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Marston, Satires, 1698 ( Works, Uulien, t. III, p. 302). Cf, dans Bartholomew Fuir de Ben Jonson, la scène au théâtre des marionnettes.
parfois, à l'Espérance par exemple, au lieu d'un drame, on avait un combat d'ours ou de taureaux. Ces spectacles cruels où un misérable ours, attaché à un poteau, les yeux crevés, se défendait contre des chiens, ou était fouetté jusqu'au sang par des valets d'écurie, attiraient un monde énorme. Des amphitliéàtres spéciaux leur étaient réservés; mais si grand était le succès de l'entreprise qu'on donnait aussi de ces représentations, comme on sait, dans les théâtres ordinaires, dont la scène était alors enlevée. Les femmes même y venaient en nombre, et Shakespeare fait allusion aux cris qu'elles poussaient quand Tours Sackerson, un des plus fameux d'alors, cassait sa chaîne'. C'était, on l'a vu, un « jeu royal » , un plaisir de roi; le concessionnaire était invité, dans les grandes circonstances , à conduire sa ménagerie à Whitehall et à faire déchirer et tuer ses bètes devant les fenêtres du palais pour l'amusement de la cour : cette distraction fut offerte au roi de Danemark Christian IV, en visite chez son beau -frère Jacques 1". Dans ces cas on n'épargnait rien et les animaux étaient harcelés à mort. C'est un point important à noter pour l'art dramatique, ce fait que les auteurs étaient tenus de charmer le même public que les tourmentcurs de taureaux et fouetteurs d'ours. « Voir un automate, une morisque... une danseuse de corde, un combat d'ours à l'Espérance... des acteurs jouant sur les planches : pour cela », lit-on dans un poème satirique, où tous ces plaisirs .sont mis sur la même ligne, *< jamais l'argent ne manque; mais s'il s'agit d'oeuvres charitables, plus le sou^ » !
1. Merry Wives. l-\. Autre allusion, dans MncbeUi, à ces jeux familiers à Shakespeare. Comme l'ours aUaclié, Macbeth ne peut fuir :
I caiinol Ily, But, bear-Iike, l must Oght the course, (v-7.)
î. H. Farley, St. Paul's church, 1821, dans Bullen-, l'oems... /nun romances... of the Elizabethan âge, Igyo, p. 83.
La scène se garnissait de ces galants décrits par Dekker, qui s'avançaient jusque « sur les roseaux » servant alors, comme dans les maisons, de tapis, et jusque sous « le dais du roi Gambyse * » . Ils venaient plus pour être vus que pour voir, étalaient leurs habits neufs, commentaient tout haut la pièce, haussaient les épaules si elle recommandait la vertu et partaient à grand fracas avant la fin-. Les galeries se remplissaient; même dans la loge des lords, « beaucoup de satin était étouffé à n'en pas revenir ». Le parterre surtout grouillait d'une foule bruyante, agitée et puante. Ce dernier qualificatif étant le plus notable de tous finit par servir, à lui seul, pour désigner couramment les habitués du parterre et des hautes galeries; on les appelait les stinkards, les puants ; on les appelait aussi la canaille à deux sous, penny-knaves, ou groundlings, terriens au ras du sol : le vocabulaire des théâtres n'avait pour eux aucun nom flatteur 3. Les spectateurs buvaient de la bière et du vin, mangeaient des pommes, des noix et des poires : la vente de ces denrées était autorisée et le partage
1. Voir plus haut, p. 479. Chacun des dires de Delvker est confirmé par Jonson, Day et autres dramaturges.
2. « Well, Ile sit eut the piay... but see it be baudy, or by this light, I and ail my friends will hisse ». J. Day, The lie of Guis, 1606. Même abus en France où il dura jusqu'au XVIII" siècle : « Isabelle. — Ces jeunes ofDciers sont faits exprès pour mon humeur; ils font toujours quelques singeries; ils chantent, ils cabriolent, ils se battent quelquefois pour rire et se baisent après devant tout le monde; enfin quand je les vois sur le théâtre, ils me divertissent cent fois plus que la comédie ». Les Chinois, I, 5, par Regnard et Dufrény, t692.
3. « Your groundling and gallery commoner... your stlnkard », Dekker.
— « A dull audience of stinkards sitting in the penny galleries », Middleton.
— A la fin de l'induction de Baiiholomew Pair, Jonson fait allusion à la terrible mauvaise odeur du théâtre de l'Espérance, où on joue sa pièce : « La puanteur et la malpropreté égalent, de tout point, celles de Smithfield ». Lodge déclare qu'il ne veut plus
... Tie my peu to pennic-knaves delight. Scillaes Melamorphosis.
des recettes prévu dans les contrats d'association * . Surtout on fumait: « A tous ces spectacles, dit Hentzner, et d'ailleurs partout où ils sont, les Anglais font usage de l'herbe nicotiane, appelée, en langage américain, tabac; voici comment : à l'orifice inférieur d'un tuyau d'argile ils mettent de cette herbe susdite, bien sèche et facile à réduire en poudre; ils l'allument, et tirent dans leur bouche, par l'orifice supérieur, la fumée qui sort ensuite par leurs narines comme d'un entonnoir ». Les galants sur la scène se distinguaient par leur ardeur à fumer : « Quel plaisir, messieurs », observait une naïve commère assistant à une pièce, « pouvez-vous bien trouver à changer vos figures en cheminées^' »? Ils en trouvaient un très grand et, à peine assis, tiraient de leurs poches leur attirail de fumeurs : « J'ai mes trois sortes de tai)ac sur moi, dit l'un d'eux; voilà mon briquet, je commence. — (// fume) 3 ». On ne saurait dire si toutes ces pipes atténuaient ou aggravaient les émanations qu'exhalaient les stin/cards, les chenils voisins, les étables à taureaux et les cages à ours.
Les femmes assistaient aux représentations; la plupart appartenaient à la catégorie la moins honorable, échappées des tavernes d'à côté ou d'établissements plus mal réputés encore : « strumpets that folio w théâtres », dit Middleton. Mais il y en avait d'autres aussi, en moins grand nombre, installées à part, dans les loges, ou même mêlées aux stinkards du parterre*. « Les dames viennent pour
1. Contrat du lo mars 1608, concernant le Whilt'frinrs Théâtre; Greeo- Street, Transactions of the S'ew Shakspere Society, 9 nov. 1888.
2. The Knighl of the burning l'eslle, par Ik;aumonl et Fletcher, joué en