‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 24 sur 290 · Confulacion of Tyndales aunswere; Worket. p · texte numérisé non relu

Confulacion of Tyndales aunswere; Worket. p

A ce point, la pente est rapide. Les querelles de mots, les menues arguties, les attaques personnelles (qui souvent d'ailleurs ne sont que des ripostes), les injures même, ne sont pas rares, si bien que l'impression dernière laissée par ces œuvres est celle d'habiles plaidoyers, écrits par un spirituel et fougueux avocat. Il n'en reste pas moins qu'à servir à des usages si variés, à conter les innombrables anecdotes qui fourmillent chez More, à noter des traits de mœurs, à interpréter les aventures du loup et du renard, rapportées par « mother Maud ' », à servir d'instrument à un orateur passionné qui est, en même temps, un causeur plein d'esprit, la langue anglaise ne peut moins faire que de s'assouplir, et l'on voit la justesse de ce mot d'Ascham, que la prose nationale était restée rude parce que les gens instruits avaient trop longtemps dédaigné de s'en servie La tâche n'est pas remplie, il s'en faut, mais elle est du moins comprise et l'œuvre est commencée.

A cette entreprise servent aussi (sans parler des autres polémistes et orateurs qui attaquent ou défendent la Réforme) Fisher, Elyot, Ascham lui-même, tous humanistes distingués. Fisher, évêque de Rochester, le moins artiste, mais le plus grave et le plus sincère des trois, infatigable prédicateur, dont les sermons et les traités anglais, si décousus et mal ordonnés qu'ils soient, trouvent encore le chemin du cœur, Fisher, nous ramène, par sa tournure d'esprit, aux anciennes époques de foi ardente. Le problème de la vie s'offre à lui avec toutes les terreurs qui faisaient trembler les Anglo-Saxons convertis et plus tard Rolle de Hampole dans sa cellule-. Il dépeint des Christs souffrants

1. Ce récit, assez long, est une preuve de plus de la popularité de Renard en Angleterre (voir supra, 1. 1, p. 156); c'est aussi un bon spécimen du style familier de More . « My mother had (when I was a lyttle boy) a good old woman... » etc. A Dyalorjue of Coumforte, liv. II, chap. 14.

2. Voir ses oraisons funèbres pour Henri VII et pour Marguerite mère

et sanglants, pareils à ceux des vieilles fresques : « Ne voistu pas ses yeux, comme ils sont pleins de sang et de larmes amères? Ne vois-tu pas ses oreilles, comme elles sont remplies du bruit des blasphèmes, des insultes et des expressions d'ignominie? Son cou et ses joues exposés aux soufflets, ses épaules chargées du poids de la croix?.,. Misérable pécheur, tout cela, il l'a souffert pour toi* »! Fisher appartient à l'Église militante; la sérénité des modèles antiques, qui cependant lui sont familiers et dont il a propagé l'étude à Cambridge, n'a jamais pénétré en son Amo. Les autres, au contraire, sont du monde et écrivent en hommes de la Renaissance. Elyot, s'inspirant de l'esprit nouveau, à la fois curieux et rasséréné, compile ses traductions, son dictionnaire, son Gouverneur ; use d'un style coulant et aimable, égayé d'exemples tirés de souvenirs personnels et même d'un long récit introduit uniquement par amour de l'art, amour un peu gauche, comme sont les premières amours, pour faire, dit-il naïvement, de la « variété* n. Il rédige, aussi en prose anglaise, son Château de Santé, aux fins de révéler à tous les secrets et mystères de Tart médical : car il ne faut plus de mystères. C'est là une des idées dominantes de la Renaissance et qui est, pour ainsi dire, dans l'air : sans se copier l'un l'autre, plusieurs auteurs l'expriment en divers pays. Du Bellay, qui n'avait

de ce roi; sa Spiritual Consolacyon written... to his sisler Elizabeth : « O corruptible bodie, o slinkin^ carion, o roUen carlh to wlioin I havc served... « The English Works of John Fisher, éd. J. E. B. Major, Early English Texl Society, 1876, p. 355.

1. .4 sermon... preached upon good friday.f. 388. Ses serinons on anglais sur les psaumes furent imprimés parPynson dés 1505. Les sermons de Luther, en allemand, ne furent imprimés qu'à partir de l.'>22.

2. Histoire de Tito et Gisippo. Elyot (lir. H, chap. xii) suit la rersion latine rOdigt-e par liéroald d'après le conte de Boccace (10* journée, nouvelle 8), un des plus populaires du D(''came'ron. Ce récit arait été mis en vers anglais par Lydgate {l.ydgate't Fabula duorum Mercatorum, éd. Zupitza, Strasbourg, 1897).

pas lu Elyot, blâme comme lui les savants qui ne voudraient se servir que du latin : « Il me souvient de ces reliques qu'on voit seulement par une petite vitre... Ainsi veulent-ils faire de toutes les disciplines qu'ils tiennent enfermées dedans les livres grecs et latins, ne permettant qu'on les puisse voir autrement, ou les transporter de ces paroles mortes en celles qui sont vives et volent ordinairement par les bouches des hommes ^ » .

