Une bravade lui ayant cependant échappé, il observe
Yet forgive me God That I do bras tlms! — tliis jour air of France Hath blown that vice in me. (IH-6.)
3. And be it death proclaimed tlirougli our liost To boast ol" Ihis, or taivc that praise from God Wliich is his only. (IV-8.)
4. « De froit sang, toute celte noblesse française fut illec décapitée et iahumaincment détrenchie ». Jean de Wawrin (témoin oculaire), Chroniques [Rolls), II, p. 217.
5. Tlie mernj Wives of Windsor, joué vers 1598-9, 1'" éd., 1602. Cette édition ne donne qu'une première ébauche de la pièce, peut-être un texte hâtivement rédigé par Shakespeare pour satisfaire à la fantaisie d'Elisabeth (tradition rapportée 'par Rowe et par Bannis). Sous sa tonne complète, la pièce parut seulement dans l'in-folio de 1623. Quelques-uns des incidents sont tirés de nouvelles italiennes (une par Slraparole) traduites en anglais.
632 BIOGRAPHIE DK SHAKESPEARE.
annoncée d'un duc allemand, tout cela est rendu en perfection. Les piments et la moutarde anglaise, trop forts à notre goût, ne sont pas épargnés : abus des charges et surabondance des grotesques ; niais passant Gillc en niaiserie et bredouilleurs employant un mot pour l'autre. Slender le fait sans cesse parce qu'il est niais, le Docteur Caïus parce qu'il est français, le curé Evans, parce qu'il est gallois; il n'y a pas de raison pour s'arrêter. Mais Falstall" est à son mieux, plus besogneu.v, moins scrupuleu.v, plus gras, plus malpropre, et plus comifjue aussi, plus prompt à la repartie, plus intarissable et dune bonne humeur plus communicative que jamais.
Les drames romantiques de cette période sont remplis d'aventures surprenantes, de farces, de drôleries, d'accidents tragiques, mais tous sans exception se terminant à souhait pour les favoris de Shakespeare. Plusieurs de ces pièces portent la trace d'une composition liAlive; elles sont décousues, mal jointoyées, invraisemblables et reprennent des thèmes (jui ont déjà servi. Dans Beaucoup de bruit pour rien^^ un nouveau frère Lawrence recommande à une nouvelle Juliette le procédé de la mort feinte pour se tirer d'embarras 2. Dans la Nuit des liois^, la Co-
1. MucU Ado nfmut nothiiuj, représenté vers 1599, 1" éd. 1600. Sources : partit' une vieille piî'ce i)ertlue, jouée en iri82-3 et fondée elle-tnëine sur un incident du chant V d'Arioste, partie la helle et émouvante nouvelle XXII de liandelio (texte français dans le recueil de lielleforest). La donnée de ce dernier récil est suivie de prés sur beaucoup de |>oints, par ex. le brusque rhangeinent en haine de l'amour du crédule héros : « Il fervente sincero amore cbe a Fenicia porlava non solamente s'allYedo, ma in crudel odio si converse u ; mais elle est modifiée sur d'autn-s; l'idée de la scène à ré};lise est beaucoup plus traKique dans la nouvelle que dans la pièce. Béatrice et Bénédick sont de l'invention de Shakesi>eare.
'?.. Aucun frère pareil dans Handello (ni, à plus forte raison, dans Ariosie qui fait justilier son héroïne par un comliat en champ clos). Shakespeare en emprunte l'idée à sa propre pièce de Homéo.
3. Tirrlflh Mght, jouée vers 1601 ; représentée au Middle Ternpie, le 2 fé-
médie d' Erreurs recommence. Le comique est gros et facile, obtenu au moyen de mystifications triviales que les personnages s'infligent les uns aux autres, de la mise en scène de niais, sots et grotesques, de fous et de bredouilleurs, d'officiers de police ridicules, types connus. Avec toutes ses « erreurs », sa jeune fille déguisée en eunuque, qu'on prend pour un page, qu'on confond avec son frère, qu'une dame veut épouser, qui épouse à la fin le duc, avec toutes ses aventures romanesques , la Nuit des Rois est surtout remplie — de remplissage : farces au naïf intendant Malvolio, pitreries de chevaliers ridicules, clowneries du fou de profession ; le tout aussi différent que possible de notre goût à nous autres continentaux, mais très conforme, à ce qu'il semble, au goût anglais, car la pièce eut, précisément à cause de ces farces et de ces caricatures, un succès qui dure encore ^.
