Préface de The English Traveller
2. Pièces choisies des principaux auteurs de ce temps (mais chaque pièce donnée intégralement) dans la Mermaid Séries (T. Fisher Unwin). Des éditions comme le Marslon et le Middleton de Bullen sont tirées, la première « à quatre cents exemplaires pour le marché anglais et trois cent cinquante pour l'Amérique » ; la seconde à quatre cents exemplaires en tout.
•m CONTEMPORAINS ET SUCCESSEURS DE SHAKESPEARE.
hypocrites, les bergers, les houffons, subsistent invisibles sous la couverture des Complète Wor/is bien alignés, une fois pour toute, sur des rayons d'où ils ne descendent plus jamais. Multitudes enténébrées, aux voix amorties, victimes d'un enchanteur hostile, figées dans le silence, elles n'obtiennent que de loin en loin l'aumône d'une évocation transitoire, peuplant des drames rarement achetés, moins souvent lus, jamais joués.
Or, ces auteurs n'écrivaient que pour être joués. Être lu était à leurs yeux un avantage possible, mais tout à fait secondaire ; ils comptaient sur l'acteur ; ils composaie ni en vue d'un public maintenant et depuis longtemps dis[>aru comme eux'. Il n'est donc pas surprenant qu'ils ne plaisent plus que par parties, ne soient plus lus qu'en extraits'-; étant donné surtout que , pour maintenir l'art dramatique à la hauteur où l'avait porté Shakespeare, il eût fallu que la nation produisit plusieurs Shakespeare : un seul était déjà
1. n Comédies are writ to bespoken, not read; remember tbc life of thèse things consista in action a. Préface du Pnrasila^ter de Miirston, 1606 (cf. préface du Malcontent, IGOi, par le niéinel. Uey wood ne publia pas la dixième partie de ses pièces; Jonson déclare qu'en 16J9, la ini>ilié des siennes demeuraient en manuscrit. Nous aurions en moins i;rand nombre les raonuméats de c/i théâtre »i les Puritains, en interdisant les représentations n'avaient donné aux acteurs et auteurs, dès lors inoccupés, l'idée d'imprimer les textes qu'ils possédaient, et ils le tirent tant pour se distraire que pour gagner quelque argent. Car ils trouvaient acheteurs : lire des pièces quand on n'en pouvait plus voir, c'était un peu mieux que rien.
2. Ceux que publia, en 1808, Charles Lamb, un des premiers, parmi les critiques modernes, à évoquer ce passé, eurent grand succès. Mais non seulement ce n'étaient que des extraits, non seulement les extraits étaient très habilement choisis, mais Liuib « cxpunged without ceremony ail that which the writers had better ne ver bave written ». Ce sont ses propres termes. Le plaisir du lecteur est accru, mais son opinion de ces auteurs, faussée ; et d'autant plus que, dans son enthousiasme d'explorateur, Lamb , dont l'éloquence est persuasive, va loin dans l'éloge : « Hejwood is a sort of prose Shakespeare » ; une des scènes du Broken Hi-art de Ford « almost bears us in imagination to Calvary ami the cross » ; Dekker « had poetry enougb for any thing »; l'entremetteuse Livia de Women beware Wornen, par Middleton, « is such a jolty wife as the wife of Bath », etc.
un assez beau miracle; le (( moins bien » était fatal chez les contemporains; la décadence, chez les successeurs.
En laissant se tasser les impressions contraires que déposent dans Tesprit ces innombrables drames, les moins marquées peu à peu s'effacent, les autres demeurent et permettent de comprendre comment ce théâtre se rattache au passé et comment il prépare l'avenir.
