‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 193 sur 290 · Supra, t. I, p · texte numérisé non relu

Supra, t. I, p

2. King Lear, joué à la cour, à Wliitehall, le 2V> décembre 1606, 1'"'^ éd., 1608 (deux éditions ceUe même année, différant beaucoup entre elles; l'infolio de 1623 donne une troisième version de la pièce). Sources: Holinshed et la vieille pièce, T/ie trtie chronicle Historij of Kiiuj Leir, 1603; pour l'histoire de Gloster. l'Arcadie de Sidney. Dans les anciens textes, Ihéroïne s'appelle Cordeill, Cordila, Cordoilla. Speiiser la nomma, le premier, Cordelia, mais il l'appelle aussi Cordeill. Selon Charles Lamb, la pièce est injouable, car on trouve « nothing in it but what is painful and disgusting »; aucun acteur ne pourrait tenir le rôle de Lear. 11 a été cependant rempli assez souvent avec éclat; je l'ai vu jouer en danois à Copenhague avec le plus grand succès, le rôle de Lear étant tenu admirablement par l'acteur Mantzius, docteur es lettres (1901). Le supplice de Gloster causait, il est vrai, presque chaque soir, dans la salle, quelque crise de nerfs ou évanouissement. Tous les changements de scène du texte étaient respectés sans aucune exception, par un procédé économique et parfaitement suffisant (changement de la toile de fond).

3. Rien ne marque mieux la tendance décidée vers le sombre qu'avait alors Shakespeare que cette grave et d ailleurs très dramatique modification d une donnée universellement admise et connue de tous, de son temps;

r»62 BIOGRAPHIE DK SHAKESPKARK.

concours d'hyperboles d'où il fait dépendre le partage de ses États entre ses trois filles (dont il avait eu vinirt ans pour étudier le caractère) ^, le supplice de (iloster qui hurle tandis qu'on l'attache à une chaise et qu'on lui arrache les yeux en notre présence (Cornwall en prend un dans sa main et l'écrase sous son talon) ; les maux endurés au milieu de la tempête; les fous, demi-fous, fous de naissance ou d'occasion ou par feinte, quatre fous ensemJde criant et gesticulant à la fois, chantant des romances sur la lande, au milieu d'une tourmente sans exemple (« Noie les coqs des clochers!.,, aplatis la rotondité de la terre! »), des déguisements sans nombre, une intrigue supplémentaire où un traître qui a lu Othello s'approprie, sans scrupule, les procédés de lago'; trois ou quatre cadavros amenés sur la scène : c'est trop, et malgré la grandeur lyrique de l'orage des passions et des éléments, notre bonne volonté s'écroule, notre confiance s'émousse dans le guide qui nous conduit à travers les noire replis de l'Ame humaine. Notre conscience se révolte; une part de ces ténèbres est factice,

lui qui con.^rve si souvenl des incidents très gênants pour la rnarclie de ses pièces, trouvés dans de vieilles nouvelles, fait de Lear un vaincu, qui meurt de ciia{;rin sous nos yeux, alors que le roi et ses alliés furent vainqueurs et qu'il mourut de sa belle mort, selon tous les écrivains sans exception, depuis Geoffrey de Monmoutli, Wace et Layamon, jusqu'au Mirror for Mftgisiratc.s, Spenser, Holinshed et l'auteur de la Trur chrnnicU... of king Leir. —

S<> to liis crowne slie liim reslor\l againe

In >»liicli lie dydc, inade ripe for deatli l>y cid,

dit Spenser, Faerie Queene, liv. II, ciiant x.

Page 1