Dans Tout est bien qui finit bien-, le caractère du clown est postiche et pourrait être inséré, pour dire à peu près
vrier 160['2]; un des auditeurs, l'avocat Manningham, en a laissé une description {Diary; Camdcn Society, 1868, p. 18). 1" éd., l'in-folio de 1623; tiré d'une nouvelle italienne traduite par Rich (dans Riche Ms farewell to militarie profession, 1581).
1. Rien ne montre in\eux ces différences que les jugements anglais sur cette pièce. Manningham observe la ressemblance avec la Comedy of Errors, les Ménechmes de Plante et les Inganni italiens (en réalité Gl'Ingannati; trouvaille de Hunter), et note dans son journal, comme particulièrement mémorables, les farces faites à Malvolio, « making him beleeve they tooke him to be mad ». Cette pièce est : « the perfection of English comedy », n'hésite pas à écrire Haliiwell-Phillipps, « and the most fascinating drama in the language » [Outlines, t. I, p. 200). C'est assurément beaucoup dire.
2. AU'swell tliat ends vell, joué vers 1601-2 (li"urnivall), 1595 (Lee); 1™ éd., l'in-folio de 1623; source : la vieille histoire de Gilette de Narbonne, dont Boccace fit une des nouvelles de son Décaméron, laquelle fut traduite en anglais sans changements par Paynter, Palace of Pleasiire, 1566-7. Si cette pièce est celle que Mères appelle Love's labours wo7i, elle aurait été jouée, du moins sous une première forme, avant 1598. Noter que si Hélène répète volontiers, dans la pièce, que « all's well that ends well », elle dit aussi :
Will you be mine now you are doubly won? (V-i.)
les mômes choses, dans n'importe quelle autre pièce ; la donnée est une suite d'invraisemblances; le héros est châtié et honni au début alors qu'il a raison, et récompensé à la fin lorsqu'il s'est montré libertin, menteur, calomniateur. Mais les surprises qu'oilre Tancienne histoire de Gilette de Narbonne, la revanche obtenue sur son tyran par une Grisélidis aussi vertueuse, mais moins résignée que l'autre, les coquineries, vantardises, pleutreries et obscénités du misérable Parolles (personnage ajouté par Shakespeare à la donnée primitive et variante d'un type qui avait déjà réussi au théâtre), étaient autant d'éléments de succès.
Dans les drames romantiques <le cette période, à commencer par Tout est bien, la femme règne, joue le principal rôle, noue et dénoue l'intrigue. Par son esprit, ^ sagesse, ses vertus, son ingéniosité, elle éblouit tous les représentants du sexe masculin : fous, sots, héros, philosophes, amoureux, dédaigneux, bravaches. L'univers est son domaine, le ciel inspire sa conduite, elle interprète les énigmes, révèle à chacun son devoir; la création est à ses pieds. Si, dans Beaucoup de bruit pour rien, Béatrice trouve à qui parler et rencontre un Bénédick capable de répondre à ses attaques, la Bosaliude de Comme il vous plaira\ autre héroïne déguisée en page (c'est déjà la troisième), mène la pièce dont l'intérêt est à la cour quand elle s'y trouve et dans les bois quand elle y va. C'est une forôt imaginaire, au pays de fantaisie, où un vieux duc, dépouillé de son trône, vit avec ses fidèles seigneurs, sans se soucier de son duché, ni de rien :
1. As you liliP H, joué vers 1600, inscni. vn vue de l<i imlilicalion , aux « Stalioners Hcgisters », la même année, mais imprimé seulement dans linfolio de 1623; source: la jolie el 1res populaire nouvelle de Lodge, Hnsalynde, Eupliues golden Lcyacie, 15ÎM) (8* éd., 1623). Lodge lui-mi^me s'inspire du vieux Taie of Gnmehjn que Chaurer avait pensé un moment introduire parmi ses (otites de Caniorbrry; voir supra, t. i, p. 328.
