septembre
3. 11 se perfectionna toutefois, « when his performances bad mcrited Ibe protection of his prince ». The Works of Shakespeare... collated and corrected... by Mr. Pope, Londres, 1725, 6 vols. 4". Portrait daté 1721.
Dr. Johnson publie son édition en 1765, et fait, à son tour, un éloge pompeux du dramaturge, mais écrivant à une époque où la vertu, le sentiment, les préoccupations morales étaient redevenues à la mode , il ne se lasse pas de constater dans Shakespeare ce défaut capital qu'il cherche « plus à plaire qu'à instruire et semble écrire sans aucune préoccupation morale^ ».
Le courant néanmoins s'est formé; en vain des lettrés aussi en vue que Gibbon, Hume et Chesterfîeld hésitent ou protestent-; le flot grandit, les éditions se suivent et trouvent d'innombrables lecteurs : deuxième édition de Pope en 1728 ; édition de Theobald, une des plus consciencieuses en 1733, de sir Thomas Hanmer en 1744, de Pope et VVarburton, la pire de toutes, en 1747, etc., etc. Blair en 1771, a l'obligeance d'en donner une « où les beautés sont signalées », et Malone, en 1790, une autre, fruit de recherches considérables et la plus importante qu'on eût vue à cette date par les renseignements historiques qu'elle renferme.
A la scène aussi Shakespeare jouissait d'une renommée grandissante, grâce à Garrick, un des premiers prêtres de son culte et des plus ardents propagateurs de sa religion. Il organisa le fameux jubilé de Stratford en 1769, qui exas-
1. « His first defect is that to which iiiay be imputed most of the evil in books or in men. He sacrifices virtue to convenience and is so rauch more careful to please than to inslruct, that he seems to write without any moral purpose ». On sait que Johnson avait voulu rehausser la valeur de son Dictionnaire grâce au choix des exemples, qui étaient à la fois grammaticaux et moraux.
2. « That taste [for the French Théâtre] has perhaps abated my idolatry for the gigantic genius of Shakespeare which is inculcated from our infancy as the first duty of an Englishman ». Gibbon, Memoirs ofmy Life. — Hume blâme dans Shakespeare « his total ignorance of ail theatrical art and conduct ». (Chap. sur les mœurs, etc., à la fin de son Hist. du règne de Jacques I). — « Il faut convenir que le théâtre français l'emporte en tout genre sur tous les autres et même sur les anciens, avec tout le respect que je leur dois ». Chesterfield, 1748 [Miscellaneous Worlis, éd. Maty, 1777, t. II).
péra Voltaire, et bâtit un temple à son dieu ; il écrivait à un jeune acteur : « Surtout que votre Shakespeare' soit toujoure dans vos mains ou dans votre poche; gardez-le sur vous comme un fétiche^ ». Pénétré toutefois, comme ses contemporains, d'idées classiques, il bâtissait son temple en style grec et remaniait sans scrupule le texte du grand homme par amour pour lui : c'était, pensait-il, voiler ses nudités. Les remaniements étaient parfois si considérables (Lear avait une tin heureuse) que les textes suivis par lui ont pu être rangés parmi ses propres œuvres, oîi ils sont en ell'et mieux à leur place que dans celles de Shakespeare -. Sur le continent, le mouvement fut naturellement plus lent encore. Des pièces de Shakespeare semblent avoir été jouées en Allemagne, par des troupes anglaises dès 102G, mais sans que, pour cela, personne y connût son nom^. La France, toute pénétrée d'idées classiques et ne s'intéressant alors, en fait de langues étrangères, qu'à l'italien et l'espagnol, fut néanmoins, il ne faut pas l'oublier, la première à reconnaître qu'une place était due à Shakespeare parmi les illustres lettrés. Le plus ancien jugement porté, hors d'Angleterre, sur Shakespeare, est un jugement français. Ainsi que je l'ai montré autrefois, c'est celui de Nicolas Clément, bibliothécaire de Louis XIV qui, en cataloguant, entre 1675 et 168V, les livres de son maître, d'abord nous fournit la preuve que le Grand Roi possédait la seconde édition des œuvres de Shakespeare, ce qui en soi est déjà
