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près écrits, remanie ses textes avant de les imprimer; offre au public lisant bon nombre de ses pièces une par une, et même, ce qui était singulier alors et fut très remarqué, comme tout ce qu'il faisait, les réunit, et donne, en 1616, le premier volume de ses Œuvres^. Un titre si noble pour un simple recueil de drames! « Les autres n'ont fait que des pièces, mais lui a écrit des OEuvres », dit, par raillerie, Suckling, dans sa Session des Poètes.
Le génie, l'éloquence, la communauté de métier, la fréquentation des mêmes tavernes rapprochèrent Shakespeare et Jonson, et leur amitié, traversée de nuages, survécut à toutes les querelles. Mais les idées littéraires de Jonson étaient aux antipodes de celles de Shakespeare. Là où celuici pensait fantaisie, imagination lyrique, indépendance, fougue et rapidité, celui-là disait raison, observation, vérité, modération, précédents, lenteur. Pour le premier, point de règles, nul souci des anciens, et pas davantage des modernes;, une grande attention à plaire et, par suite, toute satisfaction donnée aux goûts vulgaires; une place considérable accordée au spectacle, aux danses, aux jeux de mots, aux fantômes, aux monstres, aux bizarreries, aux exagérations et curiosités qui peuvent intéresser la foule. Chez Jonson, respect des anciens et connaissance de leurs œuvres; haine des manies du public et plaisir spécial à contrecarrer ses tendances ; grande patience et grand soin à limer, raturer, revoir. Il faut écrire avec art; malheur à ceux qui manquent d'art ! « Je ne conteste pas que ces hommes qui
1. The Workes of Beniamin Jonson, imprinted at London, by Will. Stansby, 1616, fol.; t. II, 1631. Thomas Heyvvood, dans la préface de son Emjlish Traveller, 1633, dit : « My playes are not exposed unto the world in volumes to beare the title of Workes (as others) ». Il donne diverses raisons, et notamment : « That it never was any great ambition in me to bee in this kind voluminously read » ; même disposition chez Marston, préface du Parasitaster, 1606.
cherchent toujours à passer la limite n'atteignent pas, par hasard , à la grandeur et la beauté ; mais quand ce hasard se produit, il ne compense pas les défauts qui l'accompagnent ». Je me garde de me mettre en balance avec des gens pareils, ils auront toujours plus de suffrages que moi : « Les ignorants ont une maladie de la vue qui leur fait juger une rude ébauche plus grande qu'une œuvre achevée; l'éparpillement leur donne l'idée du nombre plutôt que l'ordre régulier* ». Suivant Jonson, l'artiste consciencieux choisit ses mots, réfléchit à la place qui leur convient le mieux, évite les fougueuses métaphores, compose sans hâte^.
La fantaisie est une fée dangereuse : il vaut mieux prendre pour muse la Vérité : vérité historique s'il s'agit du passé; observation personnelle, consciencieuse, minutieuse, s'il s'agit du présent. C'est là son idée; elle est notoire, comme toutes ses idées : « Empirique » ! disent ses ennemis; « éponge »! qui ne fait qu'exprimer ce dont elle s'est remplie^. De cette idée, il est convaincu, et il la pousse logiquement à ses dernières conséquences : il faut tout soumettre à l'expérience personnelle, môme ces admirables anciens qu'on ne saurait trop étudier. Et par là il réserve une place assez large à l'esprit et aux nécessités modernes, bien plus large que ne feront Boileau dans son Art poétique et Addison dans son Caton : « Je ne connais rien qui puisse mieux permettre d'atteindre à l'art littéraire que de connaître les écrits des anciens. Mais il ne