‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 22 sur 290 · Supra, t. 1, p · texte numérisé non relu

Supra, t. 1, p

3. « 1 haTc net thèse Iwonly years used any latin longue ». dit Latimer lors de son procès pour liérésic. Remains; Parker Societf, p. 478 (18 anil 1554).

des masses considérables de livres, pamphlets, correspondances et documents variés, rédigés en prose anglaise : lettres d'amour et lettres d'affaires (Henri VIII écrit tantôt en anglais, tantôt en français, à Anne Boleyn), correspondances politiques et religieuses de More, Wolsey, Cromwell, Cranmer, Latimer et une foule d'autres; mémoires sur l'état des pays étrangers ^ récits de voyages, comptes rendus de sièges et de batailles 2, plaidoyers /j/'o domo, pro capite'^^ innombrables ouvrages de polémique religieuse, sermons catholiques et protestants, traductions de toute sorte, traités d'éducation, de logique, d'éloquence 4, ouvrages d'enseignement, biographies, traduites comme celle de Pic de la Mirandole par More, ou originales, comme celle de Wolsey par Cavendish (simple, pleine d'intérêt, mais rédigée par un être médiocre : âme et fonctions de domestique^), ou de More lui-même par son gendre Roper, œuvre touchante, simple aussi, mais noble et élevée; sincère de la sincérité un peu aveugle d'un parent parlant

1. Par ex. le Report and discourse ... of the affaires and State of Germant/, par Ascham, Works, 1865, t. III (publié en 1552); infra, p. 90.

2. On en trouvera plusieurs spécimens dans YEnglish Garner d'Arber; par exemple un récit-journal de l'expédition de Somerset en Ecosse, 1 Éd. VI, (t. 111, p. 51), récit d'un témoin, bon observateur, plein de vie et d'entrain.

3. Plaidoyer de Wyatt, par exemple : Poetical Works [Aldine poets), p. Lxi. (V. infra, p. 123).

4. Voir ceux de Thomas Wilson : Tlie Rxileof Reason, conteinyng the arte of Logique, Londres, 1551 ; The arte of Rhétorique, 1553 (intéressants par leur date, mais de faible valeur littéraire).

5. Il s'intéresse surtout aux choses de la maison; les affaires d'État sont pour lui sans importance ; la guerre éclate avec la France, « upon what occasion I knovv nol », dit-il négligemment. Autre grande commotion : « How it came topass, I cannot déclare unto you «. Mais il détaille avec complaisance tout ce qui peut contribuer au bien et à la splendeur de la maison, sans omettre les actes servîtes de son maître. La biographie fut composée vers 1557 et circula en manuscrit; Stow s'en servit pour ses chroniques, Shakespeare la connut peut-être; elle fut publiée au dix-septième siècle, et depuis par Singer, 1815, 2 vol. (avec poésies du même), et H. Morley, Vniversal Library.

du chef de la famille et d'un fidèle écrivant la vie d'un saint <.

Le latin cesse d'être la langue par excellence des chroniques et de l'histoire. Robert Fabyan, marchand drapier et alderman de Londres, compile une chronique exactement dans le style des anciens annalistes dont il ne rappelle, toutefois, que les pires et dont il a, sans exception, tous les défauts. Il est impossible d'être plus sec, et de se moins rendre compte de la proportion des événements; il enregistre les faits sans plus d'émotion qu'un douanier numérotant des caisses : « Et cette année (1501-2) vint une grande ambassade d'Ecosse qui conclut un mariage entre le roi des Écossais et Madame Marguerite, tille ainée de notre souverain seigneur (Henri Vil). Cette même année un merveilleusement gros poisson fut pris à Queensborough, Et en mare, sir William de Devonshire, sir James Tirel et son fils aîné et un nommé Welborne furent arrêtés pour trahison. Et en avril mourut le noble prince Arthur ». Fabyan est en retard sur les chroniqueurs latins du moyen Age ; mais il appartient quand môme au renouveau parce qu'il écrit et imprime en anglais sa chronique ou « concordance des histoires », et c'est pourquoi son livre sert à l'éducation des jeunes seigneurs comme on a vu pour Gregory Cromwell 2,

1. Cette biographie eut le même sort que celle de WoUey; composée vers 15r»7, elle fut publiée seulement au dix-sepli^me siècle : Paris 162f.. Kd. moderue : The Life of sir Thomas More hy his son-in-law W. Ruper, éd. Singer, Chiswick, 1822.

