Pr. Henry. — ... Art thou net ashamed r
Falstaff. — Dosl tliou hear, liai? thou know'st, in Ihe statc of innocency. Adam fell; and what should poor Jack Falstaflf do, in the da>s of TÎIIain) .' Tliou seesl I liare more flesh than another man, and thereforc inorefraUly... » 1 llennj 1\ ; III-3.
vie, et couler des jours heureux, entouré de mépris dont il n'a cure, de dangers qu'il sait éviter; berné parfois un peu rudement, mais vite consolé et retrouvant toujours sa bonne humeur. Rien de ce qui est pénible ne lui laisse de souvenir durable; pas même les rebuffades amères, les farces cruelles dont il est victime et la grande déception à l'avènement de son ami le prince Hal. 11 se ressaisit tout aussitôt: « Le prince m'enverra chercher en secret; il est obligé, voyez- vous, de faire ainsi en public; ne craignez rien ». De temps en temps aussi, des retours mélancoliques, plus drôles encore que sa gaité ^ .
A sa suite nous pénétrons, quand il veut bien quitter son ignoble taverne, dans la société bourgeoise, et nous voyons ainsi des coins charmants de la vie provinciale, peinte du pinceau le plus juste; avec un mélange de grosses caricatures, il est vrai, comme toujours, pour faire repoussoir — la province, pays des : Vous souvenez-vous? où l'on se rappelle à jamais le temps de la jeunesse dans la grand' ville qu'on aimerait tant revoir ! que s'y passe-t-il? Une telle vit-elle toujours? et comment est-elle? « Vieillie, vieillie, maître Shallow » — « Ah ! cousin , si tu avais pu voir ce que lui et moi avons vu, hein, sir John »? On insiste pour garder ses hôtes; on offre ses meilleurs pigeons, son meilleur rôti; on chante sous la tonnelle. Qui sait? l'hôte de passage vous tirera peut-être de province, vous fera nommer à la ville — où l'on retrouvera sa jeunesse puisqu'on l'y a laissée et que, sans doute, elle vous y attend. On voit .
1. « 'Sblood I am as raelancholy as a gib cat or a lugg'd bear... An I bave not foigollen what the inside of a church is made of, I am a pepper-corn... Company, villainous company, halh heen the spoil of nie.
Jiardolph. — Sir John, you are too fretful, you cannot live long.
Falstaff. — Why, there is it : — come, sing me a bawdy song ; make me raerry. 1 was as virluously given as a gentleman need to be... » 1 Henry IV, 1-2 et 1II-3.
en beau l'hôte de passag-e ; il vient de là-bas, il connaît tout le monde; il peut ce qu'il veut, bien certainement.
Dans les Joyeuses Commhes, Falstaff parait encore au premier plan; mais il a affaire à forte partie; il tombe dans un milieu de braves gens, bons vivants, fidèles sujets de la reine, sensés, hospitaliers, cossus, dignes représentants d'une classe, la force du pays, dont le rôle allait grandissant. Bien mariés, honnêtes époux d'honnêtes femmes. Page et Ford, voisins et liés d'amitié, ont chacun leur caractère; l'un tout simple et tout confiant, l'autre avec une aptitude à la jalousie qui lui fait faire mainte sottise et le met en posture ridicule. Mais il se tire d'embarras parce qu'il n'est pas une bête, qu'il reconnaît franchement ses torts, et se garde bien de bouder. Anne Page, la jeune fille, est la beauté du lieu, l'héritière dont tout le bourg est amoureux et même aussi un jeune échappé de la Cour toute voisine, qui, par bonheur, est galant homme et finira par l'emporter sur ses riches et sots rivaux : si bien que l'aimable fille aura eu, comme il convient, son roman qui sera heureux et raisonnable.
