Furnivall. Fresh Allusions lo Shakespeare, 1886, p
2. Docuiuciit découvert cl itublié par llalliwcll-Phillipps, Outlines, I, 121.
de Shakespeare, à leurs festivités annuelles : la Comédie d'Erreurs, à « Grays' Inn », en 159i; la Nuit des Rois, au « Middlc Temple », en 1602. En 1598, Mères décerne à Shakespeare dramaturge le premier grand éloge public qu'il ait jamais reçu et, ce qui est fort important pour l'histoire de ses œuvres, donne le titre de douze de ses pièces déjà jouées à cette date*. Il déclare que le poète est le Plante et le Sénèque de l'Angleterre et que, « parmi les Anglais, il est le plus excellent, tant pour la comédie que pour la tragédie ». Ses drames sont cités dans les conversations familières; les amants, dans la vie réelle, s'inspirent si volontiers de son Roméo qu'on les en plaisante. L'amoureux Luscus, lit-on dans une satire de la môme année 1598, (( n'ouvre pas les lèvres sans qu'il en sorte du pur Roméo et Juliette 2 » .
A partir de ce moment précis, il devient notoire dans le monde des libraires-pirates que le nom de Shakespeare est une réclame avantageuse sur la couverture d'un livre. Avant 1598, quelques-unes de ses j)ièces avaient paru, pas une avec son nom; après 1598, pas une ne paraît où le nom ne soit mis en vedette. Et les pirates lui font, en ouire, le compliment, qui montre sa popularité, de publier sous son couvert des pièces médiocres ou exécrables que cette garantie , espèrent-ils, fera vendre ; ou encore ils lui
1. «For comedy, vvitness his Gentlemen o f Verona, his iVrors, his Love's Labours lost, his Love's Labours won (probablement une première version A' Ails irell), hi& Midsummer Nighl's Dream, and lus Merchant of Venice. For Iragedy, his Richard II, Hichard III, Henry IV, King John, Titus Andronicus and his Romeo and Juliet ». Palladis Tamia, 1598, Arber, English Garner, t. H, p. 98.
2. Marston, Scourtje of Villanie, 1593 [Works, éd. Hullen, t. III, 372). Marston raille ces habitués de théâtre qui ne parlaient que par citations; son Luscus :
Hath made a common-place bock eut of plays And speaks in print : at least wliat e'er lie says Is warranted by curtain plaudities.
HISTOIUE LITTÉIUIRE. — T. II. 40
attril)uent en totalité un recueil comme le Pèlerin Passionné, dans lequel figurent seulement quelques vers dus à sa plume'.
« Johannes factotum » est de plus en plus utile à ses camarades; il est maître de son art; ses succès à la scène se renouvellent d'année en année. Les preuves d'une richesse grandissante al>ondont. On sait (|U(' les ^aiiis des acteui'S étaient élevés, bien plus que ceux des auteure; et c'est pourquoi, sans doute, Shakespeare, qui n'atteignit jamais qu'un rang honoral)le dans la profession histrionique, continua néanmoins de jouer jus<|ue vers le temps de sa retraite. Outre ses intérêts dans le Blackliiai-s, Shakespeare semble avoir eu deux parts entières au (ilobe, sur un total de seize. Elles rapportaient, en tout, quatre cents livres à peu près par an, soit environ quarante mille francs de notre monnaie 2. Comme acteur il gagnait annuellement cent trente à cent quatre-vingt livres environ; comme auteur, à en juger par les chiflres du registre d'Henslowe, de six à dix livres par pièce pendant la première moitié de sa carrière; plus «Misuite. Les représentations à la cour étaient une source supplémentaire de bénéfices.
Rien de surprenant que, peu d'années après ses débuts, le bourgeois et l'homme de génie si étroitement associés en la personne du poète aient pu s'épanouir aussi parfaitement l'un que l'autre, et ce n'est pas peu dire. Shakespeare a l'œil sur sa ville; c'est là qu'il entend être un personnage; il y retourne périodiquement. D'abord il relève les affaires de son père; les poui^uites contre le vieux mar-
1. The passionaU' Pilgrime, hy 1»'. Shakespeare ; printed for M'. laggard, and are tobe sttldbij M. Leake, at the Greyhound in Pnules C/iurchyard', 1599. Les seuls poèmes de Shakcs|>eare contenus dans le volume consistent eu deux des célèbres sonnets et quelques chansons tiré«>$ de Loves Labours lost.