Every man out of his humour, III-l et s
2. Staple of Neus, joué en 1625; les scènes dans la boutique aux nouvelles (on y apprend que le roi d'Espagne est élu pape, etc.), sont amusantes, mais épisodiques et sans lien avec le reste de la pièce.
de jurons pendant un seul souper suffirait à Tapprovisionnement d'une garnison pendant douze mois ». Les dames discutent coiffure : « Celle-ci est parfaite... elle est d'après cette gravure italienne que nous regardions hier ».
Amorphus, le voyageur élégant et bavard, dont la présence est une réclame pour le restaurant où il dîne, et qui y reçoit, en conséquence, pension pour rien, prend à cœur de dégrossir le fils de bourgeois, Asotus. La première épreuve a complètement échoué; dans le salon de » présence », devant Sa Majesté, Asotus a perdu la tète. Son ami lui indique les moyens de se tirer d'affaire en pareil cas : on se donne un air dégagé, on ramasse à terre un de ces joncs qui servaient de tapis à la Cour comme au théâtre, on s'en cure les dents; on feint de parler à sou page, de chercher une tache sur son bas, ou « l'on recourt à toute autre agréable invention ». L'élève manque d'audace; pour en prendre, qu'il fréquente les ordinaires. Il finira par faire accepter, un jour, son service à une dame (ou à la suivante d'une dame) qui, pour commencer, le chargera d'aller quérir sa voiture, « ou de l'endormir les après-midi en lui lisant quelque joli livre». Asotus travaille en conscience et s'exerce à domicile; le maître, ({ui n'en veut pas avoir le démenti, donne la leçon. Il faut recommencer; recommencez-moi cette entrée.
« Asottis. — Bien. J'entre de nouveau. L'appellation que je lui destine est : ma chère Lindabridès.
Amorphus. — Lindabridès!
Asotus. — Mais oui, la fille de l'empereur Alcandre, sœur du prince Méridian, dans le Chevalier au Soleil ; elle l'aurait épousé si la princesse Clarindiana...
Amorphus. — Oh! vous trahissez votre érudition ».
Lindabridès est toutefois maintenu. Les expériences sont réitérées ; les grâces minaudières des dames de Cour sont
complaisamment étalées, les jeux d'esprit, inspirés du « souper de Casai » et montrant le progrès des mœurs à l'italienne, forment le sujet d'amusantes scènes^. A la fin, Critès, « être d'un caractère parfait et divin », et en qui Jonson se flatte ingénument qu'on le reconnaîtra lui-même, juge les travers, condamne les ridicules, réforme les mœurs et oblige à faire pénitence ces courtisans et ces précieuses qui ont, hélas comme l'auteur lui-même, bu à la « fontaine de l'amour-propre ».
Ces innombrables portraits ont, presque tous, le même défaut : leurs contours sont trop accusés, leurs ombres sont trop fortes. Jonson ricane, mais ne rit guère ; il excelle plus aux sarcasmes qu'à la plaisanterie. Il burine les figures sur sa plaque d'une main sûre, mais trop appuyée; il met trop d'acide ; il lui arrive de casser son burin , de crever sa plaque. Sa constante sévérité fatigue et parfois révolte; il punit par trop ses maniaques dont quelques-uns sont atteints de fort innocentes folies ; pour la moindre verrue , il sort son fer rouge, brûle jusqu'à l'os et, jette même une poignée de sel sur la blessure. Il châtie de minces travers à l'égal de crimes. Pour punir Morose de détester le bruit, il luifait épouserune mégère (unhomme déguiséen femme), le rend à moitié fou et le dépouille de son bien au profit de ses bourreaux. Ce n'est pas assez que l'Alchimiste soit un escroc; Jonson en fait une sorte d'entremetteur, marchand de pierre philosophale et de chair humaine - ; le tableau est peint vraiment à la manière noire.
Tout entier à l'individu, dont il veut faire saillir et met-
1. Chacun choKsit une épilhète. La présidente du jeu désigne alors un substantif, et tous les assistants doivent justifier spirituellement et à l'instant la convenance de l'épitliète choisie par eux pour qualifier le substantif proposé arbitrairement par la présidente (Acte IV). Cf. supra, p. 266.
