‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 195 sur 290 · But I am wcaker llian .i woman's lear · texte numérisé non relu

But I am wcaker llian .i woman's lear

Tamcr tlian slce|t... I.ess valiant than tlie virgin in tlie night. (1-1.)

3. W. C. Haziilt dit que, « of course », Shakespeare se servit de Cliaucer {Shak. Libranj, t. 11). Rien, au contraire, ne le montre, il s'en faut: tant d'èléinçnts vraiment dramatiques et on pourrait dire shake8|>eariens se trouvent dans le poème et non dans la pièce que leur omission ne saurait s'expli)(uer que par l'ignorance de ce modèle : et c'est d'ailleurs l'interprétation la plus honorable.

tion, avaient donné le frisson à l'auditoire. Répétées ainsi et vulgarisées, elles affligent; la trouvaille merveilleuse devient procédé. Après Roméo, Troïlus parle du retour du matin au chant de l'alouette ; après Hamlet, il murmure : « Des mots, des mots!... »

Dans Pédclès\ qui n'est qu'en partie de Shakespeare, et dans Mesure pour Mesure^, l'âcreté de l'humaur, l'horreur et la bassesse des scènes représentées, la multiplicité des monstres grimaçants, glacent au lieu d'amuser : scènes de prison et de mauvais lieu, ignobles conversations entre prostituées, entremetteurs, bourreaux et valets de bourreaux, discussions entre l'exécuteur des hautes œuvres et un condamné qui refuse de se laisser pendre, atroce hypocrite punissant de mort les auteurs d'actes dont il se fait lui-même un passe-temps et qui s'en va, à la fin, heureux et pardonné; aucun personnage attachant, pas même Isabelle, novice de couvent au premier acte, duchesse à la fin, qui annonce à son frère le dernier supplice par une plai-

1. Pericles, prince of Tyre, joué vers 1608, 1" éd., 1609; source: une histoire très populaire qui se trouve dans les Gesta Romanoruin, dans la Confessio Amantis de Gower, dans divers textes anglais du seizième siècle, le Palterne of painefuU Adventures, de Twyne, par exemple, 1576. Gower qui sert de chueur, fait allusion à celle popularité, au début de la pièce :

It liatli been sung at festivals, On ember-eves and lioly aies ; And lords and ladies iii llieir lives Hâve l'ead it for restoratives.

La pièce fut écrite, croit-on, avec un, ou peut-être deux collaborateurs (Wilkinset W, Rovvley). Malgré ses invraisemblances et ses grossièretés, peulêlre à cause de ces défauts qui étaient alors un attrait pour le vulgaire, elle semble avoir eu grand succès. Sur la filiation et diverses versions de la donnée, voir A. H. Smyth, Skahespenres Pericles and Apollonius ofTyre. Philadelphie, 18ii8, 8". Dowden mentionne l'hypothèse d'une pièce antérieure.

2. Measure for Mcnsurr, joué vers 1G03 et, en tous cas, à la cour, le 26 décembre 1604; l'" éd., rin-lolio de 1623; source : une jnèce de Whetstone, "fltp rifj/it excellent. .. Iiistorijc of J'romos and Cassandra, dédicace datée 29 juillet l.")78. Whetsione avait puisé sa donnée dans les HecatommUhi de Giraldi Ginthio, nouv. .'>, décade VIII; sujet très populaire.

m') BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.

sauterie, en faisant une pirouette; invraisemblables aventures et immense jeu de cache-cache remplissant les cinq actes de Périclès, avec une nouvelle raorl supposée... Des cauchemars de nuits de tempête remplacent maintenant les songes de nuits d'été.

Tout le théAtre de Shakespeare, à cette période, est assombri; même ses drames historiques se ressentent de cette disposition nouvelle de son liénie. Il abandonne Holiiished et l'histoire d'Angleterre (jui lui permettaient dégayer son auditoire avec Falstaff ou Pistol et <le l'enthousiasmer par ses tirades patriotiques. Plutarque remplace maintenant les chroniqueurs nationaux; il lui demande le récit des vies de César, de Coriolan, d'Antoine et en tire trois de ses chefs-d'œuvre. Kiendans le costume, les détails de mœure, ce qu'on a appelé la couleur locale n'est exact, mais la vérité humaine est intense; et sans rien savoir, sans recherches archéologiques, à mettre seulement en scène des êtres vivants, de chair et d'os, au lieu de Romains d'apparat, il s'est trouvé plus près de l'antiquité réelle que maints dramaturges et même pas mal d'historiens infîniment plus instruits.