Partisan, lui aussi, des « paroles qui sont vives », plus alerte que tous ses compatriotes, plus aimable, plus léger d'allures, plus agréable à suivre par les allées des parcs, dans les bois, ou même sur les bancs de l'école, Ascham sert de trait d'union entre le temps d'Henri VIII et celui d'Elisabeth et peut être considéré comme le premier des essayistes anglais. Grand est déjà le progrès depuis Caxton; Ascham écrit d'une plume élégante et agile. Cet habile homme, qui sut traverser toutes les crises sans jamais perdre la faveur, ne détestait personne, et, sans s'oublier luimême, souhaitait le bien de tout le monde. Il put demeurer ainsi, jusqu'à la fin, aimable et souriant, jugeant les hommes sans amertume, avec la bienveillance d'un esprit assagi et non aigri par l'âge. Ses deux essais, sur le tir à l'arc^ et sur l'éducation 3, sont des causeries familières,

1. Défense et Illustration, 1549; même théorie dans le Castel of Helth qui est de 1534 : m But if physicions bc angry that I bave wrillen physicke in englishe, let tliem remember that the Grekes wrote in greke, Ihe Romains in latin ».

2. Toxophilus, the schole of shoolmge, 1545 (réimp. par Arber 1895), dédié au roi, qui, très bon archer lui-même, récompensa Ascham en lui donnant une pension de dix livres. Sur la pétition des fabricants darcs et de flèches, un statut avait été promulgué, peu avant, pour obliger tous les sujets du roi à s'exercer au tir, à partir de l'âge de sept ans. 33 H. VIII, chap. ix (1541) Cf. sir John Smith : Certain discourses... of the excellencie... of archers,

3. The Scholemaster,or plaine and perfite way of teaching children ta understand, wrile andspeake the Latin long, Londres, 1570, 4° (réimp. par

OÙ il touche, en passant, à toute sorte de sujets, ne s'astreint à aucune règle, revient sur ses pas, introduit quantité de digressions : « Je ressemble, dit-il, à ces geus qui ont la manie de bAtir; ma petite école s'est étendue et a grandi, de jour en jour, bien plus que je ne pensais d'abord ». Il rappelle ses propres expériences, donne des conseils, trace des portraits, blâme les ridicules et les modes excessives avec une finesse d'esprit et sur un ton aimable qui déjà font penser à la bonhomie railleuse d'Addison.

Tout pénétré des classiques, Ascham est cependant très anglais de ton et d'idées; il défend la langue nationale, les jeux et les exercices nationaux. Le tir à l'arc est l'exercice par excellence aufjuel doit s'adonner tout bon sujet du roi; c'est un exercice en plein air, en plein jour, à la face de tous, utile à la patrie, autant pour le moins que ces (( fortes armes » dont la mode s'introduit, profitable à la santé et qui détourne des jeux de hasard auxquels conviennent la nuit et les recoins obscurs.

Ascham aime les enfants; il leur souhaite des maîtres d'une patience et d'une bonté infatigables; il a pitié de l'écolier, arraché sitôt aux joies de la famille et de la vie, pour pâlir sur les noirs préceptes de la grammaire; il veut qu'on égaie d'exemples ces règles rébarbatives; que le maître, au lieu de guetter les occasions de blAme, profite de celles où il peut louer : rien de plus fécond qu'un juste éloge ; « l'amour fera plus que la crainte, et la douceur que les coups ». 11 faut se garder surtout de ce défaut, si commun chez les maîtres, qui réservent leure faveurs aux esprits prompts et n'ont que rebuffades pour les esprits

Arbcr, 1895). Lr livre est le résultat d'une conTcrsalion très agréablement contée au début de l'ouvrage, et qui eut lieu chez Cocil, le lo décembre 1563, pendant le diner. Il est écrit en entier sur le ton de la conversation; il partit seulement après la mort d'Ascham, survenue en 1568 et eut beaucoup de succès : éditions en 1571-73-79-83-89.

lents : « Car je sais bien, et pas seulement pour l'avoir lu dans les livres de mon cabinet, mais aussi par mon expérience de la vie et par ce que j'ai vu dans le monde, que, la plupart du temps, ceux qui se montrent, dans leur maturité, les plus sages, les mieux instruits, les hommes les plus complets, ne furent pas, dans leur jeunesse, les esprits les plus vifs». Ascliam a d'autant plus.de mérite à le dire qu'il avait été lui-même un esprit prompt, ayant enseigné le grec à dix- huit ans.