Et je dirai, songeant aux hommes, que font-ils ?
Et le ressouvenir des amours et des haines
Me bercera pareil au bruit des mers lointaines...
Mais tout à coup la forêt, où se rencontrent aussi d'amoureux bergers, un mélancolique Jacques, un clown joyeux, fripon et lubrique, est envahie par Rosalinde, et tous ses habitants sont aussitôt soumis à ses lois. JoUe, pétulante, amoureuse, elle fait et dit tout ce qui lui passe par la tête, tranche les difficultés, résoud les problèmes, dicte à chacun sa conduite; c'est une de ces déesses « ex machina », nombreuses dans le théâtre de Shakespeare ; elle sait qu'elle est une des favorites du poète, un de ses enfants gâtés, qu'elle peut tout ce qui lui plaît, qu'il la laissera faire; elle s'en vante même.
C'est bien autre chose encore dans le Marchand de Venise^, la plus belle des pièces de cette catégorie, avec son mélange d'intense et tragique réalité et ses impossibles, mais délicieuses fantaisies; son Shylock redoutable, si bien campé, tout sombre d'aspect et de vêtements, dans la pleine lumière de Venise, inoubliable dès les premiers mots; son Antonio pensif et bon, avec une figure noble et un peu pâle de vieux portrait ; ses jeunes seigneurs, étincelants de costumes et d'esprit, toujours prêts à aimer. Le peuple d'ombres qui hante le musée Corer au long du Grand canal est rendu à la vie ; les gentilshommes de la villa Maser se détachent des fresques où Véronèse les a fixés. Cette variété de scènes sur la place Saint-Marc, aux abords du Rialto,
1. The Merchant of Vetiice, joué vers 1596, 1'" éd., 1600; source : une pièce perdue ayant la même double donnée (histoire des coffrets et histoire de la livre de chair, toutes deux fort anciennes et très populaires dans toute l'Europe), ce que montre une allusion de Gosson, dans sa Schoole of Abuse, 1579, qui dit que ce vieux drame, appelé T/ie Jew, représentait « the greedinesse of worldly chusers, and bloody mindes of Usurers » (Édition Arber, p. 40).
dans le Ghetto ou le Palais des doges, tous ces personnages gais ou tristes, sont dominés de haut, éclairés, instruits, réconfortés ou punis par la cliAtelaine de Belmont. Supprimer Belmont, c'est rendre le drame inexplicable. 11 faut admettre (jue Belmont est le pays des fées; tout y est jeune, beau, radieux et charmant; il n'en peut venir que bonheur, joie et merveilles. Ce point accepté, conmie il est indispensable, il n'y a plus qu'à s'abandonner sans inquiétude; tout ainsi devient délicieux. Même le Maure du Maroc et le turbulent Aragon ne sauraient inquiéter; ils amusent au contraire. Ils font partie du décor, ils sont là pour l'enchantement des yeux. Qui voudrait supprimer les nègres et les singes de Véronèse dans ses noces de Cana? Pourquoi les chasser ou nous montrer durs pour eux? Ils n'ont, sans doute, rien à voir avec le miracle de Cana, mais ils sont venus à bonne intention, pour plaire aux regards.
A Belmont, le parc est incomparable; la musique plus douce qu'ailleurs, la lune et les étoiles sont plus brillantes; la beauté y est éternelle, l'amour aussi , pour ne rien dire des inépuisables trésors qu'on y trouve en sequins et en ducats. On y chérit ce qui est beau, jeune et bon , et la châtelaine est digne de son sort. Les habitants de Belmont sont imprégnés de féerie; ils en sont accompagnés on qu'ils aillent comme d'une auréole; Portia surtout, reine du lieu. La manière dont Antonio est sauvé du Juif par le savant docteur de Padoue surprendra-t-elle? Point; c'est la magie de Belmont qui opère. Elle opère pleinement avec le petit docteur sans-gêne; ce docteur est évidemment fée. Hevant lui, plus de doge, plus de niagni/icoesy plus de tribunal; c'est lui qui rend l'arrêt et nul n'y contredit : il vient de Belmont. L'élégant (ïratiano épouse à la fin, sans sourciller ni que personne en soit surpris, une simple « N\aiting maid », mais c'est une « %vaiting maid » de Belmont. Et si
grand est le charme de ce parc enchanté pour amoureux que, dès que Lorenzo et Jessica y arrivent, le spectateur les comprend dans la sympathie et l'indulgence acquises aux habitants du lieu et oublie de détester et mépriser ces jeunes voleurs.
