‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 192 sur 290 · Wlien to (lie sessions of sweet silent tliought · texte numérisé non relu

Wlien to (lie sessions of sweet silent tliought

I sumnion up rerncmbrancc uf tliirigs past... (XXX.)

Weary of m> loll, i liaste me lo my bed. (XXIl.)

PERIODE SOMBRE DE LA MATURITE. Go7

Pendant les huit ou dix premières années du nouveau siècle, Shakespeare demeure à l'apogée de son génie; mais ses dispositions joyeuses vont s'éteignant. Les incomparables drames de cette période sont pénétrés de tristesse; ils semblent l'œuvre d'un désabusé, qui regarde avec mélancolie ses croyances brisées, ses illusions tombées. Il se plait à peindre la liberté abolie, la vertu sombrant au milieu de malheurs pires que ceux réservés au vice, les gens de bien incapables de faire le bien : la force des circonstances en un monde mal organisé, ou un vice de leur propre volonté, entravent leurs efforts; la pierre qu'ils roulent, couverts de sueur, les nerfs tendus, et les mains en sang, retombe avec fracas, écrasant l'innocent sur sa route, l'être qu'ils ont aimé, la fleur qu'ils avaient respirée. Les ronces grandissent dans le jardin abandonne des Capulets.

Les héros des grands drames de cette époque, brûlés par leurs passions, rongés par leurs pensées, déchirés par les doutes, malades de cœur ou d'esprit, hésitent en présence des devoirs ou des tentations que la vie leur offre; et, s'étant décidés pour le bien ou pour le mal, s'en vont, les uns et les autres, du même pas, à la même effroyable catastrophe. Le monde est mal fait; sa gloire, sa beauté, sa justice sont autant de chimères.

Sur les terrasses d'Elseneiir, erre le Prince Hamleti,

1. Hamlet, Prince of Denmarli, ioué, sous une première forme, en 1601 ou 1G02; sous une deuxième, très remaniée, en 1603 ou 1604; 1"^° éd., 1603, donnant un très mauvais texte (sténographié peut-être à la représentation) de la première version. La forme définitive ne peut être reconstituée que par une comlùnaison de l'édition de 160i et de l'in-folio de 1023. Source : une pièce antérieure, par Kyd, croil-on, jouée en tous cas avec succès et dont les discours tragiques, à la Sénèquc, sont raillés par Nash dans sa pétulante

inSTOIKE LITTÉItAlKE. — T. II. '^2

jeune, beau, instruit, plein de bienveillance naturelle, créé pour vivre dans la vertu et répandre autour de lui le bonheur. Il répand la mort et l'infortune, précipite les innocents à Tabime, bourrelé lui-même et déchiré par l'idée du devoir à remplir autant qu'aucun criminel par le remords : la vie lui a infligé une ti\che à laquelle sa volonté ne peut suffire.

Macbeth* aussi est un rêveur; cet homme d'action, qui

épilre en lèle du Menapfion de Gieene, 1589. Tout le monde, dit Nasb, veut faire maintenant des pièces, même les ignorants sans la moindre latinité. Il est vrai qu'ils ont cette grande ressource, Séni^que traduit : « Yel Ën{;lisli Sencca read by candie lij^bt yeeldes many goo«I sentences, m Blmul is a betjgrr.aiiiil&o f<x)rlb : and if you iiilreate bim faire in a frustie mornin;:, b<Mvill aiïoord yoti wboie Hainlets, I shotiid say liandruil ottra^icall s|>eacbe$ m (édition .Xiber, |). 9). L'nlliision à la scène sur lu terrasse e.st évidente; elle prouvi', de plus, que Shakespeare dut trouver l'embryon des méditations d'IIainlet sur la mort, dans la vieille pièce, où elles étaient imitées de Seuèque. Bien que, dans Sbakespeare, l'imitation ne soit plus qu'au second degré, on en retrouve encore des traces frappantes. Comparer notamment le fameux monologue « to be or not to bc u et le chœur du deuxième acte des 'J'rnijeniics, .se. 3 :

... Dotli ail al ODCC together dyc?

And niay no part liis fatall liourc ilelay.

ilut witli tlic t>reatli tlie soiile troni henoc dolli Hic,

Aniid tlie eloudes to >anisli (|uile avayr

Troas, trad. par Jas|»er Heywood, 1559, sig. C iiij. Le Mirror for Magis^ traies avait, sans parler de Sénèque, familiarisé avec l'idée d*ombres revenant pour router leur passé.

L'histoire même (avec toutefois d'importantes différences) était très connue. Racontée en latin par le danois Saxo Grammatieus «douzième siècle), en italien par Randello. elle ligure en français parmi les Histoires traijiqurs de lielleforest.Onen a aussi des versions en prose anglaise et islandaise, a Rosencrantz» et « Guildcnslern u portent les noms de familles danoises illustre> au seizième siècle et qui subsistent encore. Shakespeare les trouva sans doute, dans lu pièce antérieure. L'envoyé anglais en Danemark traçant, (tour l'information deBurghIey, un tableau de la cour royale en l.'>88, enumère. d'ailleurs, parmi les |)rincipaux personnages : o Petrus Guldenstern de Tym, regni marescallus » et « Georgius Rusencrantz de Rosenbolrtie, magister palalii ». Kllis, (triijinnl Letters. 7' série, t. III, p. U3.