La cause du perfectionnement et assouplissement de la langue anglaise est encore servie par les traducteurs, et en avant de ce groupe, qui comprend Caxton et les traducteurs de la Bible et des classiques, figure, au premier rang, John Bourchier, lord Berners, qui mit en anglais, sous Henri VIII, des livres de chevalerie, de morale et d'histoire, tirés de l'espagnol ou du français : histoires de Huon de Bordeaux où figure cet Auberon ou Obéron des légendes franques qu'on retrouvera dans Spenser et dans Shakespeare; histoire d'Arthur; Livre d or de Marc-Aurèle, traduit de Guevara, chroniques de Froissart '. Par ce dernier écrit surtout, Berners fut utile à son pays. Il pensait, comme tant d'autres

1. The Boke of Duke Huon of Burdeux, éd. Herrtage, Earlij English Text Society, 1882 et s. (Aventures merveilleuses de Huon en Orient, où il est tiré d'embarras par Auberon, le minuscule roi des fées, et où il épouse Esclaramonde, fille convertie de l'émir de Babylone. Berners suit la version française en prose, imprimée en 1513. Sur Huon, voir Gaston Paris, préface de sa version modernisée, Paris, 1900.) — The Mystory of the moast noble and valyaunt Knyghte Arthur of lytell Brytayne, Londres, s. d., fol., réimpr. par Utterson, Londres, 1814, 4". — The Golden boke of Marcus Aurelhis emperour and éloquent oratour, Londres, 1534, 8°. — Her begynneth the first volum of sir Johan Froysshart, Londres, 152[3], fol.; Hère begynneth the thirde and four the boke, 1525; éd. moderne, par Utterson : Sir J. Froissart's Chronicles, Londres, 1812, 2 vol. 4°. Berners, né vers 1467, soldat et diplomate, assista à la prise de Térouanne, prit part à l'expédition d'Ecosse en 1313, remplit diverses missions en France et en Espagne ; chargé des fonctions de « député général » à Calais, il y passa ses dernières années, rédigeant ses traductions; il y mourut en 1533 (nouv. style).

à son époque, comme Barclay traduisant Salluste, servir ses compatriotes par l'excellence des préceptes et des exemples qu'il allait ainsi leur rendre accessibles. Car, sans les encouragements de l'histoire et l'immortalité qu'elle confère, beaucoup de héros, dit-il, n'auraient rien fait d'héroïque et se seraient assoupis dans la paresse ; Hercule même se fût endormi toute sa vie aux pieds d'Omphale : « Qu'est-ce qui le poussa à affronter tant de dangers et à accomplir de si merveilleux travaux? Rien autre assurément que l'idée de l'immortalité assurée à son nom, du fait que tous les hommes connaîtraient ses mérites ». Encouragé par le roi qui, aimant tout ce qui brille, avait un faible pour Froissart, Berners se donna la tâche immense de traduire l'illustre chroniqueur; et l'événement prouva qu'il servait par là son pays tout autrement qu'il n'attendait. Son livre ne fit pas naître un nouvel Hercule, ni un autre Prince Noir; on ne revit ni Crécy ni Poitiers; mais ce travail eut une grande importance littéraire parce qu'il accrut et fit mieux connaître les ressources de la langue anglaise. Jamais, du temps de ce Chaucer qui fut si admirable en vers et si gauche en prose, on n'eût cru une telle entreprise possible; on admirait Froissart alors, mais on ne se risquait pas à l'imiter; le temps a passé, des progrès se sont accomplis, et Berners prouve maintenant (ju'on peut écrire du Froissart en anglais. C'est, en effet, véritablement du Froissart qu'il donne à ses compatriotes, avec toutes les grâces et le pittoresque du modèle ; il sait faire abstraction de sa propre personnalité. Quand il écrit pour son compte, son style est tout autre, lourd et encombré de répétitions * ; cjuand il suit Frois-

1. Voir, par exempl*', sa préface, si différente par ses redondances el ses répétitions voulues, du style alerte qui fait le mérite de la traduction comme de l'original : « The wrytersof Hystorics... sliew, open, inanifesl and déclare to Ihe readcr, by examplc of ulde antiquité what we sbouldc cnquere, désire and fo-

sart, il l'interprète si bien que si on retraduisait fidèlement le texte qu'il nous donne, on aurait encore du Froissart,

L'étude des classiques a été vulgarisée, un rayon de la lumière de l'Olympe a percé les brumes d'Albion, le renom des humanistes anglais s'est répandu au loin ; la langue anglaise s'enrichit, s'orne et s'assouplit. Outre ses prosateurs, l'Angleterre a des poètes; serait-ce donc, en vérité, « l'âge d'or » qui revient?

La prose anglaise était si en retard, comparée à l'italienne et à la française, que ses progrès arrêtent d'abord le regard; ceux de la poésie, toujours par comparaison, sont moins frappants, et là surtout parait la lenteur avec laquelle la Renaissance agit en Angleterre. Pendant que déjà en Italie et en France on récolte, ici on sème. Jusque bien avant dans le siècle, nombre de poètes ne font rien que continuer le moyen âge; Elisabeth monte sur le trône en 1558 et l'on trouve encore plusieurs de ces continuateurs; les riches moissons entrevues par Érasme devaient lever tardivement et porter un grain inattendu.

Longtemps les voix qui se font entendre redisent des choses déjà dites; le devant de la scène poétique est encore occupé par les descendants de Guillaume de Lorris, de Gower et de Lydgate. Stephen Hawes qui écrit sous les deux premiers Tudors^, admire Chaucer, mais ne veut d'autre

lowe, and also what we should eschevve, avoyde and utterlye flee. For whan we... se, bcholde, and rede the auncienl gestes and dedes... » etc.