Les deux grands hommes de la période appartenaient, on l'a vu, à deux écoles opposées. Ces deux écoles subsistent, avec des fortunes très différentes : l'école de la libre composition, du « Fais ce que vouldras », des satisfactions données, sans mesurer ni compter, au grand public des théâtres; c'est l'école que le g-énie de Shakespeare avait portée au plus haut point de g^loire et qu'attendait, son génie disparu, une prompte décadence. L'autre école, celle de l'observation consciencieuse, des « empiriques », de la vérité serrée de près, qu'il s'agisse du présent ou du passé, de comédie ou d'histoire, l'école de Jonson, plus accessible au talent, prospère au contraire. Le don d'observation est très répandu dans la nation qui eut Gliaucer et aura Fielding; tout un théâtre familier et bourg-eois, d'un comique de bon aloi, et quelques tragédies où la vérité de l'histoire et des sentiments humains est respectée, sont l'honneur du drame anglais de second plan, sous les premiers Stuarts. Les ressortissants de cette école, se tenant plus près de terre, construisent des œuvres plus solides; les adeptes de l'autre, avec leurs grandes prétentions et leurs immenses audaces, vont se perdre alternativement dans les brumes et dans la boue. Ils sont d'autant moins à plaindre que leurs audaces sont voulues et réfléchies; ce ne sont pas des emportés que ces écrivains, mais des spéculateurs.
Très vite, chez ceux-ci, les signes de déclin s'accentuent. Privés du génie qui seul eût pu les sauver, ils cherchent,
faute de mieux, à se distinguer en poussant à l'extrême leur indépendance d'allures : c'est, entre eux, une folle surenchère. Us renforcent donc tous leurs effets, à ce qu'ils croient et, en réalité, les affaiblissent ; ce qu'ils appellent liberté est obscénité; la terreur chez eux, de^'ient abominable horreur, et la richesse d'incidents, encombrement. C'est la décadence.
Il n'est guère de pièce de cette époque qui n'ait une double, parfois une triple donnée*. Ces auteurs se faisaient une règle d'offrir ce que les nôtres se faisaient une règle d'éviter. Les diverses histoires sont, d'ordinaire, juxtaposées chez eux, sans être fondues; elles n'ont aucun rapport l'une avec l'autre et sont même souvent d'auteurs variés. Dans les usines à fabriquer des pièces, tel contremaître avait la spécialité de données secondaires, toutes en grosse farce, et qui s'accolaient aux principales dont il n'avait môme pas besoin de savoir le sujet. On supposait ensuite qu'un héros de la donnée A avait un cousin dans la donnée B, et tout était dit. Rowley. par exemple, se distingua dans ce genre de service" et approvisionna, j\ lécréance, les auteurs de données A, de grasses plaisanteries, gaudrioles et fariboles pour données B. Les scènes se succédaient ainsi, diff'érentes de ton comme de sujet, et disposées en damier : carrés blancs et carrés noire; le public était charmé; il lui fallait, et jusqu'en plein dix-huitième siècle il lui fallut, ses données secondaires.
1. Ex. de pièces avec triples données : The honest Whore, de I>kker; A cure for a Cuckold, de Websler; A Wontan i.% a Weathercoch, de Field (1587-1033), le fameux acteur des pièces de Jonson, de Chapinan el de Sha-
ke8|>eare.
2. >\'iiiiam Rowley, auteur et acteur, né vers 1585; écrit surtout en rollaboration. C'est de lui que sont notamment les scènes dans l'asile des fous qui coupent le Changeling de Middieton. Ne pas confondre avec Ralph Rowley, également acteur, ni Samuel Rowley, également dramaturge, tous du mente
temps.
Il va sans dire que les aventures, les surprises, les erreurs *, les reconnaissances, les effets de sorcellerie et de mag-ie^, les apparitions, les supplices, les scènes de mauvais lieux et de maisons de fous sont d'un emploi plus fréquent que jamais. De même, pour amuser, le recours aux bouffons et aux constables ridicules 3, l'emploi des lang-ues étrangères, des baragouins et des patois (français, italien, allemand, hollandais, cornouaillais, gipsy), déjà en faveur auprès de Shakespeare^, On pousse plus avant les recherches en vue de s'approvisionner d'iacidents; à la France et à l'Italie s'ajoute maintenant l'Espagne; à partir des premières années du dix-septième siècle, ses romanciers sont constamment mis à contribution; l'illustre Lazarille de Tormes a l'honneur de devenir personnage de comédie et monte sur les planches où l'appelle la fantaisie de Middleton^. L'incident a, pour ces auteurs, un intérêt suprême. Même quand le sujet semblerait imposer une étude de ca-