î* partie, I-l
2. Le touchant discours du roi à son fils, cilé plus haut, se termini' par une imitation de celui d'Hector à Astyanax, le plus beau peut-être de l'Iliade.
Il en existait déjà des échantillons, car rien en littérature, ne commence brusquement; mais ils étaient clairsemés. Le plus célèbre était les Joyeuses Cotmnères de Windsor, où beaucoup d'exceptionnel se mêlait toutefois aux scènes de la vie ordinaire. L'existence commune avait aussi été décrite, accessoirement, dans un genre de pièces populaires de bonne heure, qui n'étaient, en réalité, que des « complaintes » mises en drames, et dont le sujet était un assassinat récent et qui avait fait sensation. Comme il s'y agissait de gens qui vivaient hier encore et de coupables que tout le monde avait vu pendre, force était bien de ne pas trop s'écarter de la vérité *. Mais, à partir du commencement du dix-septième siècle, le champ de ces études d'après nature, s'élargit prodigieusement. Il semble que public et auteurs se soient, à la longue, blasés un peu sur l'extraordinaire : non pas certes au point d'y renoncer, mais au point de l'associer largement aux faits d'expérience commune et à la reproduction des réalités quotidiennes. Presque toutes les pièces rentrant dans cette catégorie gardent, en eflet, une part d'intrigue et d'aventures beaucoup plus forte que ce qu'on trouvera dans le théâtre d'un Molière ; mais l'intrigue et l'aventure ne font pas toute la pièce et son intérêt durable est ailleurs.
Le type de ce genre de comédies est le Tournez à l'Est
1. Spécimens très nombreux, car il s'agissait d'événements dont tout le monde parlait, et le succès auprès du populaire était assuré. Le « crime passionnel » et « la reconstitution de la scène du crime » excitaient déjà alors un intérêt dont nous n'avons pas le droit de nous montrer surpris. Voir supra, p. 570. Les pièces à sorcières (on continuait d'exécuter ces malheureuses) forment une subdivision importante du genre drame bourgeois; ex : The Wilch of Edmonlon, par Rovvley, Dekker, Ford, « etc. » — dit le titre pour plus de sûreté; — joué vers 1623. La sorcière, héroïne de la pièce (crimes, enchantements, chien qui parle, apparitions, assassinat, scène de folie, marche au supplice) avait été exécutée en 1621. — The lafe Lmicashire. WUc/tes. par Heywood et Brome, joué en 1034, roule sur des incidents de 1633.
de Chapirian, Marston et Jonson, qui valut la prison à ses auteurs pour quelques remarques satiriques, supprimées depuis, sur les Ecossais. La vraie originalité de la pièce est la simplicité des moyens, la fine observation des mœurs contemporaines en même temps que des travers humains de tous les temps, enfin une gai té et un ton de bienveillance, qui reposent des haines, massacres et débauches, ingrédients usuels des pièces d'alors, à grandes prétentions. L'art aimable d'où sortira le théâtre de Goldsmith est en essence dans cette comédie. ïouchslone, honnête orfèvre de la cité, a deux filles, la modeste Mildred qu'il marie à son apprenti, le sérieux et bon Goulding, et la vaniteuse Girtred qui rêve d'être lady et d'épouser sir Pétronel Flash. Pétronel est chevalier; son titre est bien à lui, puisqu'il l'a payé. Madame Touchstone encourage sa fille et gourmande son mari : <( Oui, il est chevalier, je sais d'où lui est venu l'argent pour acquitter les droits. Il est chevalier; et vous aussi vous auriez pu l'être, si vous étiez autre chose qu'un Ane ». L'orfèvre s'inquiète ; il interroge sur ce personnage son apprenti qui répond : « Le mieux que j'en puisse dire est que je ne le connais pas ». (iirtred parle sport et vie élégante, s'embrouille, confond balloon et baboon et s'emprisonne en une énorme farthingale à la dernière mode : « Vous allez voir, dit le tailleur, comme vous aurez la taille fine, et comme elle vous tiendra les jambes au frais ». Mère et fille liguées ensemble sont les plus fortes; la noce est célébrée à grand fracas : « Nous nous sommes mis dans l'estomac plus de viandes, dit le pauvre orfèvre, qu'il n'en entra dans
1. Kastirard lloe, imprimé en 1605; lexle, nolammenl, dans Marston, Works, éd. Bulion, t. III. Même époque et même catégorie, mais beaucoup moins de talent : The Aliserirs nf inforst mnrriagc, par Wilkins, publ. 1607, satire des mariages d'intérêt; beaucoup de maladresses, mais excellente scène d'exposition, et intéressante obserration des mœurs du jour.
l'arche de Noé et, pour le vin, voyez : ma maison même en chancelle ».