2. La première édition de sa Chronique fut publiée par Pynson en 1516 et souvent réimprimée avec des continuations; telle de «5.VJ, The chninycle of Fabyan whiche he namclh the conconlaunce nf historiés, va jus(|u'à lavènemenl d'Elisabeth. Fabyan était mort en 1513. Edition moderne par sir H. Ellis. IHll, )•. Cafigrare, avant lui, tout aussi peu arlislc, avait compilé, sous Edouard IV, une courte chronique en prose anglaise allant de la création à 1417,, mais elle demeura inédite jusqu'en 1858 {Holls). Cf. supra, t. 1, p. .MS.

Les aimées passent ; une autre chronique anglaise parait. L'art est toujours en enfance , mais le progrès cependant est sensible. Edouard Hall est capable de décrire; par malheur il s'intéresse beaucoup plus aux costumes qu'aux personnages et aux cérémonies qu'aux événements. S'il s'agit de fêtes, il est intarissable; sa patience à faire chatoyer les soies, les ors et les velours, à dépeindre les dames Pallas et les dames Diane, les merveilles telles que : « un cheval volant, avec des ailes et des pieds d'or, appelé Pégase », passe toute imagination'. Ce serait « trop long de tout vous dire », écrit-il à propos d'une de ces fêtes et je vais abréger. Que serait-ce s'il n'abrégeait pas? Sa description occupe cinq pages très serrées, grand in-quarto, dans l'édition Ellis. Hall sait toutefois noter au passage quelques traits fixant une ressemblance, car il a l'œil d'un dessinateur. Il voit, au Camp du Drap d'or, François P'" tout éblouissant dans un costume tissé d'argent, passementé d'or et, avec l'exactitude d'un de ces peintres réalistes, dont l'espèce devenait rare en Italie, mais qui pullulaient encore au nord des Alpes, il trace de lui ce portrait : « Ce même François, roi de France est un brave prince, de noble prestance, de joyeux visage, à la peau brune, avec de grands yeux, un long nez, des lèvres épaisses, une large poitrine et de larges épaules, des jambes maigres et de grands pieds ». C'est ainsi que le voyaient ses sujets, mais ce n'est pas ainsi que l'a peint Titien et l'on peut comparer aujourd'hui au Louvre, dans la même galerie, les deux manières contemporaines d'interpréter en peinture les réalités : au sud des Alpes à cette époque, il fallait avant tout que la peinture

1. The Union of the two noble and illustre famelies of Lancastre and Yorke, 1542; réimprimé par Ellis, Hall's Chronicle, Lonàves, 1809, 4". Edouard Hall, né vers 1498, homme de loi, membre du Parlement, grand admirateur d'Henri VIII, mourut en 1547.

fût belle, et au nord des Alpes avant tout qu'elle fût vraie. Avec sa préoccupation du détail extérieur, du contour exact et de l'ornementation matérielle, Hall est plus près de Clouct que du Titien.

Au point de vue de l'art d'écrire, l'intérêt de l'histoire de Hall vient d'abord de ce don d'observation, à vrai dire surtout extérieure, dont il est doué, ensuite d'un etfort tenté, de loin en loin, pour se hausser au niveau des modèles classiques. Il risque parfois de longues périodes, coupées d'incidentes, d'un mouvement balancé, et qui sont une imitation voulue de l'art romain*.

