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Sonnet lxxi

3. C'est du moins la tradition. Elle ne porte aucun nom, mais seulement des vers pouvant se rapporter à n'importe qui et dont on ne connaît pas l'auteur; sa place est assez singulière, ne se trouvant ni au milieu du chœur, ni près du mur où devait être érigé le cénotaphe.

le médecin, entourent sa sépulture ^ Sur le même mur, à cinq pieds de terre, a été fixé, peu après sa mort, un cénotaphe de pierre et de marbre, peint et doré, surmonté de deux anges et d'un blason, tel enfin qu'il convenait pour un homme riche et d'importance comme le défunt. Dans la niche centrale, encadrée de colonnes, une statue de pierre coloriée représente le poète à mi-corps, vu de face, écrivant, les mains posées sur un coussin vert et rouge. C'est, avec la gravure mise en tête de l'édition in-folio de ses œuvres, publiée en 1623, le seul portrait authentique du grand dramaturge-. La gravure, exécutée probablement d'après une peinture plus ancienne 3, représente le poète plus jeune et plus maigre; le buste figure l'homme des dernières années, alourdi, les joues pleines, le cou large et court. Dans les deux portraits, les yeux sont grands et le regard direct, les moustaches sont retroussées, les joues rasées; le front est d'une remarquable hauteur, surtout dans la gravure ; des boucles brunes ombragent les oreil-

1. La femme de Shakespeare mourut sept ans après lui en 1623; son gendre, John Hall, en 1635; sa fille Susanne, en 16'i9. Son autre fille Judith Quiney, qui avait eu trois (ils décédés avant elle, mourut, aussi à Stratford, en 166[2]. Elisabeth Hall, petito-lille du poète, qui mourut lady Barnard en 161^70], ne laissa pas d'enfants; la maison de Henicy street (dite la Birth place) passa alors à Thomas Hart, petil-fils de Jeanne, sœur du poète, et demeura dans la famille jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle. On a vu plus haut ce quelle est devenue. « New Place » fut ras«*e au niveau du sol au dix-huiticine siècle; les fondations seules subsistent, garanties par un grillade contre l'indiscrétion des amateurs de reliques.

2. lA gravure est l'u'uvre du Flamand Martin Droesliout (&'^é de vin^t-deux ans quand elle parut). Le tombeau est du à Gérard Janssen, Hollandais, fixé à Southwark; une allusion, dans une des pièces liminaires de l'in-folio de 1623, montre que le monument existait à cette date. Deux vers latins gravent audessous du buste, et dont l'auteur tenait évidemment pour les classiques, attribuent au poète, en un étrange assemblage, la sagesse de Nestor, le génie de Sof.rate et l'art de Virgile. Aucun dos deux portraits n'a, au point de rue de l'art, le moindre mérite.

3. Et qu'on croit même avoir retrouvé. M. Sidney Lee en donne une reproduction ; frontispice de sa Life.

les, mais le haut du crâne est entièrement dégarni. Une si parfaite calvitie ne peut être obtenue en un jour, et celle de Shakespeare commença probablement de bonne heure ; le facétieux éloge qu'il fait de cette petite infirmité dans la Comédie d'Erreurs est bien ce qu'on pourrait attendre d'un écrivain au front prématurément dépouillé : être entièrement velu, « est une bénédiction que le Temps réserve aux bêtes; ce qu'il retire aux hommes, en fait de cheveux, il le leur compense en fait d'esprit ». Les chauves ont encore beaucoup d'autres agréments : n'ayant pas de cheveux, « ils n'en laissent pas tomber dans leur potage » ; ils font des économies de barbier, etc.

Sur la pierre tombale du poète, une malédiction qui a retenu jusqu'ici les plus audacieux est inscrite à l'adresse de quiconque oserait troubler le repos de sa cendre. Il dort ainsi dans sa petite ville , sous la nef qui lui était familière, près de la rivière aimée, non loin des champs où il se plaisait à voir, aux premiers jours de printemps, les narcisses ouvrir leurs corolles « avant même que l'hirondelle n'ose reparaître ».

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