‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 21 sur 290 · Thomas Moru4 Utopien, Francrort et Leipzig, 1753, 8% etc · texte numérisé non relu

Thomas Moru4 Utopien, Francrort et Leipzig, 1753, 8% etc

Dès le temps de More, ses amis, continuant sa plaisanterie, avaient ajouté des renseignements complémentaires pour l'édification des curieux. Pierre Gilles, dans une lettre imprimée avec V Utopie, exprimait son admiration pour l'exacte mémoire de l'auteur qui avait si bien reproduit les propres paroles d'Hythlodée; il certifiait l'authenticité du récit, fournissait quelques détails inédits, reçus par lui du navigateur et donnait enfin l'alphabet même et des spécimens du langage d'Utopie. Beaucoup de gens se préoccupaient de connaître la place exacte de « cette ile fortunée, prochaine par aventure des Champs-Elysées », disait le savant Budée. J'aurai le renseignement, répondait gravement Gilles; Hythlodée Ta bien donné — comment aurait-il omis une indication si importante? — mais More n'a pu entendre parce que, juste à ce moment, un domestique est venu lui parler à l'oreille, et je n'ai pas bien entendu non plus, parce qu'un des assistants qui s'était, je crois, enrhumé à bord, a été pris d'une quinte de toux. J'écrirai à Hythlodée.

L'admiration était universelle: les esprits les plus sensés et les plus fous étaient d'accord ; Rabelais partageait l'opinion de Budée, et le sage Pantagruel transportait en Dipsodie « une colonie des Utopiens, en nombre de 9.876.543.210 hommes, sans les femmes et petits enfants... pour ledit pays, rafraîchir, peupler et aorner, mal autrement habité et désert en grande partie ». Rien de plus naturel, puisque Pantagruel était petit-fils du « roy des Amaurotes en Utopie ». De consciencieux missionnaires s'offrirent, assure More avec un sourire, pour amener les Utopiens à la vraie foi — sans songer que « Conteur-de-Balivernes » était le seul voyageur qui eût jamais abordé au pays de <( Nulle- Parti».

1. Lettre à Pierre Gilles en tête de l'Utopie. « Hythlodeus », de ûâXc'w, « conter des balivernes » (employé dans ce sens par Aristophane, A^wées, 783)

Par crainte de nuire à sa latinité, Érasme ne voulut jamais se servir d'aucune langue vivante; il demeura, toute sa vie, citoyen du seul pays latin. Ce fut un cas des plus rares ; presque tous les humanistes de ce temps, même notre Budée, furent bilingues et enrichirent la littérature de leur nation. Budée, il est vrai, était réduit à s'excuser de sa g-aucherie, pour ne « scavoir la purité de la diction françoise », mais il n'en écrivait pas moins, dans cet idiome, à lui peu familier, son Institution dit Prince K

La prose anglaise fit des progrès grâce aux humanistes qui voulurent bien en faire usage , quelques progrès seulement. L'exemple des Romains ei\t pu être décisif et enseigner que la prose est un art digne de soins pour son charme et sa puissance ; mais on était encore trop pénétré , en Angleterre, de l'idée d'utilité, et, au lieu de chercher dans Sallnste ou César des modôles de l'art d'écrire, on leur demandait plutôt, comme on a vu, dos conseils pour la guerre contre les Celtes d'Irlande ou des leçons morales sur la fragilité des gloires humaines. D'autres causes de progrès agissaient, par bonheur, simultanément; la confiance dans l'idiome national grandissait, et l'on voyait se continuer un mouvement déjà esquissé au quinzième siècle : la prose anglaise s'assouplissait grâce à l'emploi plus abondant qui en était fait'.

Son domaine s'étend; celui du français et du latin diminue dans le pays; elle gagne ce que les deux autres perdent-'. On trouve ainsi, dès le règne des premiers Tudors,

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