YI
La vie de Shakespeare continuait d'osciller entre deux pôles, Londres et Stratford. A Londres, il gagne et dépense ; à Stratford, il thésaurise. Dans la capitale, il acquiert beaucoup de gloire et d'argent, et gaspille en communes aventures beaucoup de son bon renom. A Stratford, il accumule des trésors de respectabilité ; il y a père , mère , femme et enfants, pignon sur rue et biens au soleil. Il reste fidèle au plan de vie qu'il s'était tracé dès la première heure. Les bourgeois de la petite cité voyaient revenir maintenant le riche M. Shakespeare, de plus en plus cossu, de plus en plus personnage important, gros propriétaire, avec une influence là-bas dans la grandVille, où il jouait devant la reine et fréquentait les plus nobles : on en disait merveilles. On venait le consulter dans les cas difficiles, requérir son appui; comme pour Ronsard vieillissant, les familles sollicitaient l'honneur de l'avoir pour parrain d'un nouveau-né. Jovial, bon vivant, hospitalier, mais homme d'ordre et tenant bien ses comptes , il achetait cent sept acres d'excellente terre en 1602 et prenait à ferme les dîmes de Stratford en 1605, opération qui lui rapportait, en abondance > gains et procès^. Il n'entendait pas plaisanterie en
1. Le chapitre et autres autorités de l'église collégiale de Stratford avaient « demysed graunted, and to farme lett », en 1544, les dîmes de Stratford et quelques autres localités, pour quatre-vingt-douze ans. Il s'agissait, en 1605, d'acheter au détenteur d'alors une moitié de ses droits pour les années res-
affaires, et ses débiteurs apprenaient sans plaisir la nouvelle de ses visites au pays.
Dans la capitale, ses profits et sa renommée littéraire allaient croissant; son théâtre, le Globe, était le plus populaire de tous; à l'avènement de Jacques I"", ses camarades et lui recevaient le titre de Comédiens du Roi; la troupe jouait à la Cour bien plus souvent encore que du temps d'Elisabeth. La compagnie fut mandée onze fois à Whitehall dans l'hiver de 1604-5, et représenta, entre autres pièces, Othello. Quand Jacques I" donna à l'électeur Frédéric sa fille qui devait être la tige des rois actuels d'Angleterre, sept pièces de Shakespeare furent jouées au cours des fêtes'.
Influence du milieu, tentations, goût personnel, ou part faite aux moins bons côtés de la nature humaine, il est certain que le fameux « Will » ne donnait pas, à Londres, l'exemple des vertus domestiques. Appartenant au monde des théâtres, il vivait à la manière usuelle de ce monde, en comédien fortuné et en vue; il n'était pas homme à dédaigner les faveurs de ces bourgeoises à qui, comme on sait, le théâtre et les acteurs tournaient facilement la tète; et il n'était retenu par la présence ni d'épouse ni d'enfants. Pourquoi ne les fit-il jamais venir à Londres, laissant grandir loin de lui ses filles, mourir son fils, vieillir colle qui s'était donnée à lui dans sa jeunesse? « Il ne faut pas oublier, répond un biographe moderne, que les occupations de Shakespeare lui enlevaient jusqu'à la possibilité de rien qui ressemblât k la vie de ménage'^ ». Influence de l'ido-
lanl à courir. Shakespeare, qualifié de « generosus w dans l'acte de ce&sion, se pdrla acquéreur pour 440 livres st.
1. Mucli Ado. Teiiipest, Winler's Taie, Memj }yives, Ot/ielto, C«sar , 1 Henry IV (rétes de mai 1613).