1. Œuvre principale : The historié of graunde Amoure and la bell Pucle called the Pastime of plesure conlaining the knowledge of the seven sciences and the course of man's life in this worlde, Londres, 1554, 4<'; éd. moderne : Percy Society, 1845, 8; œuvres réunies, Poems 1503-y, éd. Arber, {English Schotar's Library.)

modèle que Lydgate; encore, dit-il, « je suis bien loin de l'égaler* »; chose incroyable, il dit vrai. « Je lui dois tout ce que j'ai appris » ; c'est peu de chose, llawes en est resté aux mornes allégories d'autrefois; il conduit son chevalier Grand Amour à la Tour de Doctrine où Science l'envoie à. Grammaire qui le fait recevoir par Congruité. Le héros visite Logique, Rhétorique, Arithmétique, Musique, trouve la « Belle Pucelle » et après maintes traverses scientifiques, l'épouse. Mort l'arrête et Remembrance écrit son épitaphe : qu'il repose en paix ! Hawes a beau nommer dans ses vers Flore, Zéphir, Phébus et Diane, on s'apert'oit vite qu'il ne les connaît que par ouï-dire, il ne les a pas vus dans leur temple, il sait tout juste leurs noms. Dans le temps que Raphaël peignait à la Farnésine les noces de Cupidon et de Psyché, Hawes contait, de sa voix nasillarde, les amours d'un Dictionnaire et d'une Grammaire.

Barclay, traducteur de Salluste, est aussi, malgré son savoir, lorsqu'il écrit en vers, un continuateur des traditions mourantes, car il ne voit, dans les anciens, que des modèles de sagesse et de science, et c'est encore la sagesse qu'il demande aux Italiens. Préoccupé de vertu et non de beauté, il ne se doute pas que la lutte pour l'amélioration morale aura, dans son pays, un autre champ. Il écrit des églogues imitées des Latins et des Italiens, pour châtier les vices de son temps; ses bergers sont des philosophes retirés aux champs et qui gardent les moutons par lassitude du monde ; ils ont tant de savoir qu'ils en sont eux-mêmes surpris. Cornix blâme les courtisans de négliger l'étude de Salluste, de Quinte-Curce, et de Suétone.

'■ Nothingc aiii I experte in poelry

As Ihe iiioukc ot Bury, Qourc uf éloquence.

(Dédicace } Lydgate, ajoute-t-il, est « the chefe orygynal of iny Jernyng » Chap. xiT.

LES POETES DE TRANSITION. l03

« Cort/don. — Où as-tu pris, Gornix, tous ces noms bizarres?

Cornix. — Je n'ai pas couru le monde pour rien dans ma jeunesse^ ».

Les allégories et moralisations sont le fort de Barclay. Notre Gringoire est un homme selon son cœur, et il se fait une joie de traduire en anglais le Château de Labour, poème d'une exquise banalité, où l'auteur, assailli par des abstractions personnifiées, discute avec elles et finit par reconnaître les dangers de la paresse; Raison le raisonne, Désespoir le désespère, et Ennui ennuie le lecteur de la première ligne à la dernière 2. Le Vaisseau des Fous, traduit sur une traduction latine du poème allemand de Sébastien Brant, est écrit aussi par Barclay à bonne intention : « pour réformer les erreurs et les vices de notre royaume d'Angleterre ^ ». G'est assurément une lecture de carême et c'est

1. Hère bcgynneth the Eglogues of Alexander Barclay prest... translated... ont of a boke named in Latin Miserie Curialium, compyled by JEneas Silvius ; Londres, 4", s. d. — The fyfte Eglog of Alexandre Barclay, of the Cytezen and Vplondysliman, 4°, s. d. Cette dernière a été réinapriraée, avec des extraits des autres, par la Percy Society, 1847; elles furent composées vers 1514. Barclay, qui fut tour à tour frère mendiant et moine bénédictin, mourut en 1552. Son renom littéraire l'avait fait mander, lors du Camp du Drap dor, « to devise historiés and convenient raisons to florisshe the buildings and banquet house withal ». Nicholas Vaux à "Wolsey (10 avril 1520). Au moment de la Réforme il fut signalé comme un « false knave and a dissembling frère », manière de dire qu'il restait fidèle à sa foi. Lelters and papers, Henry VIII. t. III, 1^ partie, p. 259; t. XIII, 2" partie, p. 232.

2. Gringoire, Le Chasteau de Labours, avec aucunes balades et addicions, Paris, 1500,8", curieux bois; Barclay, The Castell of Laboure, Londres, 1506, bois sur les mêmes sujets. Il faut savoir gré toutefois aux deux auteurs d'avoir compris la littérature parmi les occupations de Wysedome :

1 make lownes and castelles stronge of walles ;

I make Jestes, storyes and comedyes;

I make the seven arles lyberalles,

Willi poèmes and many tragydees (sig. D. iii).

3. The shyp offolys of the worlde, Londres, 1509, 4°. — Texte de Brant Das Narren schiff... durch Sebasliamtm Brant in beyden Rechten Doctor,

pénitence que de la faire. Les vices, les ridicules, les excentricités sont examinés et blAmés avec une rigoureuse ponctualité; en interminable procession défilent les avares, les bavards, les menteurs, les querelleui*s, les sceptiques « qui préfèrent à la Bible les sottes histoires de Robin Hood », les amoureux, les bâtisseurs, les colériques, les astrologues. Érasme riait de tout, Barclay ne rit do rien ; à l'éloge de la Folie il oppose le blAmedela Folie. Il mourut en 1552, clerc du moyen âge qui s'était trouvé vivre à la Renaissance.

