Tnming, M, IV
.1. Widow. God Mve you Pilgrim ! Whither are yon bouod? Helena. To St. Jacques le Grand.
Wherc do thc palmers lodge, I beseech you? Widoto. At llie saint Francis iiere. I>eside Ihe port...
You came I tliink from France?
Helena. I did so. {All.n tcell, Ul-X)
Gomme noccace, Paynter que suit Shakespeare, avait parlé d'un |télerinage; mais la mention de Saint Jacques est une addition du dramaturge.
i. As //ou like it, 111-2, h; IV-3.
.'». « Forlile the isie ». Winter's Ta/e, IIM (conrusion à ce qu'il semble, de « Delphes u avec Deios).
passions, pressé d'écrire, ayant peu étudié et pas du tout voyagé, Shakespeare n'eût pas étendu la main pour prendre sur un rayon une carte ou une chronique, afin d'éclaircir un doute quelconque sur la position d'une ville ou la date d'une mort ou d'une bataille.
Les invraisemblances étaient, on l'a vu, des moyens de plaire. Shakespeare y recourt souvent, à tel point même qu'il lui arrive de craindre que la mesure ne soit passée : « Une telle quantité de merveilles vient d'êtrç découverte en moins d'une heure, que les rimeurs de ballades n'abondent pas à les conter ^ ». Mais c'est là un scrupule tout à fait exceptionnel et, sur ce point, il faut dire, pour sa défense, non seulement que son public l'encourag-eait, mais que les réalités, si l'on peut ainsi parler, faisaient de même. A le bien prendre, les vies réelles les plus ordinaires sont, en tous temps, pleines d'invraisemblances; deux frères, deux époux, deux amants, tendrement unis, viennent à s^ exécrer, et pourquoi? Pour rien, pour si peu qu'on ne le peut croire; c'est l'invraisemblance et c'est le vrai à la fois. D'autre part, au temps de Shakespeare, les grands événements publics, aux conséquences lointaines, se produisaient avec une brusquerie et étaient d'une invraisemblance à justifier au théâtre toutes les hardiesses. Il en était ainsi par tous pays, mais particulièrement en Angleterre, où les étrangers de passage en faisaient la remarque : « Maintenant, écrit l'un d'eux en 1558, [les Anglais] aimeront un prince ; tournez la main, ils le voudront tuer et crucifier ^ ». Sous les noms d'Oxford et de Knyvet, les Montaigus et les Capulets se battaient et se tuaient du temps de Shakespeare, et la reine Elisabeth devait jouer entre eux le rôle du duc de Vérone.
t. Winter's Taie, W -2.
2. Perlin, Description des Royaulmes d'Angleterre et d'Ecosse, Paris,
Sous le nom de Bothwell, Macbeth criait à la trahison devant le corps de sa propre victime; sous le nom du même Bothwell, Claudius épousait la veuve du premier Hamiet, tué par lui. S'étonnera-t-on de la brusque mise en accusation d'Hermione dans le Conte d'Hiver? On ne s'en étonnait pas à Londres où Ton n'avait pu oublier le procès et l'exécution d'Anne Boleyn, mère de la reine. Et les héroïnes déguisées en pages, les maîtres déguisés en valets?... Mais Marie Stuart s'était déguisée en page; Melville avait failli persuader à Elisabeth d'en faire autant; Jacques V avait visité la France se donnant pour l'écuyer de son favori Joiin Tennant. Les fausses lettres et les faux cachets dont se sert Hamlet pour faire périr ses compagnons de voyage, étaient un des moyens de gouvernement de l'époque, employés môme avec tant d'art qu'on n'a pu se mettre d'accord jusqu'aujourd'hui sur ce qui est vrai ou sur ce qui est faux dans les fameuses « casket letters ». On croyait aux sorciers, car on continuait d'en brûler, aux revenants et aux apparitions. Le grand savant, le grand empirique de l'époque, Bacon mentionne des apparitions comme faits avérés. Dans un accès de fureur, Ilamlet, à moitié fou, voyant remuer la tapisserie, la traverse de sonépée, pour tuer quiconque était derrière. Sait-on quel précédent réel Shakespeare eiU pu citer? Celui-ci : « L'équanimité de sa Hautesse (la reine Elisabeth) a complètement disparu. Elle marche beaucoup dans sa chambre, frappe du pied aux mauvaises nouvelles, et, dans ses accès de fureur, passe son épée rouillée au travers de la tapisserie... Les dangers qui la menaçiient ont disparu, et néanmoins elle garde toujours une épée sur sa table ». La rébellion d'Essex venait d'être étouffée-et le favori, mis à mort*.
