août 1546, Original Letters, 1" série, II
2. Original Letters, 2" série, II, 189 . Ces questions, en anglais, sont de William Thomas (exécuté sous Marie). Sir John Cheke était chargé de l'éducation classique d'Edouard ; un Français, Jean Belmaine, lui enseignait le français. Marie avait appris le latin de sa mère, du célèbre Espagnol Ludovicus vives et de maître Fcatherstone ; Elisabeth, le latin et le grec, de Roger Âscham.
3. Voir, en particulier, sa lettre à Edouard VI sur son intention de conti-
lUSTOIRE LITTÉRAIRE. — T. II. 5
Elisabeth, qui sait tout, comprend tout, a lu les Grecs, les Latins, les Italiens, les Français et, par-dessus tout et en toute chose, adore rornementation. Ses lettres fourmillent de comparaisons et de rapprochements ingénieux : »< De même que le marin, en temps orageux, cargue ses voiles en attendant les vents propices, de même, noble roi, en ma mauvaise fortune de jeudi dernier, repliai-je les hautes voiles de ma joie et de mon espérance, comptant qu'un jour, de même que les vagues déchaînées m'avaient fait rétrograder, de même un doux souffle de vent me ramènerait vei*s le port' ». Le tout pour faire entendre à son frère, le jeune Edouard VI, qu'elle regrettait de n'avoir pas été reçue par lui et qu'elle espérait le voir une autre fois. Elle aussi sera conforme à elle-même toute sa vie ; dès son enfance elle écrit en « style Élisabéthain ».
Son instruction est d'ailleurs solide. Cette princesse, dit Roger Ascham, son précepteur, « parle le français et l'italien aussi bien que l'anglais; le latin avec facilité, correction, justesse; le grec môme, passablement- ». Ils ont lu ensemble Cicéron, Tite-Live, les tragédies de Sophocle, les discours choisis d'Isocrate.
Partis de si haut, ces exemples s'aperçoivent de loin; les nobles imitent la cour et les bourgeois imitent les nobles. « Jamais la noblesse anglaise n'a été si lettrée », écrit Ascham -^ Il accompagne, comme secrétaire en 1550, sir
nuer à entendre la messe el sa Ictlre au Lord amiral Seymour qui voulait épouser (et é|)ousa) Catherine Parr, vpuve d'Henri VIII, vl qui avait eu l'impudence de solliciter le concours de Marie. Original Leiters, 1 " série, t. II.
1. « Likc as a shipman in stormy wetiier plukes downe the sailes tarijnge for beltar winde, so did I, most noble Kinge, in my unfortunale cbanchc a Ihursday piiik downe the hic sailes of iny joy and comforl. and do trust one day that as IrobU'some waves hâve repulsed me bakwanle, so a gentil winde wil bringc iw forwarde to my haven «. Original Lelters, l" série, t. II.
2. Lettre à Slurm, i avril 15."iO. Whole Works of Roger Ascham, éd. Giles, Londres, 1865, 3 vol., t. I, p. lUO.
3. « Nobilitas in Anglia numquam magis eral literata ». Même lettre.
Richard Morison, à la cour de Charles-Quint ; c'est, comme Elyot, un ambassadeur savant qui oublie la longueur du chemin en étudiant, avec son secrétaire, les classiques grecs. Avant de partir, Ascham était allé faire visite au marquis et à la marquise de Dorset, à Broadgate. Les maîtres du logis» et toute leur maison, gentilshommes et dames chassaient dans le parc. Je trouvai leur fille dans sa chambre , lisant le Phédon de Platon en grec, avec autant de plaisir qu'un gentilhomme en pourrait prendre à la lecture d'un joyeux conte de Boccace ». Les parents de la jeune fille l'avaient élevée très sévèrement, exigeant qu'elle parlât, se tût, dansât, marchât, avec autant de mesure et de perfection « que Dieu en mit pour faire le monde ». Elle dit au visiteur le charme reposant qu'elle trouvait dans la société des classiques. « J'aime à me rappeler cette conversation, écrit Ascham, d'abord parce qu'elle est si digne de mémoire, ensuite parce que c'est la dernière fois que j'entretins et la dernière fois que je vis cette noble et digne dame^ ». Cette savante demoiselle, qui devait être reine d'Angleterre pendant onze jours et mourir sur l'échafaud, était lady Jane Grey.
Le savoir est à la mode; il est, de plus, accessible à tous. De même que François P' à Paris, Henri VIII fonde des chaires à Cambridge pour l'enseignement public des diverses sciences : jurisprudence, grec, hébreu, médecine 2. Les enfants, dit Ascham, lisent en grec Aristote et Platon; « Sophocle et Euripide sont plus familiers aujourd'hui que n'était Plaute autrefois... Cette ardeur pour les lettres est allumée et entretenue par notre ami Cheke qui, dans ses