‹ Histoire littéraire du peuple anglaisChapitre 253 sur 290 · Pools are not at ail liours foolisli, Nor wise men wise · texte numérisé non relu

Pools are not at ail liours foolisli, Nor wise men wise

Women beware Women, 1-2. Deux histoires dont lune est celle de Bianca Capello; drame des plus décousus; catastrophe amenée, une fois de plus, au moyen d'une pièce dans la pièce : acteurs et spectateurs s'entretuent.

bliée. Il examine, en ses variétés, un trait des mœurs contemporaines : la manie du duel par exemple ^ Use surpasse et éclipse tous les poètes de son groupe en écrivant un drame romantique où l'extraordinaire, dans les aventures, est égalé par la sincérité et le réalisme consciencieux, dans l'étude des passions : The Changeling^ (le transformé).

Ici la force tragique est de premier ordre ; il serait facile de nommer, d'un seul trait, vingt pièces mieux faites; il serait difficile de désigner, dans n'importe quel théâtre, un caractère plus vrai que celui du misérable De Florès. Béatrice, fille du gouverneur dWlicante, est fiancée par son père à un homme qu'elle déteste, au désespoir d'Alsméro noble espagnol qu'elle adore. Alsméro veut provoquer le fiancé, mais Béatrice tremble pour son ami et le lui défend. Un des officiers de la garnison, laid, pauvre, et qui lui inspire une vive répulsion, est épris d'elle; c'est De Florès. Elle n'a pour lui que rebuffades, il le sait, et vingt fois le jour, il s'arrange pour être sur son passage, la regarder et en recevoir, du moins, une insulte ; plutôt une insulte que rien ! H a dans les veines Tamour-poison. Le jour du mariage approche. Béatrice a toujours eu peur de l'of-

1. .1 fnir Quarrel, publ. 1G17-, voir surtout le bel exposé, I- 1. Plus loin, la part de la fantaisie devient forte : l'idée, pour un iiomine d'épée, de ne défendre la réputation de sa mère que s'il est sûr que sa rnère est sans tache, n'est guère conforme à la nature humaine, ni s]>écialement aux mœurs d'àlors. La passion des duels n'était guère moins puissante en Angleterre que chez nous. Voir entre autres, la lettre de Nicolas Charles, à sir Robert CoUon qui lui en signale, eu 1613, toute une série. EUis, Original letlers, II, t. III.

2. The ChangeliiKj, imprimé seulement en 1653, mais joué, en tout cas, à la Cour le \ janvier 1023. Le titre est tiré de la donnée secondaire du drame (due à Ko\Nleyj cl qui n'a rien à voir avec le sujet principal. Quant A ce dernier, se rappeler ici encore que les réalités contemporaines juslitiaient, jusqu'à un certain point, le dramaturge : haines et amours, mille livres offertes pour un assassinai, rôle de n ba\vd » et d'apothicaire, tortures et empoisonnement, quatre exécutions capitales : c'est ce qu'avaient offert aux regards, dans la vie réelle, en 1613, l'histoire de la comtesse d'Essex, du favori Robert Carr et de sir Thomas Orerburv.

ficier; son visage lui semble de mauvais augure : « La première fois que je trouve mon père de bonne humeur, je le lui fais congédier ». La date fatale est tout à fait prochaine. Que devenir? Seul De Florès serait assez osé pour la tirer de péril. La scène de la tentation est d'une vérité effrayante ; le malentendu horrible qui en forme le fond est indiqué avec une incomparable adresse. Au premier mot prononcé sans accompagnement d'injures, la joie de De Florès est intense, il est révolutionné, hors de lui. Elle soupire tristement, résiste, ne veut pas s'expliquer; il la supplie à genoux de parler. Elle fait enfin allusion à Fangoisse du mariage prochain. N'est-ce que cela, dit De Florès? mais ce n'est rien; « l'heure de Piracquo est venue; personne ne le verra plus jamais ». Et pendant qu'elle parle récompense, grande somme d'argent, fuite facilitée, De Florès répond vaguement, laisse s'établir l'équivoque et, resté seul, dit : « Il me semble que je la sens déjà dans mes bras ». La scène après le meurtre est plus tragique encore ; avec Faveuglement de la passion, qui ne peut rien discerner que son objet, qui a des œillères lui cachant, à droite et à gauche, les difficultés et les obstacles, fussent-ils gros comme des montagnes et profonds comme des précipices, Béatrice n'a pas compris ce qu'eût compris le spectateur le plus distrait : que Florès n'était pas de ceux qu'on peut payer et faire disparaître, que, ce qu'il exigerait, ce serait elle-même, risquant tout pour l'avoir, sa propre tête et celle de l'aimée : et ce ne serait, du reste, que refaire ce qu'il avait déjà fait en assassinant le fiancé ; qu'enfin elle s'était vendue au démon .