Il arrive ce qui doit arriver ; et c'est précisément un repos, après tant de pièces à surprises, qu'ici il n'y en ait point. Girtred est impertinente avec ses domestiques, impérieuse avec son mari, rudoie sa mère, bouscule sa sœur, jure par sa propre seigneurie. « Je t'en prie, dit-elle à la modeste Madame Goulding-, de par ma Seigneurie, cesse de m'appeler soeur ».
Pétronel qui, en réalité, n'a jamais eu le sou, voit la catastrophe prochaine; il engage la terre de sa femme, lui achète le carrosse qu'elle rêvait, l'y place et l'envoie tout là-bas visiter son prétendu château ancestral. Lui, prend passag"e pour l'Amérique et se prépare à disparaître. La scène dans la taverne de l'Ancre Bleue à Billingsg-ate est encore un très pittoresque tableau d'après nature ; on y voit comment s'embauchaient les planteurs en ces temps lointains, et comment, souvent, on a décidé depuis les émigrants à partir. La Virginie, où ils vont se rendre, est un paradis; les femmes y sont charmantes et justement ont une préférence marquée pour les Anglais : « L'or y est plus abondant que le cuivre chez nous, leurs casseroles en sont faites... et pour les rubis et les diamants, on va, les dimanches, en ramasser sur la plage ». Et quelle liberté! « Làbas, ou n'a d'autre loi que sa propre conscience et on n'est pas plus gêné par l'une que par l'autre ». Le voyage n'est rien ; il n'y a plus les lenteurs d'autrefois ; on ne le fait pas encore en six jours, mais déjà on n'y met plus que six semaines.
Celui de Pétronel est plus court encore ; tous s'étant grisés comme il convient, se mettent en barque pour aller à bord ; il fait gros temps, l'esquif chavire; ils évitent tout juste la noyade. Le chevalier, peu désireux de retrouver sa femme
après la visite au château ancestral, vagabonde quelque temps dans les bas-fonds de Londres, est compris dans une rafle destinée à regarnir les régiments du roi à l'étranger. Il allègue sa chevalerie; conduit devant l'alderman, qui reconnaît-il sous l'imposant costume du magistrat, si ce n'est son boau-frère, l'honnête Goulding qui a suivi jusqu'au l)out, le droit chemin? Goulding l'oblige à une pénitence nécessaire ; les coupables se repentent, se convertissent, sont pardonnes, et l'ordre règne de nouveau dans la famille Touchstone.
Chapman revint plusieurs fois à ce genre familier. Son théâtre renferme bon nombre de croquis et de caricatures faisant honneur à sa faculté d'observation, tel son portrait du diplomate improvisé, à qui sa dignité nouvelle et ses dorures tournent la tète, qui tutoie princes et princesses, pour marquer ({u'il sait son rang, mais ne fait rien, par ses familiarités, que rappeler son origine. Comme un homme d'État doit songer au.\ moindres riens, il se choisira une religion : « On s'attendra que j'en aie une; choisissons d'après la mode et la politique; ainsi font les grands personnages; je me déciderai d'ici demain' ». La pièce de Chapman Tous Toqués'^ est une sorte d'École des Pères dont l'idée fondamentale supporte la comparaison avec celle que Molière mit en œuvre dans V École des Femmes: Molière, il est à peine besoin de le dire, creusant davantage son sujet et mettant mieux en lumière la leçon qui s'en dégage : Arnolphe, à la fin, s'en va « tout transporté et ne pouvant parler ». L'envie de rire et de faire rire atténue, dans Chapman, la portée de la comédie où sont dessinés, toutefois, d'excellents portraits de père indulgent et de père sévère. Le pi'emier, qui connaît le fond du cœur de son lils, apprend