En Ecosse aussi, le moyen Age a encore des représentants, mais d'une personnalité plus tranchée; s'ils ont aux pieds les anciennes entraves, ils les portent plus légèrement. L'un est ce frère mendiant, joyeux vivant, plein d'entrain, mieux préparé aux ripailles de Thélème qu'aux austérités d'Assise, déjà rencontré sur notre route, William Dunbar'. Trop vanté après avoir été trop oublié, cet écrivain, si doué qu'il soit, n'est pas un innovateur. Vivant au temps de la Renaissance, il cultive, sous Jacques IV. tous les vieux genres et rappelle plutôt les noms des poè-

Nurcmberg, 1494, 8*. — Version latine de Jacob Locher : StuUifera navis, 1497 ; tous ces textes sont en vers. Barclay dit s'inspirer de ces deux versions et d'une traduction française, mais il suit surtout le latin qu'il reproduit, d'ailleurs, dans son livre; il prend de (grandes libertés et nous en avertit : n soine t\me addyngc, somtyme dctrartynge and takinge away ». 11 glis.sc, par ex., sur le chapitre des mascarades, par un sentiment de réserve pudique (fol. ccxlv). Les bois dont .son livre est orné sont, coinme le texte, dij^nes du moyen âge et non de la Renaissance. Voir, en particulier, les sujets mylholo^'lques; comparer ftar exemple Hercule entre la Vertu et la Volupté, fol. ccui. et la mort d'Orphée dans le ms. Harléien 17(>6, au Hritisli Muséum, fol. 69 et 7<i. Dans les deux cas, on est au moyen âge. Les idées artistiques de la Renaissance ayant pénétré tardivement en Angleterre, ce pays fut le dernier à ofl'rir un marché pour les vieux bois démodés dont les imprimeurs s'étaient servis sur le continent à la Kn du quinzième et au commencement du seizième siècle; les migrations de ces bois S(mt, à ce point de vue. très caractéristiques. Voir «. (j. Bibliographica, 1890, t. Il, art. de Pollard.

1. Supra, t. I, p. 5'!8. Poems, éd. Small, Gregor et Mackay, Scottith texl Society, 1893, 3 vol. 8'.

tes passés que ceux des poètes futurs. Il se plaît à la forme du rêve ; il enlumine et surcharge d'ornements des allégories où Bel Accueil, et Danger figurent à côté des dieux antiques; il compose, dans le goût du moyen âge, des estrifs ou disputoisons, des poèmes mi-anglais mi-latins, des fabliaux, satires, moralisations ou élégies, qui, malheureusement pour lui, font songer à Ghaucer, à Langland, à Villon ^ Les dieux sont nommés et parfois décrits dans ses vers, mais leur image est dessinée d'un crayon sec, digne d'autrefois et non de maintenant. La « fleur de la chevalerie de Vénus » accompagne, dans ses vers. Dame Beauté ; les dieux et les abstractions montent en bateau, « tirent le canon avec poudre violente ' », et réveillent l'auteur. Nous sommes bien encore au moyen âge.

Sir David Lyndesay, sous le règne suivant 3, est aussi

1. The Merle and tlie NichlingaUl, dispute sur l'amour divin et l'amour protane. Le Flyting of Dunbar and Kennedy est une variété, très goûtée en Ecosse, du même genre : les deux poètes (sans cesser d'être amis) se lancent à la face des jets d'injures; c'est un estrif de fortes dimensions (552 vers) et très grossier. — The Justis beluix the Tailyeour and Soular : la scène, nauséabonde, se passe en enfer, « in presens of Mahoun ». Ce genre de caricature (autre par A. Scot, infra, p. l'iO) était un amusement favori chez les poètes et artistes du moyen âge : les Anglais avaient leur Turnamentof Totenham [supra, I, 228); les miniatures reproduisent souvent de telles scènes; on en voit une sculptée sur la grande cheminée de la maison de Jacques Cœur à Bourges. — The tua maryit Wemen and the Wedo (en vers allitératifs) ; ces trois femmes sont la monnaie de la « wife of Bath » ; elles sont plus grossières et moins amusantes; l'imitation est d'ailleurs directe. — The Dance of the sevin deidly Synni.s ; se passe aux enfers où « Mahoun » réclame une danse; les péchés défilent avec leur cortège. — Lament for the Makaris, composé en 150G-7. Le refrain, qui ne vaut pas celui de Villon, est emprunté à Lydgate. Dunbar toutefois, connut à Paris, où elles venaient de paraître (1489) lorsqu'il y séjourna, les œuvres de Villon : inlluence manifeste, e. g., dans le Testament of Andro Kennedy. Pour ses allégories, supra, I, 529.

■2. Thay fyrit gunnis wyth powder violent [Goldyn Targe).

