And I do know
A many Tools, lliat stand in bettcr place, Carniali'd like him, tliat for a (ricksy word Defy the mattcr. {Merchant, ni-5).
« llow every fool can play upon the wonl », dit-il encore {ibid.).
4. « If Ihis were playcd upon a stage now, I coiild condemn it as an improbable fiction ». rirelftfi Nighl, 1II-4.
5. Hainlet aux acteurs : n Now Ibis, overdone, or corne lardy off, though it make the unskilfui laugh, cannot but inake tbe judicious grieve; the censure of which one, niust, in your aliowance, o'erweigh a whoie théâtre cf otbers >•. ni-2.
Shakespeare suit ce guide, et parfois le devance ; connaissant ses désirs, il les prévient ; il monte plus haut que ne rêvait son spectateur, lui exhibe plus abject qu'il n'avait jamais vu, massacre plus de monde que dans les tueries trop réelles du moyen âge et de la Renaissance, ajoutant parfois, à la fin de ses drames, des morts supplémentaires, complètement inutiles à la pièce, ou bien la nouvelle du trépas de personnages disparus de la scène depuis longtemps et qu'on avait oubliés : cela pour faire nombre et orner.
Il profite aussi de tous les avantages que son public lui laisse. Il n'est pas moins indifférent que ses spectateurs aux dates, à la géographie et aux réalités historiques. Une lui arrive guère de corriger une erreur,- fut-elle énorme, trouvée dans la misérable brochure où il puise sa donnée; il lui arrive assez souvent d'en ajouter par distraction, par insouciance ou pour avoir mal lu. Bon nombre d'incohérences sont dues à la rapidité de composition. A un endroit, Hamlet est un étudiant, mince, élégant, tout jeune; à un autre, il a trente ans, il est gras et il a la respiration courte. Le fidèle Adam, qui joue un rôle important au début de Comme il vous plaira est oublié dans la conclusion. Viola décide de se présenter à la cour en eunuque et il n'est plus question de cette particularité dans tout le reste de la Nicit des Rois. Autolycus change d'habits avec Florizel et se trouve vêtu en « courtisan de marque » : mais Florizel à ce moment-là était lui-même vêtu en berger : dormitat Wilhelmus.
Dans quelques cas très rares, les erreurs historiques sont volontaires et introduites pour augmenter le pittoresque : ainsi Shakespeare emprunte à Holinshed les traits dont il compose son assassinat de Duncan par Macbeth ; et dans Holinshed, il ne s'agissait pas de la mort de Duncan, mais de celle de Duff tué par Donwald. L'histoire merveilleuse de
l'armée romaine, arrêtée et battue, grâce à trois paysans, est tirée du même chroniqueur; mais, dans Holinshed, il s'agit d'une bataille entre Écossais et Danois et non, comme dans Cymbeliîie, entre Bretons et Romains : la transposition est voulue. D'habitude, toutefois, les erreurs, même dans l'histoire d'Angleterre, et la plus connue, sont l'etl'et de simples distractions, d'une lecture trop rapide ou de l'adoption, sans y regarder, de faits énoncés dans la vieille pièce prise pour canevas. Un dramaturge de bas étage ayant associé le vaillant chevalier sir John Oldcastle, aux joyeux drilles, compagnons du futur Henri V, Shakespeare, suivant son usage, accepta le fait, sans discuter, ni vérifier, et poussa le portrait à l'extrême, dans le même sens, pour l'amusement de tous les siècles. Il fallut une protestation de la famille pour que le nom d'Oldcastle fût supprimé et remplacé, avec une excuse dans l'épilogue, par le nom à jamais célèbre de Falstaff ^ Dans le Roi Jean, les scènes se suivent d'après une chronologie peu ordinaire'; à un moment, on est en 1202, à la scène suivante en 1212, puis on se retrouve en 1202, et enfin en 1200. Dans une seule scène, sont réunis des événements de 1201, 1204 et
1. « Oldcastle died a martyr, and this is not tbc man ». Epilogue de 2 Henry IV. L'auteur des Famous rictories of Henry tlir fifth, 1598 (qui lournit à Shakespeare son canevas), avait représenté Oldcastle comme l'un des compagnons dissolus du Prince-, mais l'esquisse est des plus légères. Le futur roi disant que, si son père mourait, tous seraient rois, Oldcastle réplique : « Hec is a good olde man, God take liim to his mercy tlie sooner >i;ce qui n'est |>as très méchant. On comprend que la famille, qui avait laissé passer, probablement sans plaisir, ce croquis peu flatteur, ait protesté quand Shakespeare eut fait du jtersonnage un portrait plein de vie, très poussé, applaudi de tous, mais fort choquant pour des descendants. Le nom fut changé ; mai.s, par suite d'une distraction, il en demeure une trace. A un moment, dans la pièce de Shakespeare, le Prince appelle encore Faistaflfn my old lad ofthe Castle. », 1 Henry IV, 1-2. Le personnage ayant été ]>opulaire dès la première heure, il est cité plusieurs fois, sous son ancien nom. dans la littérature de la période, bien après que Shakespeare l'eût rebaptisé (en 1618, par ex.; Toir Centurie uf Prayse, p. 65).
