‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 244 sur 290 · Ex. : What you wilt, de Marston · texte numérisé non relu

Ex. : What you wilt, de Marston

2. Ex. : The Devils charter; a tragoedie conteining the Life and Death of Pope Alexander the sixt; par Barnabe Barnes [supra, p. 330), joué ea 1606 devant le roi, imprimé en 1607. A l'iraitation de Faust, le pape se vend au diable; le tableau de ses vices variés et crimes contre nature remplit la pièce. Voir infra, p. 827.

3. De là même, un joli effet comique dans A mad World de Middleton, où sir Bounteous, voyant entrer un vrai constable pour arrêter son neveu, le prend pour un acteur et dit : « C'est toujours l'usage de donner le rôle de constable au fou de la troupe ». (V-S).

4. Italien &dins Antonio and Mellida de Marston; hollandais dans la Dutch Courtezan du même et le Shoemaker's hoUday de Dekker; gipsy dans More dissemblers besides Women de Middleton, cornouaillais dans A fair Quarrel de Middleton; hollandais, italien et français dans English-men for my money de Haughton (1598, 1" éd., 1616) et l'usasie de ces trois langues fait le comique de toute la pièce; allemand dans Alphonsus Einperor of Germany, attribué (à tort ce semble) à Cliapman; mauvaise prononciation d'un

^Gallois, neveu de Rice ap Davy, ap Morgan, ap Evan, ap Jones, ap Geoffroy, dans A Boy al King de Th. Heywood.

5. Dans Blurt Master Constable, publié en 1602. Le Lazarille avait été traduit en anglais, avec grand succès, par D. RowlanJ, 1576, 6° éd., 1653.

ractères, ils donnent à l'intrigue la première place. C'est par l'incident bien souvent que, tout en côtoyant la comédie de mœurs et parfois la comédie de caractères, les Beaumont, les Fletcher, les Maf^singer, même les Middleton et, au-dessous d'eux, les Heywood et les Dekker retiennent l'auditoire à leurs comédies,

La poésie se fait plus rare. Cette ressource suprême de Shakespeare, toujours à sa disposition pour voiler un défaut de facture, n'est que rarement à la portée de ses contemporains et successeurs. Chez lui, même aux mauvais moments, on sent des possibilités de poésie; le ruisseau coule sous terre par endroits, mais très près de la surface : on l'entend. Chez les successeurs, l'enchanteresse rumeur s'est tue; on n'a pas, avec eux, le sens continu de ce murmure divin. Çà et là seulement, des effets de poésie sont plaqués d'une main plus ou moins adroite ; c'est encore un carrelage blanc et noir, très tranché, et c'est le noir qui domine.

Le terrible se transforme en horrible et la liberté en obscénité : ce signe de décadence est frappant. Le règne des deux premiers Stuarts vit se constituer un groupe de dramaturges : Marston, Ford, Webster, Tourneur, qui eurent la spécialité de l'horrible; pendant que d'autres, Dekker, Beaumont, Fletcher, Massinger donnèrent comme condiment principal à leurs pièces des scènes d'une licence éhontée : sans d'ailleurs que les uns se privassent d'employer aussi la recette des autres.

Marston fait jouer, vers IGOO, V Histoire d'Antonio et Mellida et la Vengeance d'Antonio^ écrites en ce style ronflant que ridiculisa Jonsou dans son Poe/as/er ; sombres tableaux où des hommes noirs se détachent tout juste sur un fond encore plus noir^ Antonio déguisé en Amazone, pendant