Ici encore le héros méditatif a ses préférences; c'est un des traits marquants de cette période. Dans son Jules César^ ^ le sujet de la pièce n'est pas César, dont nous n'avons qu'une esquisse un peu caricaturale, crayonnée d'une main distraite^', mais Brutus, un pensif, qui pèse le pour et le contre, «< en guerre avec lui-même », dont la fouie

1. Julius C,Tsnr, joué probalileinent en ICiM Furnivall, Lee) : 1 JU8-9 (Crain ; 1" éd., l'in-folio de 1633; source. Plutarque, traduit en anglais par Norlli. d'après le texte français d'Ainyot : T/ie fivea of the noble Grecians and Homanes compared together, T'éd., l.">79; autres en iriQ"», 1603. 1612, etc. L'cxistetire de plusieurs pièces antérieures sur le même sujet est certaine el Stiakespeare les mit peut-être aussi à contribution.

■?. De rares paroles dignes du vrai César (associées par malheur à des ro-

PERIODE SOMBRE DE LA MATURITE. mi

respecte le caractère et ignore les idées. Jusque dans les moments de crise, il s'arrête pour songer, réfléchir, généraliser. Après la mort de César, il prend le temps de penser aux drames qu'on fera sur la catastrophe, comme Hamlet, revenant de son voyage sur mer pour tuer Claudius, s'arrête à généraliser à propos des facéties de Yorick. Cassius augmente le relief de cette figure par le contraste, ne voyant, lui, qu'un seul côté des choses et, par suite, toujours décidé. Il est vaniteux et ambitieux; égalitaire et démocrate, uniquement par jalousie : pourquoi celui-ci et pas moi? Qu'est-ce donc que ce César? est-il lait d'autre pâte que nous autres? Ce dieu, je l'ai vu trembler de fièvre; je l'ai entendu geindre comme « une fille malade » ; et c'est lui maintenant qui marche devant tous, « à la tête de ce monde majestueux » ! Comme Macbeth, Brutus a, près de lui et en dehors de lui, une volonté qui supplée à la sienne; il ne s'en doute pas; il continue à peser, méditer, comparer; les incertitudes le déchirent; il perd le sommeil : atroces et inutiles peines; le problème est tout résolu d'avance pour lui, par Cassius, sur qui il ne peut rien. Rarement le génie de Shakespeare l'a mieux servi ; il distribue la vie à flots ; ses personnages sont distincts, saillants, d'un profil net, jouant leur rôle en pleine lumière, sans obscurité ni invraisemblance; c'est là du plus grand art.

Dans cette pièce, comme dans Coriolan^, un des personnages, si l'on peut ainsi parler, le plus minutieusement dessiné, est le peuple. Shakespeare, ([ui est de son temps et

domontades dignes des héros de Dryden), celle-ci, par exemple, lirée de Plutarque, mais rendue plus saisissante :

Cowards die many tinics before llieir deaths; The valiant^ never taste of dealh but once. (II-3.)

1. C oriolanus, ioué vers 1607-8; l"éd., lin-fol. de 1623; source, Plutarque, suivi de très près; les termes mêmes de la traduction de North se retrouvent dans plusieurs passages de la pièce.

6<*.8 BIOC.HAPIIIK DK SHAKKSPKAHF:.

non du nôtre, ce qu'il ne faut pas oublior, n'a pour le peuple aucune tendresse; il met une complaisance extrême A. dépeindre ses exigences, sa crédulité, son ignorance, ses accès de férocité irrésistibles mais peu durables, ses contradictions, ses violentes exagérations, enfin tout ce que l'histoire lui a jamais reproché. Et comme l'histoire se répète et que la connaissance qu'avait Shakespeare du cœur humain était merveilleuse, il semble parfois deviner des traits alors inconnus et que de récentes recherches ont découverts dans le passé ; ou d'autres fois décrire d'avance les incidents les plus tragiques des récentes révolutions*. Sur ce point, d'un bout à l'autre de sa carrière, Shakespeare n'a pas changé; ses mépris sont restés les mêmes; lo peuple qui suit Jack Cade dans Henri VI est le même que celui qui. maintenant, applaudit Brutus et Antoine, exile Coriolan et proclame Laerte roi pour le consoler de la mort de son père tué par Hamlet. Un discours de Cade enthousiasme le populaire pour la liberté; un discours de ClilTord l'enthousiasme pour le roi. La même scène est reprise, et tout le monde sait avec quel art, quelle éloquence, quelle sanglante ironie dans Jules César. Brutus justifie la mort de César. L'intérêt supérieur de la liberté l'exigeait : « Est-il ici personne d'assez bas pour souhaiter vivre en servitude?... S'il en est un, qu'il parle, car, lui, je l'ai offensé. Je m'arrête, attendant les réponses ». Le peuple est pénétré d'admiration et de reconnaissance; son amour pour Brutus et pour la liberté déborde; des cris s'élèvent : « Que Brutus soit fait César » I Puis c'est l'insinuante harangue d'Antoine, en style onduleux; il ne veut blAmer personne, il a