3. Né en 1490, attaclié à Jacques V dès la naissance de ce prince (1512), fait chevalier et« LyonKing of Arms », 1529; vit à la cour, remplit des mis-

un élève des anciens maîtres nationaux, mais c'est un élève audacieux et entreprenant; sa voix sonore, parfois douce, souvent raucjue, s'entend au loin; il dit ce qu'il pense et non ce que pensent les clercs dont il a lu les livres; ses procédés sont d'autrefois, mais ses idées, de maintenant. Appartenant à une famille qui n'a pas cessé d'être illustre, les Lyndesay ou Lindsay, « a surname of renoun », il est de toutes les querelles; homme de cour, il se montre très peu courtisan. Ni ses missions diplomatiques, ni ses fonctions de (( Lyon K'ing of Arms », ou chef du collège des hérauts, qui faisaient de lui le maître de l'étiquette, le conservateur des précédents, le gardien des généalogies , le régulateur des préséances, ne purent quoi que ce fût sur son tempérament. Impétueux de naissance, il reste impétueux toute sa vie; en gestes, en paroles, en écrits, en actions, en conseils, il est abondant; c'est une nature exubérante, il déborde, il faut qu'il dise leur fait aux gens, et comme il commence par le prince son protecteur, rien de surprenant qu'il sermonne aussi le pape, les évoques, les seigneurs, le menu peuple, les faux dévots, les charlatans, les dames de cour, les bourgeois, les soldats. Il fait monter sur la scène toutes les classes de la société, les « Trois États »; il y joint les Vertus et les Vices, compose de leurs débats une immense comédie morale, « à cent actes divers » qui est jouée à Linlithgow devant le roi, ses prélats et ses barons et dont la représentation dure toute une journée. Les abstractions et les réalités se mêlent, le moyen âge n'a jamais rien inspiré de plus incohérent; mais les pensées sont modernes et il s'agit si bien des querelles contemporaines et des hommes du jour que la production du drame prit l'im-

sion»dî|)loinaliques -. auprès de Cbarles-Quint, 15SI ; en France lors du mariage di' son mailre avec MadeUrine fille de François 1", 1536-7 ; en Angleterre, 1544 ; en Danemarli, 1.M8. II mourut avant 1558.

portance d'un événement politique considérable. Le roi qui avait préparé, d'accord avec son fidèle poète, cette leçon de choses pour les grands du royaume (un peu comme, plus tard, le Prince Hamlet), ajouta, en manière d'épilogue, de sévères remontrances à ses évoques, et l'ambassadeur d'Angleterre envoya à Londres une longue dépêche et une analyse détaillée de la pièce K

Le roi était ce jeune Jacques V, contemporain d'Henri VIII et de François P'', dont Lyndesay avait enchanté les premières années par ses contes, sa musique et ses inventions de toute sorte. Il le portait sur son dos, « comme un colporteur son paquet » ; il lui apprenait les vieilles chansons d'Ecosse; les premiers mots de l'enfant royal, à son berceau, avaient été « Pa Da Lyn », joue, David Lyndesay. L'intimité du poète et du prince dura toute leur vie ; David s'appliqua sans relâche, mais sans succès, à régulariser ce qu'il y avait d'excessif dans l'esprit de ce vrai Stuart, ardent, passionné, terrible à ses ennemis, sans cesse occupé de galantes aventures, risquant, à chaque instant, sa couronne, sa vie, la paix de son foyer et de son royaume, pour les beaux yeux de la première fille venue, doué de cette élégante tournure que Marot a décrite et que Ronsard a chantée :

De beauté l'homme avait plus grande part Que le Troyen qui fut épris d'Hélène -.

1. Ane Satyre of the thrie Eataits in comme» dation of Vertew and vitupération of Vyce (dans Works ; Early English Text Society, 4° partie, 1869, 8». ou éd. Laiiig, Edimbourg, 1879, 3 vol. 8», t. III). La représentation à Linlithgow eut lieu eu 1540; le rapport de l'envoyé anglais, sir W. Eure, subsiste, imprimé par EUis, Original Letters, 3® série, III, 279. Une antre représentation, donnée en 1554, commença, à 9 heures du matin et finit (avec un intervalle pour le repas) à G heures du soir.

2. Chant nuptial du Roy d'Escosse et de Madame Magdaleine première fille de France, par Marot. Il s'agit du premier mariage de Jacques : 1" janvier 1537; il épousa, peu après, en secondes noces, Marie de Guise, au grand

Autoritaire avec cela, voulant, malgré sa jeunesse, reprendre la tâche commencée par son héroïque aïeul Jacques I" et réduire à l'obéissance les nobles et le peuple, les Douglas, les Campbell et les clans révoltés, il dépensa une énergie extraordinaire en des entreprises impossibles: essaya de réformer l'Église sans en changer la vieille structure, se fit, comme tous les Stuarts, des partisans dévoués jusqu'à la mort et des ennemis altérés de son sang, et finit par mourir à trente ans, usé par ses passions, brisé par la lutte, laissant son armée anéantie par les Anglais, l'édifice religieux prêt à s'ell'ondrer et le royaume aux mains d'une enfant qui venait tout juste de naître à Linlithgow, Marie Stuart. 11 fut, comme beaucoup d'autres princes de sa famille, poète et sujet de poésies'; de son temps môme des bîiUades étaient consacrées à ses aventures et d'aucunes ont été contées, depuis, par ce « ménestrel », le dernier et le plus charmant qui fut jamais, Walter Scott.

