Gynthia's Revels de Jonfton
4. Entre autres preuvt^s (signalées par M. Daniel) : « The citizen, his wife and Ralph sitting below [the stage] ainong the audience ». Induction du Knight of the Intrning peslle de Beaumont et Fletcher.
nous voir, comme nous pour les regarder », dit, dans une pièce de Jonson, un élégant qui va s'asseoir sur la scène*.
L'ensemble formait assurément un mélange peu relevé et les puritains avaient beau jeu à se plaindre : « Dans les théâtres de Londres, dit Gosson, c'est la coutume des jeunes gens de pénétrer d'abord dans la cour (le parterre) et de promener leurs regards sur toutes les galeries; puis, pareils aux corbeaux qui volent là où ils flairent le cadavre, ils se poussent aussi près qu'ils peuvent des plus jolies personnes, leur offrent des pommes... jouent avec leurs vêtements pour passer le temps, ne manquent aucune occasion de leur adresser la parole et, après la pièce, les emmènent chez eux, les connaissant à peine, ou courent avec elles à la taverne - » .
A ces remarques du puritain Gosson, les acteurs répondaient que les théâtres recevaient encore un autre genre de visiteurs, savoir des puritains, qui se cachaient dans les coins pour n'être pas vus et se couvraient à moitié la figure. « Toi qui me blâmes pour aller au théâtre, que veux-tu que je fasse de mon loisir? Faut-il boire à la taverne tout le jour, rôtir au soleil, marcher sous la pluie »? C'est encore au théâtre qu'on s'amuse le plus honnêtement : « Je ne fais pas parade de sainteté, pour cacher ma coquinerie; quand je vais au théâtre, je m'assieds bien en vue, que tout le monde m'aperçoive, au bord même de la
1. The Devil is un Ass. 1,3. Gosson recommande aux dames, « gentle-woinen », de ne pas aller au théâtre : donc elles y allaient ; si vous vous ennuyez, dit-il, faites la conversation chez vous; ou bien encore, lisez un livre, « if you can read ». Schoole of Abuse, éd. Arber, p. 60.
2. Playp.s confuled in five actions; date incertaine, postérieur à 1581. Marlowe compte les plaisirs du théâtre au nombre « des rites de Vénus » :
Plays, masques and ail that that stem âge counteth evil.
Ilero and Leander; Seslyad I. — « And little thought I, madam, that the camp had been supplied with harlols as well as the Gurtain ». Middleton, Works, VIII, p. 90.
IIISTOIKË LITTÊKMKE. — T. II. 35
scène, et je ne vais pas me terrer dans un angle, me cachant le visage • ». Moralistes, sermonnaires, magistrats de la ville demeuraient unanimes : « Une sonnerie de trompette annonçant une pièce indécente amènera plus facilement mille auditeurs qu'une cloche tintant pendant trois heures n'en amènera cent au sermon ». C'est, sans doute, un faiseur de sermons qui parle-; mais à lui et à ses pairs, la municipalité de Londres donnait toujours raison, réclamant la destruction des théâtres pour cause d'immoralité, ou les fermant d'office sous prétexte qu'ils propageaient la peste. On n'y voit de toutes parts, disait Stubbes, « qu'oeillades et baisers ». Le Conseil privé, dont les principaux membres avaient leurs troupes d'acteurs, faisait semblant de céder, accordait, de temps en temps, des destructions qui n'étaient pas exécutées et refrénait le zèle du lord maire par cet argument sans réplique : « la reine a quelque goiU pour ces passe-temps », et si les acteurs n'avaient plus de théâtre pour s'exercer, ils joueraient moins bien devant elle-'. Le lord Maire baissait la tôte et les troupes du lord Amiral et du lord Chambellan narguaient de nouveau ses menaces et ses accès de vertu.
La trompette sonnait pour la troisième fois; les acteurs s'assuraient que « leurs barbes étaient attachées par de so-
1. Vers de Richard Pt-rkins, en totc de V.lpology for Aclors d'Heywood, 1612. Même raisonnement cliez Nasli : c'est le moins mauvais des passe-temps; et il se fait, d'ailleurs, fort de prouv«T plus encore : c'est en soi un passe-temps excellent; la comédie réforme les mœurs et la Iragéilie enseigne l'Iiistoire. Picrcr Peiiilrssc, 1592, Shakespeare Society, pp. 59 et s.
2. Sermon de Slockwood, 1578; Gosson, Sc/ioole of Àlnise. Arber, p. 9.
3. « In respecte Ihat her Majestie somlymes lakelii deliglit in those pastynies, llieir lordships thincke il net unfilte... to allow of certen companies of players to exercise tlieir playing in Lnndon parlely lo llic ende lliey might lliereby attaine to the more perfection and dexteritie in that proflfessyon tite rallier to content her Majestie », 20 mai 1582. Acts of the Privy Coinicil, New séries, t. XIII.
lides cordons' » ; un acteur isolé, le « Prologue », qui s'était « donné de la couleur aux joues en les frottant » (Dekker), sortait de derrière la tapisserie du fond, s'avançait long vêtu sur le devant de la scène, demandait la bienveillance du public et, d'ordinaire, lui expliquait la pièce, car il importait d'être compris et on n'y pouvait prendre trop de précautions. Le titre était, d'ailleurs, affiché, en grosses lettres, non seulement au dehors, mais dans l'enceinte même, pour la commodité de ceux qui savaient lire-. La représentation commençait et durait de deux à trois heures. La foule suivait de grand cœur les événements, acceptait toutes les péripéties, même les plus invraisemblables, se laissait transporter sans peine aux champs de Troie ou d'Azincourt, au boudoir de Vénus ou au jardin des Hespérides, au ciel, en enfer : le dernier des auteurs accomplissait ces miracles; le génie d'un Shakespeare n'y était pas nécessaire; devant un auditoire en si bonnes dispositions un tel génie était presque du gaspillage : aussi bien devaitil être réservé à la postérité de le mettre à sa vraie place dont les contemporains ne se doutèrent pas. Saint-Amant qui visita Londres en 1631, et rima plus tard une satire à' Albion, avait été frappé de l'intérêt excessif des spectateurs pour les pièces; il le jugeait ridicule :
3Ière, fille, tante et nièce, Bourgeois, nobles, artisans, Voudraient que de deux cents ans Ne s'achevât une pièce '.
Les émotions du public se manifestaient bruyamment : le populaire, dit Hall, « se meurtrit les poings» à applaudir.