1. John Marston, né vers 1575, élère d'Oxrord, Tait joaer sa première fière Ter» 1600, cesse d'écrire pour le théâtre en 1607, reçoit les ordres et meurt

que Mellida se déguise en page, finit par se déguiser en mort (procédé fréquent); à la vue du cadavre, Piero, doge de Venise et le monstre de la pièce dit : quel dommage qu'il ne soit pas vivant! je lui donnerais ma fille. Antonio ressuscite et le prend au mot : ce n'est qu'une entrée en matière. Dans la seconde partie, Marston se surpasse; la scène est un étal de bouclier où la chair humaine est servie au détail. Piero et Antonio se répondent l'un à l'autre, crime pour crime, en un long duo; nous voilà retournés aux jours de Titus Andronicus et de Barrabas; nous revenons sur nos pas et redescendons la montagne. C'est bien la décadence. Piero ouvre la deuxième pièce, « les bras nus, ruisselants de sang, un poignard sanglant dans une main, une torche dans l'autre » , et ainsi accoutré se met en devoir d'accrocher à la fenêtre de sa fille le cadavre d'un homme tué de frais. A l'acte suivant, le cadavre est encore là et se balance tout saignant aux yeux des spectateurs. Le traître exulte et dit, dans le style boursouflé cher à Marston : « J'ai été nourri de sang et j'ai sucé {suck'd) toute ma vie la vapeur des caillots fumants ».

Au tour d'Antonio maintenant; il a, lui aussi, dans une main le poignard et dans l'autre la torche; il assassine, en pleine église, Julio fils de son ennemi et asperge de ce sang innocent la tombe de son propre père, tué par le doge : « C'est le sang de Julio; douce musique, mon père; c'est le sang de Julio. Pourquoi ma mère survit-elle »? Antonio a lu Hamlet, l'ancienne pièce qu'allait transformer Shakespeare, et sait que, dans un bon drame sombre, la veuve de la victime épouse l'assassin : il n'est pas dans ce théâtre un seul moyen qui ne serve et ne resserve; s'il est

en 1634. Works, éd. Bullen, 1887, 3 vol. 8». Sur Marston, poète lyrique et satirique, voir supra, pp. 359, 377; pour ses sources, voir Koeppel, Quellen-Studien, Leipzig, 1895.

extraordinaire, il ne plaît que mieux et les dramaturges d'alors, saus excepter Shakespeare, le rendent même banal à force de l'employer*. Antonio ne se trompe pas : Maria a bien l'intention d'épouser l'assassin de son mari. Mais l'ombre du mort connaît, elle aussi, l'histoire d'Hamlet, et comme la malheureuse écartait les rideaux de son lit, elle voit, assis sur les draps, le spectre de son époux, qui l'accable de reproches. Antonio, d'après le même précédent, feint la folie afin de surprendre les secrets du tyran .

La Sophonisbe, la Comtesse insatiable de Marston ^ appartiennent à la même catégorie : meurtres et luxure ! Les derniers actes de Sop/tonisbe , passent comme noire indécence, tout ce qu'on peut imaginer. La comtesse de la deuxième pièce a un mari et cinq amants avérés : « trois comtes, un vicomte et ce vaillant Espagnol, sans parler de ses amants secrets ». L'échafaud, spectacle fréquent, se dresse pour elle au milieu du théâtre; elle veut parler : « Off with her head ! » crie Médina, suivant la formule usuelle. — « OfF with Ms head ! » répétera un écho railleur, dans le monde souterrain où Alice rencontrera la méchante reine de Wonderland.

Par la recherche de la note poétique, parfois intempestive, et de l'ornementation, d'un goût souvent exécrable, Marston est bien de son temps et n'y est pas supérieur. Il ne nomme jamais le soir ou le matin sans parler des « cour-

1. Veuves épousant l'assassin de leur mari : dans 1(> Richard Ilf, de Shakespeare, dans son Hamlet; dans le premier Hamlet; ici, dans Antonio and Mellida; assassin cherchant à é|)ouser la mère de sa Tictime, dans le Hoffman de Chettle, joué en 1602, drame des plus noirs : nous sommes au début devant une caverne, au seuil de laquelle se balance le sequelette d'un pendu-, la pièce continue « qualis ab incepto »; tortures, meurtres et vengeances; et nous nous retrouvons à la (in devant la mAme caverne, mais avec trois pendus accrochés au lieu d'un.

