‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 25 sur 290 · Eneydos, prologue · texte numérisé non relu

Eneydos, prologue

Or ce lauréat, « imum Britannicarum literarum lumen ac decus », disait Érasme^, ce grammairien, ce précepteur de rois, ce curé de campagne, était, avec tout son savoir et en dépit de ses graves fonctions, un des esprits les plus fous qu'on eût vus dans cette époque de renouveau et de réforme qui en compta beaucoup. Il ne respecte rien, écrit sans cesse, loue et injurie avec la même fougue désordonnée, d'autant plus imprudent que, grisé de mots et étourdi de ses propres bavardages, il se doute à peine du danger. Il porte Wolsey aux nues et lui dédie plusieurs écrits, par intérêt, sans la moindre vergogne , déclarant bien haut ses motifs-. La prébende espérée ne venant pas, cette (( lumière de l'Église », ce légat digne de toute vénération, cet organisateur de la victoire, n'est plus qu'un chien de boucher, un hérétique, un impie, un âne, qui pille l'État, vole l'Église et se vend au plus offrant. Les archers d'Angleterre sont vaincus par les archers français, bien plus habiles qui prennent pour cible un chapeau de cardinal et tirent avec des écus : « they over-shot us^ ».

Son style est aussi décousu que ses pensées ; il affectionne un petit vers à l'allure vive qu'il fait rimer dix, quinze fois de suite sur les mêmes sons, procédé qu'il emprunte (ce qu'on n'a pas remarqué) à notre ancienne littérature'' avec

1. Je t'encouragerais aux grandes choses, écrivait Érasme au jeune Henri (le futur Henri VIII), mais c'est inutile, tu y es poussé par ta nature et par Skelton : « Ad quod equidem te adiiortarer, nisi et ipse jamdudum sponte tua velis remisque (ut aiunt) tendercs, et domi haberes Skeltonum unum Britannicarum literarum lumen ac decus ». Opéra, 1703, t. I, col. 1213.

2. Cardineum doniinum pariter vencrando salutes, Legaluni a lalere et fiât memor ipse precare Prcbendœ quam promisit mihi credere quondam.

A ryght délectable tratyse upon a goodly gar lande or chapelet oflaurell, « l'Envoy », 1523, (éd. Dyce, t. I.)

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