‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 170 sur 290 · Ex. : Tlius like liie sad presaging ravcn, ihat tolls · texte numérisé non relu

Ex. : Tlius like liie sad presaging ravcn, ihat tolls

The sick maii's passport in lier hollow beak,

And in tlic shadow ofsHent nigbl

Doth shako oonlagion from hcr sable wings...

etc., tout le passage, début de l'acte II.

Médicis est le Barabas de la pièce ; elle ne fait pas mourir seulement les protestants, mais son fils Charles IX ; elle est la maîtresse de Guise, etc. , etc. . . Marlowe entendait arracher aux combats d'ours leurs spectateurs et secouer, plus fortement encore que dans le cirque voisin, leurs nerfs endurcis. Il y parvint admirablement et la pièce réussit à souhait ^ .

Mais en faisant jouer Edouard II, sa dernière pièce, il offrit, en réalité, à son public une merveille beaucoup plus surprenante que toutes celles dont Faust, le Juif, ou le Massacre étaient remplis : ce drame est la première tragédie raisonnablement bâtie, solidement charpentée, avec des caractères bien tracés, intéressants et vivants que compte la littérature anglaise -. On n'avait eu jusqu'ici que des morceaux ; voici maintenant un ensemble : rien de plus méritoire ni de plus rare. Tous les moyens vulgaires de succès sont écartés : aussi nul besoin de dire qvC Edouard II îut, de tous les écrits de Marlowe, celui qui fit le moins de bruit et obtint le moins d'applaudissements. Cest néanmoins, au point de vue de Tart dramatique, son chef-d'œuvre et, à sa date, une pièce mémorable.

La vérité historique est très suffisamment observée ; la vérité humaine est saisissante ; l'exposé, lumineux ; l'intérêt est éveillé, dès les premières lignes. La pièce est ouverte par Gaveston exilé, il lit une lettre d'Edouard qui vient de monter sur le trône et qui le rappelle auprès de lui. L'ambitieux favori est en extase devant sa propre fortune : « Comment

1. Elle ne nous est parvenue qu'en un texte très corrompu : The Massacre al Paris, with tlie dealfi of tke Duke of Guise, s. d. (vers 1000?'). Le drame se termine par l'assassinat d'Henri III qui, au moment de mourir, devient antipapisle et envoie ses compliments à Elisabeth. La mort du roi était du 2 août 1589; la pièce fut jouée chez Henslowe, avec grand succès, en janvier 1593. De Marlowe encore, une Tragédie of Dido, probablement œuvre de jeunesse, inspirée de Virgile, achevée par Nash, publiée en 1594.

2. Tfie Iroublesome raigne... of Edward the second, r« éd. 1594,2° 1598.

les peuples du pôle chériraient-ils la lumière des étoiles, eux. que le soleil éclaire jour et nuit? Finies les courbettes devant les pairs orgueilleux! mon genou ne pliera plus que devant le Roi. Et quant aux gens de rien, ce ne sont que des étincelles étouffées dans la cendre do leur pauvreté » ! Pendant qu'il rêve d'une vie digne des dieux, déjà gronde la tempête qui doit l'emporter. Les nobles d'ancienne race frémissent à l'idée du triomphe de l'aventurier gascon; ils échangent avec le roi des paroles hautaines : « Je ferai, dit le roi, scier ces genoux devenus si raides ». — Lancastre répond : « Quatre comtés sont à moi outre Lancastr* : Derby, Salisbury, Lincoln, Leicester : je les vendrai tous pour payer mes soldats, plutôt que de laisser Gaveston en ce royaume ' »>.

Lell'ct nécessaire de ces oppositions, le développement logique des caractères, même ceux de demi-teinte, conduisent, de degré en degré, les personnages à leur cateuslrophe : caractère dur, fier et jaloux des nobles, caractère efféminé, caressant et vindicatif de Gaveston, avec un fond de mélancolie inquiète et d'amertume causées par le souvenir de sa basse extraction et le vertige de sa trop haute fortune ; caractère du roi, faible et emporté : violent dans ses paroles, médiocre en son vouloir. G est une ùmc malade; impropre au métier de roi, il ne sait dominer ni les autres ni lui-même. Sa tendresse pour le favori efface tout autre sentiment : « C'est toi!... ne me baise pas la main... Pourquoi t agenouiller? ne sais-tu pas qui je suis? ton ami, toi-même,

1. 1-1. Ce slyle, dont nos romantiques de 1830 firent si «rand usage, se retrouve en beaucoup d'autres passages-, celui-ci i»ar exemple :

Ynung Mûrlitner. — This toltered cnsign «f my anoeslors.

Wlilcli swepl tlie désert sliore (>r thnt dcad sea, Wliercof >ve got llie name of Mortimor, Will I advanco upun this tastlc's >>alls. Dnims, striko alarum. raise them froni their sport. And ring aloud the kncll of Gaveston! «Ili.)

un autre Gaveston... Et plus tôt, de ses vagues, la mer couvrira mon royaume, qu'elle ne portera le navire t'emmenant loin de moi » ! Comme les êtres faibles épris à l'aventure, ayant ce qu'il préfère à tout, il brave l'univers, rit des menaces, ne craint rien, méprise les inquiétants rebelles, renvoie au pape ses défis, dédaig-ne les Français envahisseurs : « Ce n'est rien, nous les chasserons quand nous voudrons». Il s'est fait, dans son âme, comme une forteresse de bonheur, invisible, intangible, il y replie ses pensées, sourd aux bruits du monde. Mais le monde est le plus fort; le favori est pris et tué ; après la courte joie d'une vengeance incomplète, Edouard, capturé à son tour, s'abandonne au malheur et ne résiste plus ; sa forteresse de rêve s'est écroulée. Son infortune est si grande alors, sa plainte si douce, sa fin si lamentable que le mépris se change en pitié. C'est qu'il a compris avant de mourir : roi, il n'a pas régné; il a comme un effroi rétrospectif à la pensée des réalités d'un monde dans lequel il a vécu sans le connaître : que son exemple serve aux siens! « Parlez de moi à mon fils; qu'il règne mieux que moi ! »

Un arsenal complet d'infaillibles moyens pour plaire à la foule; d'admirables échantillons de style imagé et lyrique; grâce à Marlowe, un modèle unique de pièce bien faite, sobre, logique et forte, enfin un vers blanc facile à rendre plus souple encore, varié en ses coupes et en son harmonie, le vrai vers du théâtre anglais : voilà ce que trouvait sur la scène, lorsqu'il commença d'écrire, ce page d'acteur, ce « Johannes factotum » qui devait porter l'art dramatique de son pays à des hauteurs inconnues jusque là, inaccessibles depuis.

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