2. Éd. séparée de cette pièce (parue en 1612), avec notes sur I alchimie de Jonson, par C. M. Hathaway, New- York, 1903, 8°.
tre à nu les diflFormités, Jonson néglige l'ensemble. Ces données qu'il était fier d'inventer lui-même, sont, pour l'ordinaire, des plus faibles; les silhouettes défilent à la suite, en une danse macabre plus souvent affligeante que comique, allant à l'aventure, cessant de remuer parce que les cinq actes sont remplis, réunies par le vouloir arbitraire du poète qui prend ses modèles dans la réalité, mais les groupe suivant son bon plaisir. Pour avoir une intrigue, il recourt aux déguisements , substitutions, erreurs et reconnaissances. 11 insère des épisodes qui détournent l'attention ^ ; même il se laisse tenter, lui si conscient de ses devoirs d'artiste, par l'occasion. Tout ami qu'il soit des classiques, il n'a pas dans l'esprit la rigueur logique de nos dramaturges, et cette logique n'offre pas que des inconvénients. Il a des distractions, par suite, des obscurités : il oubliera, par moments, de rendre son Crispinus ridicule et lui prêtera un des plus jolis madrigaux de tout son théâtre^.
Il est toutefois une ou deux exceptions. La manie devient caractère ; la succession d'incidents, d'arbitraire se fait logique ; au lieu d'une pièce à tiroirs, nous avons un vrai drame et une grande comédie : de celles toutefois d'où l'on s'en ira la tristesse au cœur et non le rire aux lèvres. Tel est Volpone ou le Renard, le chef-d'œuvre de Jonson, dédié « aux deux également nobles et fameuses universités » d'Oxford et Cambridge, Il s'y trouve, à la fois, une action et des caractères : une action intéressante, nouée d'un nœud étroit, et desca-
1. Dans le Poelaster, l'épisode des amoars d'Oride qui n'a rien à voir arec le sujet, remplît plus de moitié do la pitre. Dans Epicœne, amusant épisode des « ladies collégiale u -, dans Volpone, épisod«> de sir Politick Would-Be, etc.
2. La bourgeoise Chloé, éprise de beau monde et de bol esprit, est en extase rien qu'à l'idée de voir un poète : « Now, in sincerity, Ihey be Ibe finest kind of men that I evcr knew : Poets ! would not onc get tbe eraperor to make my husband a poet, think you?
Crispinxu. — No, lady, 'tis Iotc and beauty mako |)oets : and sincc you likc poets sowell, your love and beautics shall make me a poet ». Poetaster, U-l.
ractères d'une grande orig-inalité par leurs dehors, d'une vérité éternelle par leur fond. Volpoiie n'est pas l'avare ordinaire, célèbre depuis l'antiquité : grand contempteur de l'humanité, il ne saurait goûter le plaisir des richesses s'il ne les avait acquises par ruse, par des moyens et grâce à des réussites justifiant son mépris des hommes, l'accroissant à chaque expérience : « L'art avec lequel j'acquiers ma richesse, voilà mon triomphe... Je ne déchire pas la terre du soc de mes charrues, je n'engraisse pas d'animaux, je ne souffle pas de verres légers, je n'expose pas de navires aux fureurs de l'océan ». lise contente de tromper ses semblables et, s'entourant de leur tendresse et de leurs hommages, de s'approprier, que dis-je? de se laisser donner leurs biens. Sa principale fourberie se renouvelle tous les matins. A peine visible dans le fond de son lit, la tête couverte de triples bonnets de nuit, parlant d'une voix éteinte, il joue la comédie de la mort imminente : amis, ennemis, juges et avocats s'y trompent ; et si des générations antérieures ont pu croire qu'il y avait de l'invraisemblance dans cette unanimité, la nôtre ne le peut pas, ayant vu la réalité justifier le dramaturge. Tout ce qu'il y a de gens de proie par la ville assiège le faux moribond, le dorlote, le câline, l'encourage et, sachant sa passion de l'or, le voyant sans enfant, lui apporte des bijoux et de l'argenterie dans l'espoir d'être couché sur son testament. Il vient jusqu'à des vieillards plus âgés que Volpone, à moitié sourds et qui, un pied eux-mêmes dans la tombe, se promettent de faire une jolie gambade sur son cercueil. Ils croient, dit le faux moribond, que « le destin se laisse tromper aussi facilement qu'eux ». Le seigneur Voltore s'écrie, les yeux au ciel : « Que ne puis-je vous donner la santé aussi aisément que je vous offre cette pièce d'argenterie » ! Volpone accepte toujours, et encourage et récompense à la fois le donateur en répondant : « Je ne saurais