2. Snpfionisba, impr. 1606; T/ir insatiate Counlesse, impr. 1613.

tines d'argent de l'aube », et des esprits des morts qui sortent des tombeaux, à la venue de la nuit. Les pleurs et les soupirs lui inspirent des effusions presque toujours ridicules. Mellida prisonnière, s'approche d'une lucarne et dit : « Oh! voici, voici une ouverture pour faire échapper mes soupirs... n'était ce passage, cœur et prison crèveraient. »

Meurtres et luxure : ces mots résument aussi tout le théâtre tragique de Webster, Tourneur et Ford ; mais, dramaturges plus puissants et artistes mieux doués, ils s'entendent autrement à saisir le spectateur, à l'enchaîner, à éviter qu'il ne s'enfuie en ricanant. Car, pour quiconque cultive le genre horrible, il n'est pas de milieu : s'il ne parvient pas à lier son spectateur, pieds et poings au chevalet, sa pièce, au lieu de faire souffrir, fera rire. C'est tout juste si Webster évite ce malheur dans sa Vittoria Corombona; mais sa Duchesse (TAmalfi. est peut-être le chef-d'œuvre du genre 1. Ses personnages ne sont pas des mannequins, la passion les brûle ; du vrai sang court dans leurs veines. Ils peuvent dire, comme la duchesse à son intendant, l'honnête Antonio, dont elle s'est éprise, à la grande stupeur de celui-ci : « Ayez confiance, de quoi êtes-vous troublé? Ce qui est devant vous est de la chair et du sang, ce n'est pas la statue d'albâtre agenouillée au tombeau de mon mari ». Aussi violents dans leur haine qu'elle est impé-

1. The Wliite Divel, or the Tragedij of... Vittoria Corombona ihe famous Venelian Curtizan, Londres, 1612, 4", joué vers 1607 (débauches, meurtres et empoisonnements; le duc tue sa femme en mettant du poison sur les lèvres d'un portrait de lui qu'elle embrassait tous les soirs). — The iragedy of the Dutchesae of Malfij, us il was presented privately at Ihe Black Friers, and pubUquehj at the Globe, jouée vers 1616. John Webster, né vers 1580, d'abord apprenti-tailleur à Londres, fit partie, à ses débuts comme auteur, des escouades qui travaillaient en collaboration pour Ilenslowe, mais écrivit seul ses meilleures œuvres; la date de sa mort est inconnue. Dramatic Worka, éd. W. Hazlilt, 1857, 4 vol. 8".

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tueuse dans ses amours, ses frères, qui comptaient hériter d'une veuve sans enfants, préparent, tout aussitôt, l'infernal supplice qui la fera disparaître et les vengera : la malheureuse, entourée de fous qui dansent et hurlent, se verra mourir peu à peu, ent endra le service des morts en présence du cercueil préparé pour elle, a côté d'une image de cire figurant le cadavre de celui quelle adorait. Innocents et coupables, tous s'ellbndrent à la fin dans un massacre général.

Très loin du lyrisme et des tendresses exquises d'un Shakespeare, Webster est artiste toutefois; mais, plus maître d'un génie infiniment moins puissant, il place avec réflexion, à l'endroit qui convient, ses fleurs de poésie. Elles sont souvent fort belles; le rôle du pensif Antonio en est semé. Congédié, à ce qu'il croit, par la duchesse, il médite sur l'inconstante fortune de ceux qui servent : « pareils à l'homme qui, dans une nuit d'hiver, sommeille longuement au coin d'un feu mourant; qui a peine à le quitter et le quitte à la fin, aussi glacé que lorsqu'il s'était assis ». Antonio erre dans un cloître en ruines et, avec une mélancolie digne des romantiques de plus tard, murmure : « J'aime ces antiques ruines; on ne peut les frôler sans évoquer le souvenir d'un auguste passé et sûrement, dans cette cour ouverte aujourd'hui aux injures des temps d'orage, sont enterrés des gens si amis de l'Église, si généreux en leurs bienfaits, qu'ils se flattaient d'avoir ici un abri pour leurs os jusqu'au Jugement, Mais tout a une fin; églises et cités soutirent de maladies comme les hommes et doivent mourir comme nous mourons^ ».