Presque toutes les œuvres de Lyndesay ont pour objet d'instruire le maître qu'il chérissait malgré ses terribles défauts et sur qui les admonestations avaient si peu de prise. Pour lui, pas plus ([ue pour Dunbar, la forme du

dépit d'Henri VIII qui eût voulu s'allier à celle belle princesse (1538). La mort de Madeleine fut pleurée par Lyndesay : The Deploralioun ofthe deith of Quene Magdalene. (Works, 5* partie.)

1. Une allusion de Lyndesay montre que sûrement Jacques V fit dei Ters. Plusieurs poèmes écossais du seizième siècle (qui tous lui feraient grand honneur] lui ont •'té attribuas, sans preuves certaines : Pehiis (o (lie Play, charmant tableau dune kermesse chainpi'lre : ou ch'inle haut, on boit ferme, on s'embrasse fort, on danse au son de la cornemu<(e, on est bien triste de se quitter; Chrystis Kirk on tlic Gre.iie, autre fête champêtre, mais plus tumultueuse, dont la popularité durait encore du temps de Pope-, The Gaberhinzteman (colporteur) et The Jolly Beggar, histoires de joyeux vagabonds qui séduisent sans scrupule la fille de la maison; le << jolly l)eggar » se trouve un beau seigneur qui laisse en parlant bt>aucoup d'argent' • pour payer les frais de nourrice u ; on se sépare très satisfaits, chacun ayant son compte; le langage est pittoresque, le fond brutal. (Texte, notamment, dans Eyrc Todd, Scottish Pot-try ofthe Sixteenth century, !«»:?, p. 159.)

rêve n'est vieillie ; comme Langlaiid, il rêve de Piers Plowman : « John the Commounweill », Jean Chose-Publique, qui réclame des réformes. Gomme Dante, il voit en songe l'enfer, le purgatoire et le paradis. Lyndesay demeure toutefois lui-même, et, par là, intéresse; nous avons affaire à un homme de chair et d'os, et un franc Écossais; nous ne sommes pas en mai ou juin, mais en janvier; le poète garde, pour les descriptions hivernales, le goût qu'eurent toujours les gens du nord. Il s'enveloppe d'un grand manteau à capuchon, fourre ses mains dans ses mitaines et marche vers la mer. La bise souffle, les oiseaux gémissent : « Hélas! Aurore, disait la pauvre alouette, qu'as-tu fait de la douce liqueur embaumée où je puisais ma galté, en montant vers le ciel? Tes gouttes d'argent sont changées en grêle... Il s'est fané, gentil juillet, ton vert manteau semé de roses rouges et blanches » ; fanée aussi, la pâquerette chère aux poètes du quatorzième siècle. Le promeneur trouve une grotte dans les rochers, près du rivage, abaisse son capuchon, s'enveloppe jusqu'aux pieds, et le souffle des vents le berce et l'endort. Sa vision commence et le moyen âge reprenant ses droits, le poème se fait traité : toutes difficultés y sont résolues, tous problèmes y trouvent leur solution, tous abus sont réformés; nous sommes plus près des nuages que du sol. Lyndesay est réveillé, la vision finie, par le passage d'un navire qui salue la terre de ses canons. Le dormeur saute sur ses pieds, rentre à la maison, mange de grand appétit, rédige sa vision et en recommande les enseignements à ce jeune roi dont il avait rappelé, au début, les jeux d'enfant i.

1, The Dreme, imprimé après sa mort, ainsi que plusieurs autres de ses œuvres, « at Ihe command and expenses of Maister Samuel Jascuy in Paris », 1558, 8° (bois, censé représenter Lyndesay, discourant, les armes d'Ecosse sur la poitrine). Cette localisation est peut-être fantaisiste; un Jaqui (Jaume

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Une des œuvres les plus curieuses, les plus modernes, de Lyndcsay, est son petit roman en vers, consacré aux aventures d'un contemporain imaginaire, le Sguire Meldrum^. Par moments, le conte est si absurde que l'auteur s'en moque lui-même; à d'autres endroits, le détail précis, les faits historiques, les pensées et les impressions sont indiqués d'un trait tellement sobre et juste qu'on peut se demander si, dans ce confus amas d'amours et de batailles, ce n'est pas l'art du roman moderne qui commence et la verve d'un lointain Fielding qui jette ses premières lueurs.