HISTOIRE LITTÉKMRE. — T. II. 60
durer beaucoup... Je sens que je m'en vais, uh! uh! uhiuh! [il tousse) .... Je pars pour mon dernier voyag-e, uh ! uh ! uh ! uh » ! La belle figure de Célia, tj-pe rare dans le théâtre de Jonson, sert de repoussoir au sombre groupe des vautours, corbeaux et renards ',
Les remarques cinglantes, les traits féroces abondent; Mosca un sous-renard, le second de Volpone, accusé à la fin d'escroquerie, est traduit devant les juges; il passe pour avoir hérité de son maître ; mais il y a doute ; le maître est-il vraiment mort? Les magisti'ats agissent avec prudence, car, après tout, le prévenu est peut-être réellement très riche. Ils lui dépêchent un greffier, avec une requête polie le priant de vouloir bien venir. « Le voici, dit un juge; faites place à Monsieur ». — « Qu'on lui donne un siège », dit un auti*e. — « Il a bonne tournure » , observe un troisième, « et si Volpone était véritablement mort, ce serait un excellent parti pour ma fille... C'est chose faite, ma fille est donnée ».
Beaucoup de scènes secondaires, de compai-ses pittoresques, varient le spectacle : scène du charlatan vantant sa drogue par le mirifique discours, toujours le même, tant la sottise humaine a peu changé, le discours que prononçait déjj^ au treizième siècle l'herbier de lUitcbeufet que débitent encore sur nos places publiques, ses descendants au vingtième. Sa poudre de beauté est d'aprt'S la recette qui servit à Hélène et à Vénus; sa révalescière a guéri les cardinaux Montalto et Farnèse; le prix en est de mille couronnes; mais il vous la laissera pour huit, pour six même si vous voulez ; finalement il la vend six pence. Portrait du
1. Voir ses réponses aux offres de VoI|x>ne et k l'éUlage de splendeurs orientales par lequel il es|>ère la tenter :
Ciood sir, thcsc tliings iniRlit move a mind alTcctcd
Witli such deliK>i(8; but I «bosc innocence
Is ail 1 can tliinli vNcaltliy, or worth th'enjoying,
And «hich once lost, 1 hâve nouKlit to losc t>eyond it... etc. (Acte III).
niais pompeux qui se croit homme d'État et diplomate, qui devine les secrets, déchiffre les écritures, connaît les intentions des monarques et les aspirations des peuples, ne voit pas vendre un chou sans suspecter une dépêche cachée dans les feuilles, qui traverse la vie enchanté de son mérite, ravi de sa subtilité, stupéfait de la crédulité ambiante; lui-même plus crédule que personne car il n'ajoute foi qu'à l'impossible et ne juge certain que l'extraordinaire. Encore un portrait qu'il ne faudrait pas taxer à la légère d'invraisemblable caricature et dont les prototypes étaient si nombreux que le nom de sir Politick Would-Be fut tout de suite populaire et demeura proverbial i.
Dans la Foire de la Saint-Barthélemi, Jonson s'attaque à un autre vice, éternel de sa nature, mais dont il choisit une forme contemporaine et locale : par là plus originale et d'un intérêt plus piquant. Son hypocrite n'est pas l'hypocrite en général, c'est l'hypocrite purilain, avec ses manies et son vocabulaire spécial, son zèle encombrant qui lui fait grossir les moindres riens, voir un signe de perdition dans une coupe de cheveux', et un emblème d'idolâtrie dans un bonhomme en pain d'épice. Si on lui cite un vers d'Horace, peu s'en faut qu'il n'ait des convulsions : « Ami, je ne pourrai plus être en communion d'esprit avec vous, si vous m'offrez encore de ces reliques de la superstition, de ces bouts de latin, haillons de Rome et lambeaux de papisme »! Zèle-de-la-terre Affairé, car tel est son nom, vit, d'ailleurs, chez Littlewit, comme Tartufe chez Orgon, mangeant bien , buvant frais , faisant la cour à la belle-
1, Voir la préface de The mistress of Philarete. par "Wither, 1621. Saint- Evreinond, qui admirait Jonson (mais ignorait Shakespeare), reprit ce personnage et en fit le héros d'une de ses comédies.