I. l)«ni\ IcU's ti aiislocrales qii on vient di* Irancher soiil apportées sur la «cène et les révolutionnaires les font s'embrasser (2 Henry VI, IV-7). Les triumvirs dressent leurs listes de proscription et. dé* la premiiTC minute, sont au moment de se |)roscrire Tun l'autre- {Juliux Cxsar, lV-1.)

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cependant quelques doutes sur la justice de l'acte ; il excite la pitié des auditeurs en pleurant devant eux, puis leur intérêt en parlant du testament de César, qu'il hésite beaucoup à lire; il le lit enfin. Le peuple ne peut plus se consoler de la mort de ce grand homme. Des cris s'élèvent : (( Allons brûler la maison de Brutus... cassons les bancs, les fenêtres, n importe quoi ».'

L'étude est poussée davantage encore, et toujours dans le même sens pessimiste, avec Coriolan. La pièce n'a que deux personnages d'importance, Coriolan et le peuple. Jamais Shakespeare n'a mis plus de soin à peindre la multitude et mieux manifesté son sentiment pour elle. Car il a son Plutarque sous les yeux ; il le suit ligne par ligne, mais tous les traits du tableau qu'il imite sont, l'un après l'autre, renforcés et poussés au sombre. Par divination de psychologue, il fait tomber la foule dans des inconséquences, commettre des crimes, les pleurer et réagir tout comme elle fit en des crises dont le poète ne pouvait s'inspirer puisqu'elles ne survinrent que deux cents ans plus tard. Il ne veut voir toutefois que les pires côtés. Chacun des éléments d'où sortiront les futures Terreurs, mais non pas l'héroïque défense de la patrie, sont ici, dès les premières pages, et la phraséologie même est toute pareille :

— « Êtes-vous tous résolus à mourir, plutôt que d'endurer la famine?

— Tous, tous!

— Eh bien, sachez d'abord que Caius Marcius (Coriolan) est le principal ennemi du peuple.

— C'est sur, c'est sûr!

— Allons le tuer, et le blé sera alors au prix que nous voudrons ».

Coriolan a juste les défauts qui conviennent pour exaspérer le populaire : il est démesurément fier et dédaigneux.

Rien ne marque mieux le degré de son orgueil que l'impossibilité pour lui de supporter aucune louange : je n'ai rien fait, n'en parlons pas; cela n'en vaut pas la peine; — semblant de modestie qui est le contraire de la modestie; nul éloge ne saurait atteindre et flatter un orgueil placé si haut. Il a cependant sauvé la république par une éclafante victoire, et il faut bien le récompenser. Les comices voteront sa nomination de consul, et Shakespeare se complaît à montrer maintenant la foule aussi sotte et vaniteuse qu'elle était tout à l'heure féroce. Le peuple est enchanté que, de ses voix, dépende le sort d'un personnage si considérable; il votera, mais se sait beaucoup de gré d'en avoir la bonté. Il faut que Coriolan paye cette faveur; la foule n'aime pas être traitée en foule; le candidat devra faire la cour à chaque électeur séparément. On pense s'il y est disposé : « J'aimerais mieux être leur domestique d'après mes idées que leur roi d'après les leurs »; et quant au suffrage universel, il n'a pas assez de mépris pour un système « où noblesse, titres, sagesse ne peuvent rien faire que d'après le oui ou le non de l'ignorance générale ». Mais il faut J)ien plier; on le presse de se calmer, de consentir au nécessaire; ce n'est qu'un mauvais moment à passer, et le voilà qui s'exerce : « Que faudra-t-il dire? — Je vous en prie, monsieur... Au diable! jamais ma langue ne pourra prendre ce ton. — Regardez, monsieur, voici mes blessures... Je les ai reçues au service de mon pays, quand certains de vos frères huilaient de peur et se sauvaient au bruit de nos propres tambours ».