La préoccupation latine et le sens de l'art sont autrement développés chez les humanistes. Ascham, qui en est un, avant de commencer son Tableau de t'Ailemagne, exprime ses idées sur la meilleure manière d'écrire l'histoire, et, s'il donne lui-môme un médiocre échantillon de cet art, du moins ne saurait-on rien reprendre à sa théorie; c'est beaucoup; il indique la bonne voie. Il faut, avant tout, la vérité. L'historien « doit oser dire tout ce qui est vrai » ; par là brille César et pèche Paul Jove; il doit noter les causes et les conséquences des événements, comme ont fait Polybe et Commines; il est tenu d'offrir une chronologie sûre et des descriptions exactes des lieux et des gens. Quant au style, « il sera toujours simple et clair ; mais capable toutefois de s'élever et s'abaisser tandis que le sujet s'élève ou s'abaisse. Si vous parvenez à vous exprimer vivement,

1. Exemple : << Wliat niischiefe halh insurued in realincs by inlesline dÏTision, whal dopopulalion halh ensuc-d in counlries by civiil discension, wbal détestable inurder halh been commiUcd in citées by separate faccions, and what ralanùtee halh ensued in famous ref^ions by doinostical discord and unnaturall citntroversy : Rome halh fell, Italy can teslilie. Fraunre can bere witne^, Beame ran tell, Scollande maie write, Denmarkc can shewe and especially this nobh> reaime nf Rnglande can apparanlly déclare and make demonstracion ». (l)«>but de T Introduction.)

en termes exacts et naturels, dans des phrases bien jointoyées, que votre sujet soit calme ou troublé, plaisant ou effrayant, le lecteur oubliera qu'il lit et croira qu'il voit ». Le modèle à ce point de vue est Tite-Live; un autre modèle, dit Ascham, est Thomas More^.

More, dans son court essai inachevé sur le règne de Richard III avait, en effet, cherché ouvertement à atteindre à la dignité de l'histoire-'. Le ton oratoire, si fréquent chez les Latins, lui est naturel; il est éloquent sans effort, il aime la parole ; ses héros prononcent d'abondants discours, trop même ; on dirait parfois un prétoire et des avocats défendant leur cause devant la postérité, avec des formules romaines. Ses lettres officielles ont la lourdeur du genre, sauf quand d'aventure il y insère un dialogue ^ ; ses pamphlets contre les protestants ont, presque tous, la forme de dialogues, et cette forme lui est tellement habituelle qu'il lui arrive de dire « mon dialogue », à propos d'un de ses écrits qui, par exception, n'en est pas un. Dans son histoire, il ne se contente pas du récit des faits, il les apprécie et cherche à en débrouiller les causes ; il s'applique à faire revivre ses personnages; il souhaite qu'on les voie

1. « Sir Thomas More in Ihat pamphlet of Richard HI doth in most part I believe of ail thèse points so content ail men as if the rest of our story ot Ëngland were so done we might well compare with France or Italy or Germany in that behalf ». Report and discourse, dans Wliole Works, 1865, t. III, p. 6.

2. The History of King Richard the thirde [unfinished) writlen...al>out... 1513. — Workes of Sir Thomas More, Londres, 1557, fol., p. 35, ou éd. Singer, Chiswick, 1821. Il existe un texte latin de cette histoire (attribué sans preuves au cardinal Morton); More se servit de cet écrit et le paraphrasa librement; on le trouve mêlé à ses propres œuvres : Historia Richardi Régis... per Thomam Morum; dans Thonix Mori... omnia qux hucusque ad manus nostras pervenerunt Lniina Opéra, Louvain, 1565, fol. More écrivit aussi The life of John Picus erle of Myrand\ila a great Lorde of Italy ; c'est une traduction du latin et un ouvrage d'édification.

