Itinerarium, Nuremberg, 1612, p
bien qu'ils semblent des infusoires. Côte à côte iront les Imog-ènes ou les Mirandas, d'une douceur, et les Cloten ou les Caliban, d'une méchanceté, également surhumaines. « Harlot » , « bawd » et « clown » seront pires que la pire réalité. En face d'un Prince Henri, mince comme un sylphe, se dresse un Hotspur fort comme un chêne et, pour l'effet, contrairement à l'histoire, le sylphe abattra le chêne ^. Tous les enfants destinés à une fin tragique, enchantent d'abord le spectateur par leurs grâces mutines et font mieux ressortir ainsi la noirceur des traîtres et des bourreaux 2, A une Hélène toute blanche, est opposé un Bertram si sombre que Boccace ne le reconnaîtrait pas. Ce cas est caractéristique, car l'avilissement est voulu; Shakespeare, si fidèle d'ordinaire aux données qu'il adopte, fait exception ici; il afi'uble Bertram de trahisons et de crimes de son invention, afin que le contraste soit plus violent : le blanc éclatant opposé au noir absolu 3. Et le contraste est, en effet, si fort qu'il nous laisse inquiets sur la façon dont se fera, une fois la pièce finie et nos gens mariés, « la concorde de cette discorde » ; mais ce point a, pour le poète, moins d'importance, et le principal c'est précisément le contraste, Imogène étant toute innocence tend , d'elle-même , le cou à l'assassin : « L'agneau réclame son supplice du boucher ». Quand tous les cœurs vont à elle, sa vertu étant reconnue^ elle reçoit encore
t. « You starveling, you elf skin... you tailor s yard, you sheatb », dit Falstaff. 1 Henry IV, 11-4. A la bataille de Shrewsbury, Shakespeare fait tuer Hotspur et mettre Douglas eu fuite par le jeune prince; les deux exploits sont de son invention. V-4.