Les tribuns du [»euple, qui sinquiétent à 1 idée d'un despotisme militaire, ont beau jeu. Ils arrivent avec leure grands mots, les mots habituels : « Il a parlé en traître et mérite le sort des traîtres... La trahison est manifeste... C'est un ennemi du bien public...

Coj'iolan. — Attends un peu, vieille chèvre... »

Ménénius conseille des atermoiements, mais il est suspect de modération. « Toute cette modération, qui semble faite de prudence, dit un des tribuns, agit en réalité comme poison, quand le mal est aigu ». Et les excitateurs du peuple continuent leur rôle, enflant leur langage, refusant maintenant, avec une logique de discours public, une mise en jugement régulière : <( Où est cette vipère qui voulait dépeupler la cité et être tout à lui seul?,.. Il a résisté aux lois et, en conséquence, la loi lui refusera tout autre jugement que l'arrêt de ce pouvoir public qu'il a foulé aux pieds ». il faut la mort immédiate, sans plus de bavardage : « Il mourra ce soir... Amputons ce membre gangrené... Plus de discours, et gare que son mal, étant de nature infectieuse, ne se répande »! On l'exile, c'est toujours autant; le peuple est dans la joie : « He is gone, hoo ! hoo !» — Il revient avec les Volsques: les tribuns nient longtemps la nouvelle et emprisonnent le messager comme propagateur de bruits séditieux. Le peuple est dans la consternation; personne n avoue plus avoir voté l'exil.

Pas un trait favorable ne vient relever ce sombre tableau des vanités et férocités populaires; pas même la vaillance aux armées et la défense de la frontière contre l'ennemi étranger; le don du poète est ici en défaut et cette constante sévérité montre le parti-pris^.

Avec Antoine et Cléopâtre^, recommence l'étude des maladies de la volonté, chère au Shakespeare de cette période; Antoine complète la série à laquelle appartiennent

1. Ce que manifestent encore, parmi les traits de nature, d'autres traits |)assant la limite et qui poussent le portrait à la caricature : «■ And thougli y\e willingly consenled to his banishment, yet it was against our will ». Ill-'i.

2. Antonij and Cleopatra, joué vers lfi06-7, inscrit aux « Stationers llegislers » en 1608, en vue d'une publication que la troupe parvint à empêcher; 1" éd., l'in-folio de 1623; source: le Plularque de Norlli.

672 HIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE.

Hamiet, Macbeth, Lear (faiblesse et violences de vieillard), et même Brulus (hésitations de penseur consciencieux). Antoine a été merveilleusement doué par la nature : vaillant, beau, inteUigent, plein de ressources, jouissant, en outre, d'une volonté saine et forte. Il n'était pas, comme Hamiet, doté à sa naissance d'un vouloir médiocre, tout juste suffisant pour les tâches ordinaires des vies communes et qu'un grand fardeau inattendu briserait. In autre agent de destruction opère chez lui. Il est sensuel et ne peut résister à Tattrait du plaisir; une lente et continuelle dégradation du corps, des nerfs et de la volonté se fait en lui. « Ce grand cœur qui, dans le tumulte des batailles, s'enilait à faire sauter les boucles de son armure, s'est aifadi et n'est plus qu'un soufflet, un éventail à rafraîchir les ardeurs d'une gitane ». L'intelligence demeure lucide, comme chez llamlet; il voit, avec une douloureuse netteté, sa faiblesse grandissante et sa honte; il s'épuise en soubresauts violents et courts pour rompre sa chaîne, et il retombe plus bas à chaque fois, gardant présents, pour augmenter sa peine, le souvenir de ce qu'il fut et le sens de l'abjection oi\ il a glissé. La pièce n'est que l'histoire de ses vaines tentatives'. Les nerfs n'obéissent plus; il pleure facilement; il prend soudainement des résolutions contraires; il radote; un sortilège inguérisable l'attache à son « serpent du vieux Nil ». Ses égaux dominent le monde, et lui se contente de posséder Cléopàtre.

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