1. Lettre à Powell, 12 décembre 176i, Conespondencc, 1831, t. I, |». 178.
2. Dramatic Works of David Garrick, 17118, 8 vol. 8r Dans Midsttmmer, devenu Thr Fairirs, toute la partie comique disparaît; dans Miniers Taie, dovenu Florizel and Perdita, les trois premiers actes et tout le rôle d"Hermion<* sont supprimés, et ainsi de suite.
:<. A.. Colin, Shakespeare in Cermnntj, ISii.'», 4". On trouve, du moins, dans la liste des pièces anonymes, jouées cette année-là A Dresde, des litres pareils à ceux des drames de Shakespeare-, mais on ne saurait être absolument assuré qu'il s'agit réellement des siens.
curieux ; ensuite ajoute son opinion sur le livre catalogué : « Ce poète anglois a l'imagination assés belle, il pense naturellement, il s'exprime avec finesse; mais ces belles qualitez sont obscurcies par les ordures qu'il mêle dans ses comédies ». Cette appréciation demeura, il est vrai, manuscrite jusqu'au moment où je la trouvai et la publiai^. Mais les plus anciens jugements imprimés, montrant une connaissance personnelle des œuvres du poète, sont aussi des jugements français et plusieurs émanent des grands écrivains de l'époque : jugement du Journal littéraire en 1717, éloge de Shakespeare par l'abbé Prévost dans ses Mémoires d'un Homme de qualité et analyse de ses pièces dans son journal le Pour et Contre^; opinion de Voltaire dans ses fameuses Lettres Philosophiques qui eurent cinq éditions en un an, 1734, dont l'influence fut immense et où il concluait : « Le génie poétique des Anglais ressemble, jusqu'à présent, à un arbre touffu planté par la nature, jetant au hasard mille rameaux et croissant inégalement avec force. Il meurt si vous voulez forcer sa nature et le tailler en arbre des jardins de Marly » ; sage remarque dont Garrick et Voltaire lui-même, eussent bien fait de tenir compte. Le pre-
1. Revue critique, 14 novembre 1887. Le surintendant Fouquet possédait aussi les œuvres in-folio de Shakespeare. Il les conservait dans son grenier, en compagnie, à vrai dire, de celles de Ronsard et do Du Bartas : Inventaire... des livres trouvés à Saint-Mandé, appartenant à ci-devant Monsieur Fouquet, 1665; « livres in-folio qui se trouvent dans le grenier... Shakespeares Comédies angloises ». Les libraires estiment le volume à 1 fr.; si c'était le premier in-folio, il en vaudrait aujourd'hui cinquante mille. Ms. Fr. 9438, à la Bibliothèque Nationale.
2. Les Mémoires parurent de 1728 à 1731 ; le journal fut fondé en 1733; les numéros cxciv et s., parus en 1738, contiennent un grand éloge de Shakespeare et l'analyse d'Hainlet, Macbeth, Tempest, etc. Les traductions françaises du Spectntor avaient déjà servi à faire connaître Shakespeare. La première fois que son nom parait dans le texte, le traducteur avait ajouté cette note : « 11 a écrit des tragédies dont la plupart des scènes sont admirables, mais il n'est pas tout à fait exact dans ses plans ni dans la justesse de la composition ». Le Spectateur, 1714, 1. 1, p. 84.
mier essai d'une traduction suivie des œuvres de Sbake* speare fut un essai de traduction française, par La Place en 174.5 1, avec une préface où il célébrait le génie de Shakespeare et, à rencontre de Pope , défendait , comme Prévost avant lui, ses libertés et son dédain des règles : u Les bornes du génie nous sont-elles connues?... Gardons-nous de condamner sans retour ce que nos neveux applaudiront peut-être un jour ». Toutes les gazettes littéraires de langue fran(;aise avaient entretenu leur public de Shakespeare bien avant que Lessing commençât, en Allemagne, à partir de 1758, à exposer ses méthodes, expliquer son génie et célébrer sa gloire ^.