I do love thèse ancient ruins.

\Ve ncvcr Iread upon Uiem, luit «c set our foot upon some révérend liislory :

And questionless, hère in this open court,

Whii'h iiiiw lies iinked lo Ihe injuries

Meurtres et luxure. Cyrile Tourneur^, avec une vigueur de style et une richesse d'invention dans le lugubre supérieures à celles de tous ses rivaux, fournit, par excellence, des drames faits :

D'os et de chair meurtris et traînés dans la fange.

La fange est nauséabonde, les lambeaux de chair effroyables : chaos de boue et de sang; crimes infâmes et vengeances atroces; amoureux endormis dans un cimetière, chacun avec un crâne pour oreiller ; scène de viol au même lieu, sous les yeux des spectateurs; le coupable s' apercevant, au dernier moment, qu'il a affaire à un cadavre, et même un cadavre d'homme; lui-même étant un prêtre, « un puritain » !...

La Tragédie du Vengeur est encore une bataille de passions déchaînées; elles figurent dans la pièce sous leur propre nom : Lussurioso, Ambitioso, Vendice, Castiza; le lieu est abstrait comme les gens : c'est « une ville d'Italie », pays de poisons et de débauches, selon la poétique d'alors. La ville est gouvernée pai* un duc paillard et une duchesse incestueuse, assistés d'enfants dignes d'eux. La duchesse séduit un bâtard de son mari; le mari viole ou tue toutes les jolies femmes de ses États : type rare dans la réalité, mais banal dans le théâtre d'alors. Le Vengeur, autre variante d'Hamlet, ouvre la pièce, tenant en main le crâne de sa fiancée, demeurée chaste et que le duc a empoison-

Of stormy weallicr, some inen lie interr'd Lov'd tlie churcli so well, and i^ave so largely to'l They thouglit it should liave canopied Iheir bones Till doom's-day; l)Ut ail things liave tlieir end : Churclies and cities, wliicli liave diseases likc to men, Must liave likc dcatii tliat \\e liave. (V-3.)

1. Plaii^ and Poems, éd. J. C. CoUins, 1878, 2 vol. 8". The /{evenger's Trayedy, parut en 1608; T/ic Atheisl's Tragedij, bien que composée probablement la première, fut publiée en 1611; ces deux pièces sont dans la Meimaid Séries, éd. Symonds.

née. Il a toujours cette relique sur lui et de temps en temps la tire de sa poche. Déguisé en entremetteur pour préparer sa vengeance, il envoie le duc rejoindre dans un pavillon écarté la plus belle femme du monde, qui se trouve être un mannequin au visage masqué; sous le masque, le crâne de la fiancée dont la ])ouche a été enduite de poison; au premier baiser le duc tombe mourant. Il a encore le temps, avant de fermer les yeux, d'assister, dans le même pavillon, au rendez- vous incestueux de sa femme et de son bâtard. Il reste à l'auteur deux actes pour massacrer les quelques survivants, montrer des comètes et des orages, une mascarade, des tètes coupées, faire éclater la chasteté de Castiza, l'ambition d'Ambitioso et la luxure do Lussurioso. Il revient aussi aux amours de la duchesse, tue à droite et à gauche; en d'autres termes, se bat les flancs. Son grand mérite est son style, d'une énergie et d'un pittoresque^ extraordinaires, une langue vibrante, riche en images, ouvrant, en quelques vers, ces lointaines perspectives que peut seul découvrir un vrai poète. Même aprôs les monologues d'Hamlet, ceux de Vindice se font lire'; ses ironies macabres, les tentations par lesquelles il éprouve le cœur

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