Évaluation de M. Sidney Lee, Life, pp. 19G et s
chand ruiné cessent; dès 1596, huit ans environ après sa première pièce, le poète introduit, en faveur de celui-ci, une demande en concession d'armoiries, qui échoue; mais il la reprend en 1599, avec succès, et le naguère insolvable John Shakespeare a désormais un blason bien à lui où figure la lance, « speare », d'ancêtres imaginaires^, avec la devise française : « Non sans droict », qui ne convenait pas mal à un titre de noblesse acheté,
Ben Jonson, qui possédait un blason héréditaire et n'a guère laissé passer, sans moquerie, aucun des travers de ses contemporains, mit en scène, là-dessus, et la même année, le fils de fermier, « si amoureux du nom de gentleman qu'il se le procurera , quand il devrait payer pour l'avoir ». Un intermédiaire complaisant offre ses services au candidat-gentilhomme : « Allons en ville, je vous mènerai là où vous pourrez vous acheter des armoiries; vous en aurez pour votre argent, à votre choix ». Ainsi fait; le nouveau gentleman sort tout ébloui de chez les hérauts qui parlent, dit-il, « le langage le plus difficile du monde à comprendre... Grâce à Dieu, je peux me dire maintenant gentleman; voici ma patente; coût : trente livres ». Son blason neuf brille de toutes les couleurs de l'arc en ciel ; le cimier est une hure; et quelle sera la devise? — « Non sans moutarde 2 ».
1. Le cas n'avait rien de rare, au contraire. Harrison, dans sa. Description of Britaine, indique que des achats d'armoiries dans ces conditions étaient parfaitement admis, et d'occurrence constante de son temps : « Who soever studieth the lawes... abidcth in tlie universitie... or professeth pliysicke, and the liberall siences, or... can live without manuall labour, and thereto is able and will beare the port, charge and countenance of a gentleman, he shall [for raonie hâve a cote of armes bestowed upon him by heralds (who in the charter of the same doo of custome prétend antiquitie and service, and manie gaie things) and thereunto being made so good cheape] be called master». Edition Furnivali (textes de 1577 et 1587), Neic Shakspere Society, t. I, p. 128.
2. Everyman out of his humour, joué en 1599 et publié en 1600. Que Sha-
Il était indifTérent à Shakespeare de donner, d'aventure, à rire aux beaux esprits de la capitale, et il riait lui-m«''me des gentilshommes de fraîche date, des manants anoblis et même des juges fiers de signer « Armiger » (Esquire) '. Un blason acheté était alors une de ces vanités, comme il y en a eu d'autres depuis, dont la grandville pouvait se moquer, mais que la petite ville prenait au sérieux; et, dans sa bourgade, Shakespeare entendait être au premier rang. En 1597, il avait acquis New Place, la plus grande maison de Stratford, bAtie jadis, à côté de la chapelle de la guild, par ce Hugh de Clopton, longtemps le plus « fameux nourrisson » de la cité '.
Il est dès lors, en sa province, le personnage en vue, le capitaliste qui peut acheter une terre, avancer de l'argent, int«^rvenir auprès des autorités. Dans leurs difficultés financières ou administratives, les habitants se recommandent l'un à l'autre de réclamer le concours de « notre compatriote M. Shakespeare-' ».
kespeare' vit là, ou non, une allusion personnelle, comme d'orJinain>. il ne dit rien : la pièce fut jouée au dlobc même.