1. Lettre de sir John Harington à sir Hugh Porlman, 9 octobre 1601 {yugx Antiqu,t, 1804, t. I, p. 318).
Au théâtre, selon Boileau, quand le vrai n'est pas vraisemblable, le dramaturge doit en expliquer le mystère et ne pas laisser le spectateur en face d'événements incompréhensibles et, en apparence, incohérents. Chez nous autres logiciens, cette règle a été admise sans conteste. Shakespeare, s'il l'avait connue, ne l'aurait même pas discutée : pourquoi s'embarrasser de ces justifications puisqu'on peut réussir et plaire sans elles? La seule obligation, à Londres, est de se faire comprendre, et c'est déjà assez difficile avec un public bruyant et mêlé; justifier est oiseux, surtout s'il s'agit de personnages historiques ou à peu près; les auditeurs n'ont le droit de rien dire ; on leur répondrait : c'est de l'histoire. Et la figure du roi Jean tourne sur son pivot, roi patriote et héros national , puis brusquement lâche assassin et traître aux intérêts de son pays. Le changement , il est vrai, serait autrement nuancé s'il s'agissait d'Othello qui n'appartient pas à l'histoire. Boileau, du reste, n'a-t-il pas dit, pour justifier sa règle :
L'esprit n'est point ému de ce qu'il ne croit pas?
Eh bien, pensaient les dramaturges de Londres, notre public, ne demande pas plus que nous ne lui ofl'rons. Il est ému et il croit.
Plaire est la seule règle. Le grand dramaturge la suit en toutes ses conséquences, les meilleures et les pires. Ses morceaux lyriques, ses profondes remarques inspirées par un génie divin, ses pensées dont plusieurs seront retrouvées plus tard par notre Pascal et exprimées presque dans les mêmes termes^, cette connaissance des angoisses et des tendresses humaines qu'il sait condenser en un vers si parfait et si beau qu'un livre entier contiendrait moins d'enseigne-
i, Love's reason is without reason. (Cymbeline, V-2.)
ments, charment la foule, traversent les couches épaisses de sa vulgarité, pénètrent jusqu'au cœur et l'illuminent, comme un éclair fend les nuages. Pour notre bonheur, le poète multiplie ces passages splcndides; il s'en trouve d'incomparables jusque dans ses pièces les moins belles. Mais ignorant la retenue, incapable de se maîtriser, « manquant d'art », comme disait Jonson, il les place tantôt au meilleur endroit possible, tantôt au pire; il ne saurait ni attendre, ni corriger; ses fusées montent jusqu'au ciel ou font long feu dans les fossés. Il prête à la reine, dans Cymbcline, un admirable éloge de son pays et du courage britannique, et la reine est le personnage noir et l'un des traîtres de la pièce ^ Il fait une description délicieuse des enfants d'Edouard, qui s'embrassent, aimables et gracieux, pareils à des roses d'été, et cette description est attribuée aux basses brutes qui les ont assassinés -. La Severn « se réfugie, en tremblant, dans les roseaux et cache, au creux de la rive, sa tète frisée ». Ces vers sont donnés au bouillant llotspur ; mais c'est ici, en réalité, le poète de Vénus et Adonis qui parle par sa bouche^.
Le mauvais goût est, comme l'invraisemblance, un moyen de plaire. Ce que nous appelons mauvais goût, la foule anglaise d'alors, on le sait, l'appelait esprit. Elle pouvait apprécier le vrai esprit dont les pièces shakespeariennes surabondent, mais le faux avait aussi pour elle un charme extrême, et elle savait un gré très vif aux auteurs qui lui donnaient ce plaisir. Les images cherchées lui semblaient des trouvailles. Shakespeare lui en offrit à récréance. C'est pour lui une manière de reposer et d'égayer, de détendre les nerfs; on reviendra plus volontiers au sombre et au