La suffisance, la grossièreté, l'impécuniosité de Falstatl" le portent à confondre les bourgeoises de Windsor avec les habituées de la taverne de la Hure. Les dames Page et Ford, intimes amies, se racontent la déclaration qu'elles ont reçue ; la môme, mot à mot —
Cest uae circulaire, il se moquait de nous,
dit M. François de Croisset, dans une pièce où il fait reprendre par Chérubin lo môme procédé, en 1902. — « Je parie, dit Mi*s. Page, qu'il a un millier de ces lettres, écrites d'avance, avec le nom en blanc ». Les deux dames s'indignent, finissent par rire de la peu flatteuse aventure qui leur arrive, à leur Age : ayant toujours vécu honnêtes! et i>ar le
fait de cette baleine! « Quelle tempête a pu faire échouer sur notre rivage cette baleine avec les tonneaux d'huile qui lui gonflent la panse »? Elles mettront à leur ligne, puisque baleine il y a, des hameçons pour baleines. Par trois fois Falstaff y mord. Il est aussi puni qu'il mérite; balïoué et berné, à demi noyé, aux trois quarts grillé, mais reprenant toujours ses esprits, il lui est, à la fin, beaucoup pardonné, parce qu'il a beaucoup amusé. Les braves bourgeoises, vengées, emmènent tout le monde chez elles : « Mon cher mari, rentrons tous; nous rirons de cette farce au coin du feu ; sir John, venez aussi » .
Cette bohème, comme toutes les bohèmes, a une fin d'autant plus triste qu'elle a été plus désordonnée et plus joyeuse. Shakespeare, qui ne fait pas les choses à demi, pend Nym et Bardolph, envoie leurs compagnes mourir à l'hôpital de vilaines maladies et étouffe son gros Falstaff dans une mansarde crasseuse chez l'horrible Mrs. Quickly. Il cria, rapporte Quickly : « Dieu, Dieu, Dieu, trois ou quatre fois. Moi, pour le réconforter, je lui dis qu'il ne devrait pas penser à Dieu, et qu'il n'avait pas à se troubler encore d'idées pareilles... » L'heure fatale était pourtant venue.
Shakespeare apporte dans son langage la même liberté que dans sa conception des caractères. Rien de si haut qu'il n'y atteigne; rien de si bas qu'il n'y descende. Chacun de ses personnages use du style qui convient à son rang, plutôt accentué qu'atténué, par le motif usuel qu'il faut souligner les contrastes. Chez Racine, Phèdre et OEnone puisent au même vocabulaire; dans Shakespeare, Phèdre aurait parlé, par moments du moins, sur un ton plus relevé que nature ; CEnone, sur un ton plus bas. Mélange et contraste,
c'est une des règles de la poétique de Shakespeare ; les extrêmes l'attirent. Aux douces paroles de Juliette, succède ou se mêle l'épais bavardage de la nourrice ; aux graves sentences de Prospéro, les jurons de Caliban et de ses compagnons de bouteille ; dans la même pièce, se rencontrent les lourds artisans d'Athènes et les fées des bois. Nous avons encore dans l'oreille les grossiers propos des habitués de la taverne, et nous sommes ti-ansportés à la Cour où le vieux roi, tourmenté par la maladie, murmure son invocation au sommeil : « Combien de milliers de mes plus pauvres sujets dorment à cette heure! Sommeil, doux sommeil, souple réparateur des forces de la nature, comment ai-je pu t'eli'rayer tellement que tu ne veuilles plus peser sur mes paupières et plonger mes sens dans l'oubli? Pourquoi, sommeil, préfères-tu t'étendre dans des cabanes enfumées, sur d'incommodes grabats, assoupi au bourdonnement des mouches de nuit, plutôt que dans la chambre embaumée des grands, aux sons charmeurs de la plus douce musique?.., Comment vas-tu, sur le sommet vertigineux des mAts sceller les yeux du mousse et bercer sa tête au rude balancement des vagues impérieuses, au souflle de ces vents qui, prenant par le haut les vagues déchaînées et frisant leurs tètes monstrueuses, les attachent, avec d'assourdissantes clameurs, aux pans des nuages qui fuient?... Peu.vtu, sommeil partial, donner le repos à l'enfant mouillé d'eau, dans une heure si rude et, dans la plus calme et la plus silencieuse des nuits, au milieu de tout ce qui pourrait l'attirer, le refusera un roi' »?
Au corps de garde, on entendra le langage du corps de garde. Si nos raflinés s'étaient indignés à l'emploi du mot chien dans une tragédie de Racine, ce fut bien autre chose quand ils s'aperçurent, un siècle et demi après l'événe-