‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 208 sur 290 · King John, IV · texte numérisé non relu

King John, IV

7. The sky, it seenis, would pour down stinking pitcU, But that tlie sea, mounling to the welkin's cheek Dashes the fire out. [Tempest, 1-2.)

8. Accursing it, I put it on my head ; To try with il, as with an enemy,

HISTOIRE LITTÉUUKE. — T. II. 45

était de l'esprit; ils s'extasiaient, ils frémissaient d'aise: ils étaient reconnaissants à l'auteur et à ses héros de leur procurer ces plaisirs raffinés. 01>servons, toutefois, que, sur ce point encore, Shakespeare avait l'excuse qu'un tel langage n'était pas, de son temps, aussi impossihle et irréel qu'il nous parait ; il trouvait des modèles de concetti jusque sur les lèvres d'Elisabeth, jusque dans les messages de la reine au Parlement * ; il surpassait ces exemples parce qu'il faut au théâtre corser les réalités ; il savait que son public lui en serait obligé ; il dépensait des trésors d'ingéniosité à surélisabether Elisabeth.

Shakespeare n'a qu'un seul maître, son public; il en est le fidèle serviteur; il est, pour ses auditeurs, aux petits soins. Quand il écrit un drame, il n'a cure des théoriciens de bibliothèque et du jugement des seigneurs instruits. Ce ne sont pas les Southamptons qui rempliront le théâtre; pour eux il a écrit Vénus; à la foule il adresse ses pièces. Il n'a que bons procédés pour elle ; il la récompense de ses applaudissements par d'ingénieuses attentions; non seulement il lui otlre les mets qu'elle préfère, avec ses piments favoris, mais il veut (ju'elle ait l'esprit en repos, qu'elle soit contente d'elle-même : et alors elle sera sûrement contente aussi de son poète. Il lui prodigue les explications, les avertissements préalables, les récapitulations, les interprétations, non pour augmenter la vraisemblance car, sur ce point, elle ne le chicanait pas, mais seulement afin qu'elle sOt bien de quoi il retournait, qu'elle ne prit pas un per-

That had herore my face murder'd my falher, The quarrcl of a irue inherilor.

2 Henry IV, IV-4.

1. Voir par ex. sa réponse ininaudière au l'arleinent qui lui arail demande la léle de « Marie coininunéiiienl appelée reine des Écossais ». Elle termine ainsi : « And Ihus I must deliver you an answer answerless ». (Prothero, Select Slatules, 1894, p. 111). Quand Monsieur la quitta, elle refusa de rêve-

sonnage pour un autre, le mauvais larron pour le boni. — « Thèbes écrit sur une vieille porte... » disait Sidney, indique au public où il se trouve. — Tous les personnages compliqués de Shakespeare ont, moralement, leur qualité inscrite sur leur poitrine et sur leur dos ; ils ne cessent de montrer le mot du doigt : c'est moi qui suis le traître, le mauvais larron - ; c'est moi qui suis l'assassin ; le méfait que vous venez de voir, c'est moi qui l'ai commis; celui que vous allez voir sera aussi de moi, et voici comment je vais m'y prendre. — Traître écrit sur le dos de l'acteur!... Richard III, lago, Edmond dans Lear, la reine dans Cymbeline, ne se lassent pas de rappeler qu'ils sont les méchants de la pièce. « Je ne serai que cruauté, annonce lady Macbeth, et je le veux être de la tête aux pieds ». « Je suis subtil, faux et traître », déclare Richard III dans le monologue par lequel il ouvre le drame dont il est le héros. « Je vais dire des mensonges », annonce-t-il un peu plus loin; «je ressemble à Iniquité ». lago étant moins connu, insiste bien plus encore; sans cesse, il répète : je suis un traître, ce que je vais dire est le contraire de ce que je pense; Othello le croira, mais vous, n'allez pas le croire; je suis une atroce canaille. Pas un de ses mouvements, même le

nir par eau à Greenwich, et s'écria : Comment voulez-vous « que les vents et les eaux qui ont emmené Monsieur d'avec moy me meinent, et que j'entre clans des vaisseaux qui me l'ont ravy ». Mémoires du Duc de Nevers, 1665, t. I, p. 560.

1. On trouvera une amusante satire de l'auditeur vulgaire qui prenait inconsciemment la pièce à rebours et s'intéressait au personnage antipathique, le confondant avec le héros du drame, dans le Knight of llie Burning Pestle de Beaumont etFletcher, 1611 : rôles du marchand et de sa femme; tous les vœux de celle-ci vont au ridicule Humphreys. Elle est, avec cela, bon public et tremble de tous ses membres comme si les aventures étaient réelles : « I tremble (as they say) as 'twerean aspen leaf ».

2. Le procédé était, d'ailleurs, consacré par l'usage. Premiers vers du rôle d'Ateukin, le traître de la pièce de Greene, James IV :

And now is my time by wiles and words to rise.

plus insignifiant qui ne soit annoncé d'avance; c'est, par moments, comme si on voyait la pièce deux fois ; il raconte d'abord la scène, puis la joue'. Dans Beaucoup de bruit pour rien, la feinte à la fenêtre nous est expliquée deux fois avant et une fois après l'événement. A l'inverse de lago, Pisanio, dans Cymbeline, expose à l'auditoire, qu'il n'est pas le traître et qu'il faut se garder de faire erreur-. Peu importe que, parfois, les explications soient invraisemblables, pourvu qu'elles soient claires ; le prince Hal donne, au début de He?iri IV, une interprétation de son caractère peu vraisemblable mais très claire, et c'est tout ce qu'il faut '. A voir ces précautions et cet incessant manège, le lecteur moderne est tenté de s'écrier : mais quel public stupide avait donc ce pauvre grand homme! — Non pas stupide, mais ignorant, et qui surtout ne voulait prendre aucune peine, et savait beaucoup de gré au poète de planter, de distance en distance, des jalons bien visibles pour permettre à ses auditeurs de se retrouver, dans le cas où ils auraient eu une distraction, auraient pensé à autre chose, dormi, comme il arrivait, causé avec une voisine ou épluché une pomme. Shakespeare était aux petits soins; en cela encore très différent de Jonson qui trouvait plaisir à rudoyer son monde: « Vous avez su admirer des monstres; voyons si vous pourrez vous intéresser à des hommes* ». Les auditeurs étaient mécontents de Jonson et d'eux-mêmes,

1. Ex. la scène avec Cassio, quand lago lt> fait rire en lui parlant de lUanca, lV-1.

■i. ... To prove false, whicli I will never be. (Ill-.'t.)

3. 11 déclare que son goût pour les fredaines n'est qu'une feinte cl que. le moment venu, il saura gouverner en prince modèle : voilà qui est clair. Il ajoute que son motif est d'émerveiller davantage ses sujets, comme le soleil éblouit plus vivement (|uanil il sort des nuages : l'explication est peu vraisemblable, t Henry IV ; 1-2.

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