Meldrum est contemporain à la fois de I.yndesay et de Troïlus; il tient du Thopas de Chaucer et des batailleurs réels du seizième siècle; il rencontre Henri VIII et se bat, en bon Écossais, pour le compte du roi de France Louis XII ; toutes les femmes l'aiment et n'en font pas mystère; il est leur chevalier. S'il en voit une des plus jolies, au sac d'un château, privée de ses vêtements que de rudes soudards sont en train de se partager sans faire attention à sa beauté ni à son embarras, il intervient et demande qu'on lui rfinde, du moins, sa chemise. Les soudards refusent et Meldrum les coupe en deux; la dame se rhabille, Tembrasse,

impriroailtouteroisàLyon, en 1544 (etun Jaquy, Sébastien, à Niines ea 1607). Autre prand poème allégorique du même : The Monarche, autrement dit .!«« Dialog betuix Expérience and ane Courteour of the miserabyl Estait of the World (achevé en 1553). Ce poème (non pas seul, comme on le répète, mais avec le Dreme, le Papingoei plusieurs autres) fut traduit en vers danois : Dialogus eller en SatAtale Imellom Forfarenhed oc en Hofflienere om Verdens elendige rasen oc begribis vdi fixe Bôger om Monarchier, Copenba^ue, 1591,4". De Lyndesay encore, diverses satires, exhortations et complaintes, critique des modes, etc. : The Testament... of our soverane Lordis Papyngo ; — The Complaint and publict Confetsioun ofthe Kingis auld hound callit Bagsche; — The Tragédie of the Maist Révérend Fa- </ier 7)avic{, c'est-à-dire le Cardinal Beaton, assassiné en 1546; à rapprocher du Mirror for Magistratex ; infra, p. SOI.

1. The historié of ane nobil and wailyiand squyer William Meldrum, umquhyle laird nf Cleishe and Bynnis (écrit vers 1550; M'orl.s, E.E.T.S., 8* partie).

veut l'épouser, le suivre, comme feraient les héroïnes de Shakespeare, déguisée en page. Meldrum a toutes les peines du monde à s'en débarrasser et à réserver ses tendresses pour « l'étoile de Stratherne » , dans le château de laquelle il passe les plus doux moments de sa vie. Lyndesay s'attarde volontiers à décrire des scènes si charmantes. 11 ignore la fausse honte, et même la vraie ; bien loin de se voiler la face, il ouvre les yeux tout grands. Sa complaisance pour ses personnages ne l'empêche pas, au reste, d'en rire un peu (ainsi fera Fielding), et il montre sa belle châtelaine, obligée de mentir à ses servantes au retour d'une galante expédition, et jurant « par celui qui vendit le doux Jésus ». Un trait remarquable est son insistance sur la réalité de ce héros imaginaire qu'il aurait « connu lui-même^ ».

Railleur sarcastique et contempteur des modes, Lyndesay affecte de mépriser les dieux ; c'est simplement un signe de leur popularité grandissante : « Je n'invoquerai ni Minerve, ni Melpomène... Je renie Proserpine et Apollon et avec eux Euterpe, Jupiter et Junon- ». Leur culte commençait à se répandre parmi les poètes de langue anglaise. Pendant que le moyen âge se continuait chez plusieurs , la Renaissance commençait chez quelques autres, et même chez Lyndesay, malgré ses protestations, paraissent des traces du renouveau. Le mouvement se dessine à ce même moment, en Angleterre avec Skelton, en Ecosse avec Gavin Douglas, tous deux poètes et humanistes, mais sans autre ressemblance entre eux que cette combinaison de qualités.

Skelton est un des esprits les plus singuliers de cette

1, Quliais douchtines , during his lyfe I kuaw my self. (P. 321.)

2. Début de The Monarche. En France, dans le même siècle, le règne des dieux et des muses est si fermement établi, qu'un austère huguenot comme Du Bartas met ses poèmes pieux sous la protection d'Uranie.

époque singulière; il s'inspire des modèles les plus élégants et les plus barbares; c'est un vrai poète de transition : le moyen âge et la Renaissance sont réunis dans ses vers; pour lui non plus le Roman de la Rose n'a pas vieilli, et pourtant il est familier avec l'Olympe. Ses Vénus sont de vraies déesses, ce qui ne l'empêche aucunement de sourire à Bel-Accueil et de redouter les maléfices de Danger. Nulle contrainte d'ailleurs; aucun poète ne suivit plus librement une veine plus désordonnée; il va partout, dit tout ce qu'il pense, décrit tout ce qu'il voit, et comme sa vision est claire et sa langue prompte, on a des peintures multicolores, saisissantes par leur netteté, où les pereonnages sont pris sur le vif, dans leur pose grotesque ou gracieuse, de la prairie où dansent les nymphes, aux tavernes fumeuses d'où montent les odeurs de bière'.

Sa vie est, comme son œuvre, une longue suite de contradictions. Il fait de solides études à Oxford et à Cambridge, et les complète sur le continent; prend tout de suite rang parmi les humanistes, rédige des poèmes latins, traduit les classiques, compile une grammaire, reçoit le laurier à Oxford, comme Pétrarque jadis à Rome, pour ses vers latins, parait à la cour d'Henri VII et devient précepteur de son fils, le futur Henri VIH. Il entre dans les ordres et, son préceptorat fini, est nommé curé de Diss en Norfolk. Rien ne lui manque de ce qui pourrait faire de lui un grave dignitaire de l'Église et un humaniste fameux. Érasme célèbre SCS louanges et le bon Caxton, du fond de sa boutique, fait appel aux lumières de ce savant homme, familier avec « Virgile, Ovide, Cicéron et tous les autres nobles poètes et orateurs qui me sont inconnus ' ».

1. Ex. : Blynour Rummynge. — Poetical Works, éd. Dyce, 1843, 2 toI., 1. 1, p. 95.

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