2. Il recommande déjà la coupe qui vaudra aux Têtes-Rondes leur surnom : « La chevelure longue est une enseigne d'orgueil, une bannière; et le monde est plein de ces bannières, très plein de ces bannières ». Ill-l.
mère, autre hypocrite. Où est-il donc, dit la bonne dame : « Littlewit. — Il vient, ma mère, laissez-le seulement s'essuyer la barbe. Je l'ai trouvé devant le baflet, aux prises avec le pâté de dinde, un grand pain blanc à sa droite, un verre de malvoisie à sa gauche.
La belle-mère. — Ne vilipendez pas les frères, mauvais esprit ».
Littlewit et sa jeune femme n'ont aucune tendance au puritanisme ; c'est l'époque de la grande foire qui mettait jadis Londres en liesse; ils voudraient aller voir les boutiques, les chevaux de bois, les marionnettes (pour lesquelles Littlewit a secrètement écrit une pièce) et manger de la célèbre grillade, une des attractions du lieu. Madame Littlewit feindra une envie de femme enceinte. Mais que dira l'oracle de la famille? Il a fini son pâté; il arrive, repu et bien disposé, déverse à Ilot les paroles onctueuses et examine le cas en conscience. Ce serait grave, il faut le reconnaître, de compromettre la postérité attendue par la jeune mère; et, d'autre part, que penser de la mnnducation du porc en une foire? Il raisonne : « Le lieu, au fond, n'a pas grande importance, pas très grande importance ; nous pouvons être religieux au milieu des profanes; le tout est de manger d'une bouche contrite, avec sobriété et humilité, non pas en se gorgeant avec voracité et gloutonnerie ; car voilà le danger : qu'allant à la foire, elle laisse son esprit se remplir des vanités du lieu, qu'elle prenne plaisir à l'immodestie des vêtements... » Car il faut de la modestie dans les vêtements — « Cachez ce sein ». dira Tartufe. — « Si elle prenait ce plaisir, continue le puritain, ce ne serait pas bien, ce ne serait pas à propos, ce serait abominable et non ver tueiux' ».
1. « Zeal'Of-the-Land Btisy. — The place îs not inuch, not vory much;
On ira donc à la foire, mais dans l'esprit qui convient, et grâce à cette précaution morale, on aura le Paradis, sans pourtant se priver de grillade. Mais il faut veiller sur soi : « Baissez les yeux, dit le bon apôtre, qui accompagne les visiteurs, bouchez-vous les oreilles... toute la foire n'est que la boutique de Satan ». L'événement prouve que c'est lui qui connaît le mieux l'endroit, qui sait le bon coin où la grillade a le meilleur fumet ; c'est lui qui guide la famille , et commande le festin. Quand il a bien bu, « à pleins seaux », bien mangé, bien conseillé, l'esprit s'empare de lui; il passe des beaux discours aux beaux gestes, culbute un étalage de figures en pain d'épice, flairant comme toujours l'idolâtrie. La police l'empoigne, le met dans les ceps réservés aux malfaiteurs communs et, pendant qu'il se glorifie d'être ainsi « séparé des païens » et de soufirir pour « la sainte cause », le jeune ménage se donne du bon temps et assiste, dans l'esprit le moins humble et le moins contrit, à la pièce de Littlewit qui a pour sujet Héro et Léandre : un Léandre de la Cité, une Héro de Bankside (on sait de quelle catégorie étaient ces personnes-là), avec la Tamise entre eux en guise d'Hellespont.
