Henry IV
tragique après cet intermède. Aussi, sans parler de traits éparsçà et là, introduit-il volontiers des scènes entières qui ne sont que des jongleries d'idées et de mots, des tours de passe-passe, une prestidigitation verbale qui mettait le public en extase : « Voyez , le voilà qui remonte la montre de son esprit; tout à l'heure elle va sonner «; là-dessus les naufragés de la Tempête échangent des facéties, « merry footing », à perte d'haleine, en attendant les événements ^ Le goût des disputoisons chères au moyen âge ne s'est pas éteint; il reparait çà et là, dans le théâtre de Shakespeare, aussi vif que jamais, au point même que le poète fournit à un moment, sans le savoir, un analogue au célèbre fabliau du Jongleur d'Ely'^. Les personnages des pièces s'extasient eux-mêmes sur ces réussites; ils feignent parfois de trouver que la mesure est passée : « Encore votre manie de prendre les mots l'un pour l'autre ^I... » Mais ils persévèrent, car, en réalité, le public ne trouvait jamais que la mesure était passée. Un bon mot, ou simplement un jeu de mots ou, moins encore, un calembour, fût-il même par à peu près, lui plaisait toujours, quel qu'en fût le moment : on ne saurait, pensait-il, avoir trop d'esprit. Et Shakespeare, assez peu porté par nature à choisir ses occasions, prêtait à ses personnages des calembours jusque sur leur lit de mort : Jean Sans-Terre, Jean de Gand, Henri IV meurent un calembour aux lèvres, et l'unique concession