catherine recommande encore à sa fille Marie de veiller « à conserver son latin- »; le jeune prince Edouard écrit dans les trois langues, et on a, en particulier, une lettre de lui en latin où il remercie son père d'un cadeau de colliers, d'anneaux et de chaînes, et ajoute avec une fermeté digne de son éducation romaine : « Je sais, du reste, que tu ne me donnes pas tout cela pour me rendre vaniteux et fier et pour que je me figure éclipser les autres, mais pour m'encoura-
1. Eall'i Chronicle, éd. Ellis, Londres, 1809, 4* (premiiTC édition 1548), p. 605.
2. u II shalbi> a grete comfort to me (o see >ou kepe your LaUen and fayer wrlting and ail «. Ellis, Original Letters, l" série, l, 20.
ger à la pratique de la vertu et de la piété ^ » ; singulier encouragement et plus digne du père que du fils. Son éducation est continuée lorsqu'il monte sur le trône à neuf ans,' et les sujets de dissertation qu'on l'invite à développer montrent que ses maîtres tiennent à modeler son esprit d'après les théories aristocratiques d'Elyot. Il doit répondre à des questions comme celles-ci : « De tous les Etats du royaume, lequel est le plus honorable et le plus utile? — Une multitude sans chef peut-elle prospérer? — Lequel des deux a le plus de constance et de sagesse, la multitude ou le Prince? — Quel est le plus profitable au pays, que le pouvoir appartienne à la noblesse ou au peuple » ? D'autres questions semblent mieux faites pour les méditations du Prince Hamlet que pour celles du jeune roi : (( N'est-il pas nécessaire de feindre quelquefois la folie ^ »?
Des trois enfants d'Henri VIII, la petite princesse Elisabeth était la plus savante et la mieux douée au point de vue littéraire; les lettres de Marie, tyrannisée, honnie de tous, déclarée bâtarde par acte du Parlement, insultée dans ses origines et sa religion, ont une chaleur et une éloquence tragique, dénotant un indomptable caractère. Intrépide, risquant la mort sans hésiter, on sent qu'elle la donnera de même sans hésiter; c'est une âme d'une seule pièce, qui peut se briser, comme il arriva, mais non plier, fatale à elle-même et aux autres. Son éloquence vient des faits et non de l'art littéraire^. C'est exactement le contraire pour