A dater du milieu du dix- huitième siècle, l'admiration pour Shakespeare grandit sans discontinuer par tous pays. En France, les violentes attaques de Voltaire -^ désolé d'avoir contribué dans sa jeunesse à la propagation du culte, n'en retardèrent pas un instant le progrès. Quand il mourut, persuadé qu'il avait vaincu le « monstre », il fut remplacé à l'Académie par Ducis, dont les seuls titres étaient dés adaptations à la scène française de drames shakespeariens*. On sait le reste : l'immense influence de l'œuvre de Shakespeare sur le mouvement romantique de 1830, l'enthousiasme inspiré à Hugo, Lamartine, (iuizot; les cours professés pour expliquer ses pièces, les traductions et les représentations se succédant, les héros et les
1. Le Tliédtre amjlois ; les quatre |tremiers volumes sont consacrés à des traductions in(é);rale$ ou des analyses des pièces de Shakespeare.
2. Voir, en particulier, le Jminial de Trévoux; sept articles, à partir d'aoAt
3. Surtout après que Lo Tourneur eût commencé à publier, arec le plu» (;rand succès et par souscription, sa traduction complète dont I>ouis XVI avait accepté la dédicace, ITTC» et s.
4. Il donna, en transTormant les données et les ramenant aux règles classiques, llamlet. 1769; Honuo. 1772; Lear, 1783; Macbeth, il%k ; Jean xans Terre, 17'.»1 ; Othello, 1792. lirizard et Talraa y brillèrent.
sujets des drames du grand homme vulgarisés par tous les artistes : Delacroix, Berlioz, Gounod... On sait aussi comment FAUemagne disputa à l'Angleterre et à l'Amérique l'honneur de mieux interpréter, mieux expliquer et mieux représenter les pièces de Shakespeare; comment les éditions ont continué à se multiplier, d'année en année, dans les deux mondes, et les pièces à se jouer par tous pays, jusqu'aux antipodes et au Japon où Sada Yacco s'est illustrée dans le rôle de Portia; comment enfin des spécialistes véritablement innombrables ont étudié les divers problèmes se rattachant aux œuvres, tournant et retournant chacun des drames, y cherchant la solution des plus grands ou des plus minces problèmes, rapprochant la Bible et Shakespeare, le Christ et Shakespeare, Aristote et Shakespeare i, étudiant à part ses femmes, ses fous, ses fleurs, ses plantes, ses insectes , ses revenants et ses démons ; et encore sa religion, sa médecine, sa jurisprudence, ses talents nautiques et militaires. De ses œuvres ont été tirés des recueils de contes-, de facéties, d'aphorismes et même de sermons^. Des conseils lui ont été demandés sur l'art de gouverner sa vie, de cultiver son jardin et de pêcher à la ligne ^. Il est à la scène, dans les bibliothèques, dans les musées; on le retrouve dans les concerts, dans les palais, dans les masures. Il est constamment cité dans les discours au Parle-
1. Ex. J. B. Selkirk, Bible Truths with Shakespearian parallels, 1879; C. Wordsworlh, Shahespeare's knowledge... of tke Bible; J. E. Riddie, Illustrations nf Aristotle... from the Works of Shakespeare, 1832; C. Ellis, The Christ in Shakespeare, 1898.
2. Notamment les fameux Taies from Shakespeare designed for the use of young persons, ùe Lamb, 1807. En français avaient paru, dès 1783,, des Contes moraux, amusants et instructifs... tirés des tragédies de Shakespeare, par Perrin.
3. The poetpriest, Shakespearian sermons, compilés par J. F. Timmins, s. d., 1883?