1212. Le duc d'Autriche, qui joue un rôle dans la pièce, était mort longtemps avant la date où elle commence ; mais Shakespeare l'avait trouvé dans le vieux drame qu'il suivait et lui maintint son rôle, de même qu'il conserva et même accrut l'artillerie prématurée des rois de France et d'Angleterre. Dans Richard H ei Henri IV, des enfants de huit et dix ans figurent en femme faite et en guerrier redoutable. Dans Henri VI, Jeanne d'Arc s'empare de Rouen. Dans Richard II, la croisade de Bolingbroke est distraitement attribuée à Norfolk son ennemi, qui meurt en outre dans la pièce beaucoup plus tôt que dans l'histoire. Dans Richard III, le duc de Glarence meurt sept ans trop tôt : Shakespeare n'était pas plus éloigné de la date de cet événement que nous de la Révolution.
Même insouciance pour tout ce qui concerne la « couleur locale »; les progrès, depuis le moyen âge, sont nuls; l'indifférence du poète est absolue; des Français, des Hollandais, des Italiens se traitent de « signor » et de « monsieur » dans Cymbeline , qui se passe quatre cents ans avant que les Francs ne vinssent en Gaule. Dans Hatnlet, l'usurpateur danois appelle sa garde suisse : « Où sont mes Suisses »? Les Romains de Shakespeare, ses Grecs et ses Troyens jouent aux cartes, à la toupie et au billard, rompent des lances pour l'honneur des dames, cornent les pages de leurs livres pour se rappeler où ils en sont, brandissent leur « cimeterre », citent Galien six siècles avant sa naissance, meurent sur la roue, portent des hauts de chausse, des robes de chambre et des bonnets de nuit, disent les grâces à leurs repas et se menacent de leur pistolet. Dans le Conte d'Hiver, le héros consulte l'oracle de Delphes, en un temps où on brûlait les hérétiques, où un roi de Sicile épousait la fille de l'empereur de Russie, où les puritains chantaient du nez et où Jules Romain se rendait célèbre
en peignant à l'huile des statues de pierre : comme on peignait, à Londres, les statues des tombeaux du temps de Shakespeare ; comme sa propre statue devait être peinte un jour dans l'église de la Trinité à Stratford. Dans le Hoi Lear, les Bretons, d'avant Jésiis-Christ, jouent aux cartes, portent des lunettes, plantent des coqs sur leurs clochers et se battent contre des Français qui ont un maréchal, « monsieur Le Fer ».
Même insouciance en fait de géographie. C'est pour Shakespeare une règle générale que toutes les villes lointaines sont au bord de la mer. Passe pour la Bohème de fantaisie, du Conle d'Hiver; mais les cités les plus connues, Rome, Padoue, Mantoue, Vérone, Florence, Milan sont aussi au bord de la mer. Pour faire leur voyage, de Vérone à Milan, ses pei-sonnages attendent la marée ' ; Mantoue est au nord de Milan ; Padoue est en Lombardie ; de Padoue à Pise, la voie usuelle est la voie de mer*. Pour aller de Roussillon à « Saint-Jacques le Grand », c'esl-à-dire Saint-Jacques de Compostelle, Hélène passe par Florence, port d'embarquement pour ce pèlerinage -^ Dans la forêt des Ardennes, en France, poussent des palmiers et des oliviers sous lesquels se battent des lions et des serpents^. Delphes est dans une île-'. Uniquement intéressé par le jeu des idées et des
1. a The tido is now », Tuo Gentlemen, iI-2. « Away, ass, you will los6 Ihe tide », ibid. II-3.