1. Macbeth, joué vers 160f.; l" éd.. l'in-folio de 162.«; source: Holinshed. L'interprétation donnée à un pa.ssage des notes de Forniao (qui assista à une représentation en 1611), et d'après laquelle Macbeth et Ranquo seraient ar-

gagne des batailles est, en réalité, un méditatif, un nerveux dont le sang se glace « à entendre un cri dans la nuit » ; il a l'imagination et la pensée ultra-promptes, mais la volonté lente et faible; c'est donc un déséquilibré. Le génie malfaisant qui conduit les choses humaines, au gré du Shakespeare de cette période, donne à Macbeth pour le crime, ce qu'il avait refusé à Hamlet pour son œuvre de justice : une volonté extérieure à lui-même qui décidera à sa place, empoisonnera ce qui lui reste du « lait de l'humaine bonté », dominera ses nerfs et fera mouvoir ses muscles. Les sorcières l'ont ébranlé, mais non décidé : « Nous n'irons pas plus loin dans cette affaire... nous en reparlerons; si nous alUons échouer »? Sa femme l'oblige à vouloir. Et c'est désormais la course à l'abîme, au milieu des terreurs et des remords : « Macbeth ne dormira plus » ! Les fatalités de la vie se trouvent avoir placé à côté de l'homme que sollicite le crime une lady Macbeth, et à côté de l'homme que sollicite le devoir, une Ophélie.

Le modèle de la grAce et de la vertu féminine, reine dans le groupe radieux des femmes créées par le génie de Shakespeare, douée de toute vertu et de toute beauté, être

rivés sur le théâtre à cheval est inadmissible. Le passage n'a aucunement ce sens et la disposition de la scène ne permettait guère une telle exhibition. Hallivvell-Pliiilipps, du reste, un des commentateurs qui adoptent cette idée, dit, dans ses OuUines, à un endroit, que les deux personnages arrivaient « on horseback », et à un autre qu'ils se présentaient montés « most probabiy on hobby-horses »! Ils étaient, en réalité, à pied, tout comme les cavaliers ([ue Shakespeare, dans Ilenrij V. s'excuse de montrer sans leurs chevaux :

Tlilnk, when we talk of horses, that you see them. (Chorus.)

L'avènement de Jacques 1"^ avait donné une sorte d'actualité au sujet : Banquo, ancêtre du roi, et les sorcières étaient volontiers introduits dans les compliments adressés au souverain. Ex.: discours en vers latins du docteur Gynne, en août 1G03 (Mchols, Progresses... of James I, t. I, p. 545).

La légende de la forêt en marche est fort ancienne et appartient à divers pays; on la retrouve dans l'histoire de Frédégonde. L'idée de la main qui ne peut se laver est dans Spenser, liv. Il, cliant vu.

naturel et vrai, et digne pourtant du bonheur sans mélange des contes de fées, la Desdémone d'Othello*, périt dans une catastrophe inévitable, honnie par l'époux qui la tue, un époux qui était la droiture, la confiance, l'honneur même et qui l'adorait.

A quoi bon la vie? D'où venons-nous, où allons-nous? Que signifient les grandes actions des illustres et les nobles vertus des saints? A quoi servent les sentiments les plus hauts et les plus pure des meilleurs d'entre nous : amour de pères à enfants et d'enfants à parents, sacrifices d'époux et d'épouses, tendresse, confiance, fidélité, désintéressement, courage? Les héros de cette période méditent sur ces probl«''mes; la poésie dont ils revotent leurs pensées est d'une beauté impérissable; mais tous arrivent aux mêmes conclusions désespérées : « La vie n'est qu'une ombre mobile, un pauvre acteur qui trépide et se trémousse pendant son heure sur la scrnc et, brusquement, ne se fait plus entendre; un conte d'idiot, plein de bruit et de violences, vide de sens ». C'est Macbeth qui parle ainsi. Disparaître... « aller nous ne savons où... gagner la contrée inconnue dont nul voyageur n'a jamais repassé la frontière... » C'est Claudio qui s'afflige; c'est Hamlet qn'étreint la pensée de l'éternelle mort. Les angoisses des Anglo- Saxons d'autrefois reparaissent; ce sont tellement les mêmes ([ue les paroles aussi sont presque les mêmes. ¥.n vain le moine Augustin est venu apporter la solution du pro-

1. Othello, t/ie Mnnr uf Veiiice, joué en 1604, 1" éd., 1622; sourre, la nouvelle 7, décade III, des HecalommiUii, de Giraldi Cinthio. On ne connaît aucune Iradurtion anglaise de ce récil antérieure à la pièce de Shakespeare. Peut-être quelque drame perdu lui fournit>il les éléments de sa donnée; sa connaiiisunrc de l'italien est très douteuse. I^ pièce lut jouée devant le roi à Whilieliall, le l" novembre V\o\. Le serrétaire d'un amabassadeur allemand note dans son journal, le .10 avril IGto : « S. E. alla au (Wobe, lieu ordinaire où l'on joue les commédies, y fut représenté l'histoire du More de Venise ». llalliwell-Phillip|)s, Outlines.

blême; les héros de Shakespeare sont aussi anxieux que le lointain ancêtre du septième siècle qui disait : « Telle est la vie des hommes; on la voit pour un peu de temps; mais ce qui l'a précédée et ce qui doit la suivre, nous l'ignorons' ».

Shakespeare se plait tant alors aux pensées sombres qu'il lui arrive de passer toute mesure ; ses personnages deviennent par trop grimaçants; les contrastes sont trop violents, les catastrophes trop effroyables; l'effort pour g-rossir les maux est apparent, et le poète risque de voir le spectateur se ressaisir, protester, crier à l'invraisemblance, en appeler à l'autre Shakespeare, mémorable aussi, et qu'il ne saurait avoir oublié. Tel est le cas pour le Roi Lear^, histoire tragique, en elle-même absurde, consacrée toutefois par les chroniqueurs et la tradition, ce qui en justifie amplement la mise au théâtre ; mais dont Shakespeare aggrave encore la donnée et assombrit la catastrophe, changeant en défaite la victoire du vieux souverain 3. Lear et le

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