Les deux pièces romaines, Séjan et Catilina, sont un effort puissant pour acclimater, moyennant quelques transactions, le drame antique sur la scène moderne. Catilina a des chœurs; mais les armées en marche traversent la scène et le lieu change à chaque instant. Séjan (très supérieur) est dépourvu de chœurs et les unités ne sont pas observées : il est, dit l'auteur, des sacrifices indispensables qu'il faut faire « au genre d'auditeurs qu'en ce temps-ci
we may be religious in Ihe midst of tlie profane, so it beeaten withareformed moutb, wilh sobriely and bumbleness; not gorged with gluttony or greediness-, Ibere's the fear : for sbould she go tbere, astakingpiide in the place, or delight in Ihe unclean-dressing... it were not well, it were not fit, it were abominable and not good ». I-l .
nous avons d'ordinaire à nos pièces ^ ». Mais le soin de la vérité historique est poussé aussi loin que possible ; chaque trait important est justiQé par uuenote : voyez Tacite, voyez Suétone; Jonson cite même l'édition qu'il a suivie. Le vrai intérêt de ces drames sombres vient, toutefois, de ce qu'ils offrent, non pas d'antique, mais de particulièrement Jonsonien; de scènes appartenant plutôt à la comédie atroce qu'à la tragédie, et pleines de ricanements amers : entre Séjan et le médecin Eudémus dont il fera son complice, entre Eudémus et Livia, entre Séjan et les flatteurs; grande scène au sénat, quand est lue la lettre ambiguë* de Tibère; enfin, récit de la mort de Séjan avec la description sarcastique des passions haineuses et des attendrissements contradictoires de la multitude. Les mains encore rouges de sang, les massacreurs tout en larmes voudraient « remettre ensemble les morceaux et rendre la vie au cadavre - ».
Dans les masques et pièces de circonstance, la fantaisie de Jonson, maintenue par lui prisonnière et réduite à l'inaction quand il écrivait ses drames sérieux, se donne libre carrière. A la Cour, les soirs de fôte, ou à l'occasion d'une visite de prince ou d'ambassadeur, assisté (avant leur querelle) parlnigo Jones, l'habile architecte qui avait appris au
1. « If it bc objected Uiat whal I write is no true poein in tlie strict laws of tiine. I confess it : as aiso in the want of a proper chorus; whose htbil and inoods arc such and so diflicult, as nut any whotn I liavo seen, since the ancients, no, notthey who hâve inost presently aiTocted laws, hâve yet coine in the way of. Nor is it needfui, or alniost po»siiih> in l\ie>e our times, and to such auditors as couiiuonly things arc presented , to observe the old slale and splendor of drainalic poems, with préservation of any popular deligbt ». To the Reader.
s. N-untius. — Tlieir itall is gone. and now tliey gin to «eep The mischief Ihey lia>-e done...
And some whose liands yet reek with bis warm blood And Rripe the part which they did tear from him wish him col ted and created aew. (V-IO.)
dehors à reproduire les miracles des machinistes italiens i, Jonson évoque les fées et les déesses, parle d'une voix musicale, peint en couleurs fraîches, est inépuisaJ)le en imaginations gracieuses. Ces masques étaient l'opéra du temps; ils ressemblaient à nos opéras par leurs danses, leurs chants, leur musique, leurs décors, leurs changements à vue, et ils avaient, en plus de nos opéras, un autre moyen de plaire, la poésie. Chez Jonson et Inigo Jones, la beauté du spectacle et celle du vers sont égales : un palais merveilleux, gardé par des sylvains vêtus de feuilles, s'ouvre et on le voit rempli de chevaliers; dans le fond parait Obéron sur un char que trament deux ours blancs. La nuit vient, la lune se lève ; les sorcières murmurent leurs incgintations parmi les roseaux, le long des marais; la scène change et ceux des spectateurs qui savent leur littérature reconnaissent, dans le temple merveilleux qui s'offre aux regards , la « Maison de la Renommée » du vieux Chaucer-, Les dieux descendent de l'Olympe, Cupidon s'envole sans qu'on voie comment, des pygmées disparaissent dans leurs trous ; et n'étaient les scènes de gros comique rabelaisien que nul ne jugeait déplacées à la cour 3, n'étaient aussi les fortes flatteries et les énormes compliments à l'adresse du roi, des princes et de
1. Néà Londres en 1573; mort en 1652.11 visita la France etritalie, étudiant avec passion les maîtres de la Renaissance et les statues antiques. Il remplit ses albums, dont plusieurs subsistent, de notes et de croquis : draperies, gestes, têtes d'expression, os, mains, études d'après Michel-Ange à la Sixtine, etc. Son talent se ressentit toutefois de l'époque tardive de sa visite : 11 voyait l'Italie de la décadence, celle des giganti, celle qui croyait mieux faire en faisant plus grand et plus gros. Inigo Jones ne put achever Whitehall qu'il rêvait d'orner d'une cour avec giganti. Voirie dessin reproduit dans mon English yovel, p. 101. Un de ses cahiers, daté de Rome 1614, a été publié en facsimilé, s. d. (1832?) par les soins du duc de Dsvonshire. Sur lui, e. g., articles de M. Blomfield, Portfolio, 1889.
