‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 252 sur 290 · Al Fooles, a comedy, V éd · texte numérisé non relu

Al Fooles, a comedy, V éd

un mariage secret contracté par celui-ci et dit : « Il l'a fait parce qu'il aimait, non pour me braver ». Le père sévère laisse son héritier à la campagne, uniquement occupé de travaux agricoles, comme Arnolphe tient Agnès à lui coudre « ses chemises de nuit et ses coiffes » . Ce père-là se moque de l'autre, triomphe de ses déboires, montre avec orgueil son vertueux enfant, le modèle des fils : « Il n'oserait pas regarder une femme en face ». La timidité du jeune homme est telle que son père le gourmande doucement de l'excès de sa réserve et, par un joli trait de caractère, lui fait honte d'être si timoré et lui narre les exploits de sa propre jeunesse.

Le bonhomme prend trop de peine. Il se trouve, bien entendu, que le timide est le plus effronté coureur, joueur et buveur qu'on ait jamais vu. C'est lui et non pas l'autre fils qui a contracté le mariage secret ; l'indulgence triomphe et la sévérité serait punie si la pièce ne se terminait par un éclat de rire général et une implicite recommandation de ne pas nous montrer nous-mêmes trop sévères pour ceux qui ont le tort de n'être pas assez indulgents.

Ces personnages ont leur public, tout comme les ducs sanguinaires et les duchesses incestueuses, et c'est pourquoi, dans le premier cas comme dans le second, de nombreux exemplaires des mêmes portraits se retrouvent dans le théâtre du temps. Trois ou quatre échantillons de faux timides ou d'hommes d'État ridicules égayèrent la scène vers la même époque. L'ambassadeur improvisé se retrouve chez Marston; ce qui préoccupe le plus ce diplomate, comme tous ceux de sa sorte, ce sont les questions d'apparat et d'étiquette, que les autres règlent d'instinct, par longue habitude, sans y penser ni surtout en jaser. Quant à la connaissance des gens, des mœurs et des affaires, elle a son importance, sans doute, pour notre héros, mais il s'en préoc-

cupe moins; il faut bien que les secrétaires servent à quelque chose; son secrétaire le renseignera'. Beaucoup de scènes aussi de basse vie chez Marston ; il y est particulièrement à l'aise : tavernes et maisons de débauche sont représentées par lui avec un plaisir spécial; c'est le Marston des satires passées et non celui des sermons futurs qui se montre ici*.

Le faux timide reparaît chez .Middleton^; son hypocrite a été comparé à l'immortel Joseph Surface de Sheridan : dans la réalité toutefois le personnage est plutAt Charles et Joseph Surface réunis en un seul individu. 11 cache ses vices à son bon oncle le cardinal de Milan, naïf et pompeux prélat, fait pour être trompé, mais il ne les cache pas au public ; il en rit avec l'assistance entière, il ne perd jamais sa galté, pas même au moment de sa catastrophe, alors qu'après avoir songé à la duchesse, il est réduit à épouser son page. Le petit masque était une femme et peu s'en faut qu'elle n'accouche sur la scène, au milieu d'une leçon de

1. « l would I were bélier Iravelled, Ihal I mighl bare been bélier acquainled >vilh Ihe fashions of sovcral counlrymcn : but iny secretary I Ihink lie halh suflicienlly inslructed me». The Malcontent, 111-2, 1" éd. 1604; dédié par Marslon, dans les termes les plus llalleurs, à son ex-t-nnemi lien Junson. Works, Bullen, t. I. Autre satire des gens de cour dans TItt Fairn, 1606.

2. Ex. : The Dutch Coiirtczan, publ. 1605. Remarquable vivacité de dialogue. Voir l'éloge de la profession : a Tbey ticll Iheir bodies : do nol better pcrsons sell Iheir soûls?... Beauty is woman's virtue, love tbe lifes music. and woman tlie daintics or second course of hcaven's curions workmanship : Since then beauty, love and woman are good, liow can the love of vioman's beauty be bad »? M. La joyeuse farce Jacfie Driim's Entertainment. avec ({uiproquos, personnages cachés dans des sacs (rcssouvenirs de Falslaff dans sa corbeille), est attribuée à Marston-, I" éd. ict6.

3. More dissemblers besides Woinen. composé vers 16'J2. De lui encore une fausse timide, dans A Mnd World my Masters, publ. 1608. Tiionias Middlelon, né vers 1570, devint client d'Hènslowe vers le début du dix-septième siècle. Nommé « city chronologer « en 1620, il tenait à jour les annales de la ville; il composa souvent les paroles |>our les parjeants du lord maire; Il mourut en 1627. Works, Bullen, 1885, 8 toI. 8»; sur ses traités en prose, voir supra, pp. 272 et s.

danse. Loin de bouder contre le sort, le faux timide accepte sa destinée et se contente de dire d'un air grave : « Qu'a-t-on fait des culottes?... qu'on les garde. Mon fils et héritier ne saurait rougir de porter les vieux habits de sa mère ».

A lire le théâtre de ce fécond et puissant auteur, où une si large part est faite aux aventures impossibles, aux caricatures énormes, aux scènes grossières entre les éternels bawd, pander etcoiirtesan^, on peut hésiter à le classer, tant il a de traits communs avec les auteurs de l'une et de l'autre école. Tout considéré, on trouvera sans doute que l'excellence et l'abondance des scènes ayant pour unique source d'intérêt la consciencieuse étude des sentiments et des mœurs, lui donne droit d'être rangé parmi les amis de la vérité. Il ne se contente pas d'observer les passions dans leur nature propre, à l'état fixe (selon le procédé que poussaient à l'extrême les faiseurs de moralités 2), mais il note, en psychologue exact, la manière dont elles se développent ou s'atrophient au contact des réalités. A côté de pièces que mène, au hasard, l'arbitraire de sa fantaisie, toutes en intrigues et en quiproquos, parfois môme au milieu de ces pièces, il dit une vérité mémorable^, ou il plante sur ses pieds, en parfaite lumière, un personnage de vie réelle dont l'image, une fois vue, ne sera jamais plus ou-

1. Une des scènes les plus répugnantes de Mrs. Behn, et qui eut du succès à proportion, fut empruntée par elle à Middleton : scène de l'amoureux qui tombe par une trappe dans une certaine fosse pour reparaître aussitôt, « dungwet ». Blu7-t Master Conatable, de Middleton, IV-2; et The Rover, de Mrs. Behn, 1677, Acte III, nombreuses éditions.

2. Et auquel il recourt lui-même parfois : Hoard, Lucre, Moneylove, etc. dans A trick to catch the Old One, joué en 1607, ne sont guère que des personnages de moralité, des abstractions personnifiées.

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