‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 168 sur 290 · Holla, yc pam|iercd jades <if Asia · texte numérisé non relu

Holla, yc pam|iercd jades <if Asia

2° partie, IV-3. Shakespeare représente Pistol lançant aux habitués do la Boar's Head taverit, de rutilantes apostrophes, tirées de la Bafaillc de l'Alrazar de Peele et de Tamerlan : « Hollow pamper'd jades of Asia » ! i Heu. IV, ll-'i.

■2. Theridamas, liaste lo llie court ol' .love,

Will him to send Apollo liether straiglit To cure me or elles Ile fetch liini downe my selle.

.'}. Kpiire dédicatoire de Tlic righl excellent and fumons hislonj nf Promos iind Caasavdra, 1578.

iiisToii'.i: UTTi:r. viKi:. — t. ii. 37

après, on le citait encore, lui, ses amours, ses conquêtes, et son apostrophe aux « rosses efféminées d'Asie ».

Dès cette première pièce, Marlowe adopta le vers qui devait être, par excellence, celui du drame élisabéthain : le vers blanc, d'un emploi fort rare avant lui au théâtre. Il comprit l'avantage qu'offrait pour la scène ce vers pliant dont on peut accentuer ou affaiblir, à volonté, le caractère métrique, qu'on peut rapprocher de la prose au point qu'il s'en distingue à peine, ou moduler d'après les règles d'une prosodie si rigoureuse qu'il égale les cadences les plus martelées du vers moderne le plus classique. Les timides, tels les prédécesseurs de Marlowe, en appliquaient méthodiquement les lois, alternant leurs cinq brèves et leurs cinq accents, coupant sans faillir le vei-s à la quatrième ou la sixième syllabe, et marquant un arrêt à la fin de chaque vers. Les négligents, les médiocres, les bavards, fort nombreux, violaient et continuèrent de violer toutes ces règles, ou bien les observaient au hasard, justifiant la critique de Voltaire, d'après qui les vers blancs «< ne coûtent que la peine de les dicter ; cela n'est pas plus difficile à faire qu'une lettre' ». Mais les poètes qu'inspire la muse suivent les lois ou s'en écartent à bon escient, déplacent la césure, allègent la syllabe finale, continuent sans arrêt le développement de leur pensée d'un vers à l'autre, raccourcissent ou allongent la ligne selon le mouvement de la phrase et le sujet traité. Ils peuvent par là se tenir plus près qu'avec le vers rimé des réalités et de la nature, sans cependant tomber dans la platitude et la vulgarité.

1. Prérace de sa Iraduclion du Jules César de Shakespeare. Parmi les premières pièces où fui employé le vers blanc, voir e. y. Gorbodtic, 1562; Jocasta, Je Gascoigoe, 166G; Araygneiitenl of Paris, de Peele, partie en vers blancs, I58i; Misfoiiunes of Arthur, 1588-, James IV de Greene, rimes et vers blancs; 'fnncred and Gismund, remaniement de Wiimol, publié en 1591; WomQn in Ihe moon de Lj ly, composé ver» lôaj, etc. Cf. supra, pp. 130, 318.

Marlowe devina que ce vers était fait pour son. public, comme les parcs à l'anglaise sont faits pour l'Anglelerre, et les jardins à la française pour nous. Il nous faut des lignes nettes et claires; nous aimons les allées bordées de buis et les vers bordés de rimes : chacun sa manière.

Le célèbre Docteur Faust, joué vers 1589, est aussi démesuré et encore plus décousu que Tamerlan ' ; mais, çà et là, brillent, dans la nuit noire, d'éblouissantes étincelles de génie. Le moyen de succès choisi cette fois par Marlowe est la magie. L'histoire du chrétien qui vend son âme au diable remonte, sous diverses formes, au moyen âge; elle avait pris, au seizième siècle, une vie nouvelle, en se greffant sur les aventures d'un pauvre diable de sorcier allemand parfaitement réel, appelé Faust. Ces aventures avaient fait le sujet de livrets et de ballades populaires. V Histoire de la vie damnable et du trépas méinté du Docteur Jean Faiist'^, était connue de Marlowe, qui la mit à la scène ; la pièce réussit; les comédiens anglais, en tournée sur le continent, la ramenèrent dans sa patrie^, où elle devait obtenir, trois siècles plus tard, aux mains de Gœthe, sa forme et une gloire définitives.

1. On en a deux textes différents, tous deux posthumes et très corrompus ; suivant l'idée plus ou moins haute qu'ils se faisaient du goût de Marlowe, les critiques ont, plus ou moins libéralement, attribué à des tiers les scènes manquées ou ridicules de ce drame. Il y a nécessairement beaucoup d'arbitraire dans leurs jugements. The Iragicall hislonj of Dr. Faiistus, 1604; The Iragicall Hislory ofthc Life and Death of Dr. Fausliis, 1616. Une éd. de 1636 est ornée d'un bois représentant Faust dans son cercle magique, le livre et la baguette à la main, le bonnet de docteur en tète, faisant apparaître un diable hideux (reproduit dans Manlzius, S/,uespilknnstens Historié, Copenhague, 1901, III, p. 187).

2. The historié of the damnable Life and deserred Death of Dr. John Fauslus, Londres, 1592, 4». Il y avait eu une édition antérieure, perdue. Le récit est traduit de l'allemand.

3. En 1608 et 1626. Dans la liste de pièces jouées à Dresde par les comédiens anglais en 1626, figurent, entre autres, Faust, Le Juif de Malte, Roméo, Hamlel, etc. Cohn, Shakespeare in Germany, 1865.

Le procédé est le même que dans Tamcrlan : c'est Tentassement. Au lieu de conquêtes succédant aux conquêtes, les sortilèges succèdent ici aux sortilèges : apparitions, évocations, transformations; grossières merveilles! Les morts illustres se montrent dans leur magnificence ou leur gloire, les sept péchés capitaux défilent; Tenfer est exhibé avec ses monstres; les diables se tortillent sur la scène. Faust et Méphistophélès s'égayent à faire des farces magiques au pape; rendus invisibles, ils tirent des pétards pendant son diner, lui enlèvent les plats des mains, le soufflettent et le Saint-Père s'écrie : « Je suis tué... aidez à emporter mon corps ». Antipapiste, le public était dans la joie. Les maléfices des deux compères semblent tantôt des niches d'écoliers, tantôt dés tours de prestidigitation. Faust s'affuble d'une tête de carton qui lui est coupée dans une rixe, il se relève aussitôt, à la stupeur de ses ennemis.

Mais le fond est tragique et saisissant ; Faust, comme Tamerlan et tous les héros de Marlowe vit au delà des limites du possible. Il a soif de connaître les secrets de l'univere, comme l'autre de posséder le monde. Leur cœur à tous deux se consume ; la catastrophe est certaine ; elle sera effroyable; l'heure pour Faust en est marquée davance; le misérable comptera une à une ses dernières minutes, sans que nulle prière puisse le sauver; langoisse de l'inconnu le tient; ces lèvres tremblent de terreur qui disaient naguère au tentateur avec un sourire : « Enfer et Elysée c'est pour moi tout un; mon Ame ira rejoindre celle des philosophes antiques. Assez bavardé sur celte niaiserie, lAme humaine • ! » Ces mêmes lèvres, suppliantes, murmurent :

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