3. Ex. lettre à Wolsey, rapportant une conversation avec Henri VIII. Ellis, Original Letters, 1'° série, t. I, p. 253.

et surtout qu'on les entende, car c'est pour lui le point principal; orateur-né, il se sert, pour produire impression, du moyen qui lui est le plus familier et auquel il est lui-même le plus sensible; nature vibrante et passionnée, il ne se contente pas de raconter, il condamne ou absout avec un emportement généreux, mais si ardent que son impartialité en soutire; il n'est pas de ces juges (|ui usent volontiers des circonstances atténuantes. Les traits d'âpre humour abondent sous sa plume. Il est ému par la grandeur tragique des événements et il cherche, à l'exemple des maîtres latins, à en donner l'idée sans quitter le style sobre. Le Conseil décide que le Protecteur sera fait roi : « Bien que le Conseil se composât de peu d'hommes et qu'ils fussent tous gens à garder le secret, cependant de vagues rumeurs commencèrent à se répandre çà et là parmi le peuple : on disait que, d'ici peu, on verrait des malheurs, et nul cependant ne savait ce qu'il fallait craindre ni pourquoi. Ëstrce que, à la proximité de ces grands événements, les cœurs des hommes seraient avertis par un secret instinct de nature, comme on voit la mer s'enfler d'elle-même, sans que le vent s'élève, quelques moments avant la tempête * » ?

Dans ses œuvres de polémique écrites en anglais, les mêmes défauts et les mêmes qualités reparaissent, les uns et les autres en plus grand-. La dignité de l'histoire et le

1. « To whicli counst;!, albeil Ihere were adhibil vei y few, and Ihey very secret, yct began Ihere, hère and lliere about, some maner of tnuttering amonge Ihe pople, as though al should nol long be wel, Ibough they neilher wisl what they fcared nor wherfore : were it Ihat before such grcat Ihinges* mens harles of a secret instinct of nature rnisgiveth thetn, as the sea witbout wind swellelh of himself somcliine before a terapest... » Edition Singer, p. 66. Cf. le texte latin, ut siiprn, fol. 51. L'idée est de Sénèque, Tfiyettes.

2. A Dialogue concernynge heresyes, 1528. — The supplicacion of Soûles, 1521), en faveur des âmes du purgatoire, et en réponse à la Supplication for the Jleggarf de Fi»h, 1529. — The confulacion of Tyndates aunswere

souvenir des anciens ne le retiennent plus, sa liberté est plus complète ; les appels au sens commun, les exemples frappants, tirés de la vie ordinaire et qui sont par là compris de tous, les apostrophes éloquentes, presque lyriques, les reparties railleuses abondent, et chatouillent l'esprit ou touchent le cœur de l'auditoire. Prisonnier à la Tour, il médite sur son sort et sur le sort des hommes : « Notre vraie prison, c'est la terre... dans cette prison nous bâtissons; cette prison, nous la parons de l'éclat des dorures; dans cette prison l'on vend et Ton achète; dans cette prison, l'on se dispute et Ton se fâche ; on se rue et on se bat ; on joue aux cartes et aux dés; on s'enivre de musique et de fêtes... Et tandis que Dieu notre roi et notre grand geôlier, nous laisse faire, abandonnés à nous-mêmes, nous nous croyons libres, et nous abhorrons l'état de ceux que nous appelons prisonniers, sans penser que nous le sommes nousmêmes^ ». Du sérieux, il passe au plaisant, c'est « l'homme de toutes les heures ». Il veut faire comprendre la vanité des glorioles mondaines et dit : « J'ai entendu, une fois, un haut officier du roi observer que vingt hommes debout devant lui ne lui tenaient pas la moitié aussi chaud que son propre bonnet sur sa tête- ». Il défend les reliques et les statues des saints; on peut les vénérer sans idolâtrie : « Quand un homme, à la lecture d'une lettre de son prince ôte son chapeau et baise la lettre, le fait-il par respect pour le papier ou pour le prince^»?

Il se plaît aussi à tourner et retourner l'adversaire, à

1532. — The Apology ofsyr Thomas More, 1533. — A Dyalogue of coumforte agaijnst tribulacion made... in... 1534, bij syr Thomas More...while he was prysoner in the Tower, etc. : le tout dans The Workes of sir Thomas More, knyght, Londres, 1557, fol.

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