2. The Masque of Queens, 2 février 1609, un des plus poétiques.
3. Ex. dans Pleasure reconciled to Virtue, 1619 : « Beware of dealing with the belly », etc., discours du Bowl-Bearer. Le roi s'amusa tellement à ce masque qu'il le fit jouer une seconde fois.
« Bel-Anna » la reine, on se croirait, en vérité, emporté hors du temps et de l'espace, au pays de féerie '.
Les vers les plus doux de Jonson se trouvent dans sa dernière œuvre, le Benjer affligé^ qu'il laissa inachevée. C'est une pastorale ravissante, localisée en Angleterre, au temps de Robin Hood, dans des prés et des bois où s'épanouissent des fleurs multicolores comme celles des vieilles tapisseries, où la jeune bergère Amie s'inquiète des premiers feux d'un sentiment dont elle ne sait ni la nature ni le nom et qui sans doute remplira sa vie; où le berger affligé pleure sur le sort de la belle Earine noyée dans le Trent : le printemps est mort avec elle, il ne croîtra plus que des épines ; il n'a plus poussé de fleurs après celles qui ont servi à sa couronne funéraire 2. Le berger pleure et pleurera toujours, car Jonson fut lui-même porté à sa dernière demeure, au Coin des poètes, dans Westminster, avant d'avoir pu rendre à Eglamour son aimée et lui révéler qu'elle n'était pas morte, mais coniinée dans un arbre creux, par la méchante sorcière Maudlin.
Un public insatiable, des auteurs inlassables, du talent en abondance : c'est déjà ce qu'on voyait au temps des prédécesseurs de Shakespeare; que dire de ce qui sui-
1. N'étaient aussi les notes savantes de Jonson : Masque of Blackneu; Masque of lienutij; oberon; Masque <if Aufjurs, etc. D'aussi minces détails que des atlrihuts de sorricres sont justifiés par l'autorité « of ancient and late writcrs » ; peut-être aussi, il est vrai, p«iur le plaisir de citer : a Ibe king's inajesty's hook of Demonology >>. Masque of Queens.
•i. As ir thcre since did Tall one drop or dew,
Rut what was \vepl for her! or nny stalk Did l>ear a flov^cr, or any l)raiK'h a hloom, Aftcr lier wreath «as inade!...
vit? C'est un fourmillement sans analogue dans l'histoire des lettres; le nombre des auteurs dramatiques confond l'imagination, la quantité des pièces de chacun d'eux passe toute vraisemblance. Thomas Heywood se vante d'avoir écrit seul ou comme principal collaborateur deux cent vingt pièces^. Après nous être arrêtés devant les deux principales figures du moment, l'une grande, l'autre gigantesque, il faut nous contenter ici de noter les traits dominants de cette pullulante littérature, ceux qui manifestent son état, ceux surtout qui indiquent sa direction. Aussi bien, si les points lumineux, — scènes brillantes ou tragiques, passages émouvants, personnages bien plantés — abondent, les drames entièrement satisfaisants, fortement conçus et noués, menés à une conclusion inévitable, sont des plus rares. Et c'est pourquoi, avec toute leur renommée nominale, ces auteurs sont très peu lus. On les réimprime encore de loin en loin; mais, d'ordinaire, ce sont des pièces choisies que donne l'éditeur; ou bien il tire à petit nombre^. Les lecteurs que gardent encore ces écrivains sont, le plus souvent., des critiques qui ont euxmêmes un livre à faire ; leurs acheteurs, des possesseurs de bibliothèque qui veulent compléter leurs séries. Ils n'ont plus que bien rarement le lecteur idéal, qui lit sans autre motif que de s'orner ou distraire l'esprit, et qui dit à l'auteur aimé : adoucis ma peine, augmente ma joie, fortifie ma raison, améliore ma connaissance des hommes. Et les ducs italiens, libidineux et sanguinaires, les patientes Grisélidis, les amoureuses que la passion tue, les traîtres, les