Like far off mountains turned into clouds
Midsummer, lV-1.
chard II faible et Henri IV assassin, tous deux éloquents et réclamant, en admirable style, l'un la couronne, l'autre notre pitié, le cœur hésite et ne sait qui préférer, du Lancastre ou de sa victime. Richard foulant le sol anglais, à son retour d'Irlande, s'exprime avec une émotion et une tendresse faites pour lui gag-ner la sympathie de ses compatriotes dans tous les temps ^; et c'est pourtant à son ennemi que le poète, au fond, souhaitait l'assurer. Il est malaisé de composer un drame tout cà fait clair, quoi qu'on en ait, en montrant les hommes aussi mêlés qu'ils sont de bien et de mal, aussi troublés de passions contraires. L'art classique, qui choisit et simplifie, regagne ici ses avantages. Prenant au pied de la lettre les plaidoyers (jui les avaient frappés davantage, maints exégètes se sont plu à attribuer à Shakespeare même les idées de ses personnages; ils l'ont fait ami des Juifs à cause de Shylock, bon catholique à cause de Catherine d'Aragon, hostile aux distinctions entre enfants naturels et légitimes, à cause d'Edmond, et ainsi de suite. Ils ne disent rien des plaidoyers en sens inverse qui permettraient, à ce compte, d'attribuer au poète des idées opposées, et de voir en lui un partisan des religieux à cause de frère Laurence, et un ennemi à cause de l'empoisonneur de Swinstead Abbey ; un superstitieux qui croit aux esprits à cause d'Hamlet; un sceptique qui s'en moque à cause de Hotspur. Les cas où percent, sans contestation possible, les idées personnelles de Shakespeare sont en réalité très rares : ce sont ceux où le personnage s'écarte de son sujet et de son rôle et émet des jugements qui n'ont rien à voir avec la pièce, ou ceux encore où la môme ap-