Elle se débat, aveugle. Cet assassinat qu'elle a risqué pour être à Alsméro et qui la livre à l'exécré De Florès ! Gomment le croire? Le supplice est long et cruel. Elle est lente à comprendre, elle offre trois mille florins.

« De Florès. — Me placez-vous au rang de cette vermine qui tue pour un salaire ? Offrir de l'or pour une vie d'homme ! est-il aucune chose trop précieuse pour me récompenser?

Béatrice. — Je ne comprends pas.

De Florès. — J'aurais pu louer un entrepreneur de meurtres, à ce prix, et garder une conscience tranquille.

Béatrice. — Je suis dans un labyrinthe ».

Elle double la somme ; elle conseille la fuite. Alors, dit Florès, fuyez aussi. Et comme elle se récrie : « Ehl quoi, n'êtes- vous pas aussi coupable, aussi abîmée que moi dans le crime? Nous sommes inséparables ».

Serrant, de plus en plus près, sa victime, l'assassin éclaire eniin la malheureuse : nous sommes égaux ; que parlezvous de rang et de naissance? « Nous sommes l'un et l'autre les fils de notre œuvre, ma belle meurtrière ». Persiste et j'avoue; et ce sera la honte immédiate, et tu ne seras jamais à Alsméro, « Quant à ma propre vie, je l'évalue à rien » . Trésors, larmes, supplications, sont inutiles : « Tout l'or de Valence ne te sauverait pas... Peux-tu changer par tes larmes la volonté du Destin? Tu ne pourras pas plus facilement changer la mienne ».

Coupé de scènes bouffonnes, commandées à Rowley, qui ne semble même pas avoir su, lorsqu'il les écrivait, quel était le principal sujet de la pièce, le drame marche à son inévitable et sanglante conclusion. De Florès tue Béatrice et se tue lui-même, triomphant jusque dans sa catastrophe, fidèle à son caractère, à sa passion et à ses dires : il a atteint ses fins, il a été l'amant de Béatrice, et il l'aura été seul : rien d'autre pour lui ne compte, pas même la mort.

On compose, on joue, on imprime: le talent continue d'abonder. Mais comme c'est seulement le talent et que les anciennes formules ont beaucoup servi, on se répète.

Ceux qui sortent des sentiers battus, comme Beaumont et Fletcher, sont dangereux à suivre; il vaut mieux ne pas aller là où ils voudraient nous conduire. Tel qui, par hasard, s'avise de se distinguer en prêchant, au contraire, la vertu, n'a pas, comme aura un jour Addison, le secret de la rendre aimable, et écrit des pièces si ennuyeuses que les acteurs refusent de les jouer, sachant trop que le publie refusera de les entendre ^ L'usure des outils est visible : elle est évidente chez Brome, Randolph, Cartwright, Marmion, Glapthorne ~; elle est très apparente chez James Shirley, et d'autant plus même que, de tous ces dramaturges secondaires, il est le mieux doué ^. Né en 1596, élève des universités, ministre protestant, converti au catholicisme, maître d'école à Saint-Alban, il vint à Londres et commença d'écrire pour le théâtre vers 1625. Son talent facile et souple s'adapta aisément aux goûts du jour qu'il se garda

1. Cas de Thomas Nabbes, temps de Charles I"; Woi'ks, éd. fiuUen, 1887,

2 vol. 4". Nabbes se plaît aux héros moralisateurs (mais qui parlent toutefois en langage assez cru des choses prohibées). Ex. : rôle de Theophilus dans The Bride, représenté en 1638, t. II, p. 9. Les acteurs refusèrent de jouer The Unfortunate Mother du m.ême, publiée en 1640.

2. Richard Brome, serviteur, puis élève et ami de Jonson, mort vers 1652. De lui, des comédies de mœurs où l'influence de son maître est visible, et quelques pièces romantiques; Dramatic Works, Pearson, Londres, 1873,

3 vol. 8°. — Thomas Randolph, 1605-35 j Works, éd. Hazlilt, 1875, 2 vol.; subit la même influence; pièce à humours : son Muses Looking Glass, Oxford, 1638. Il emprunte à Beaumont et Fletcher l'idée surprenante du personnage qui se donne pour mort et se fait transporter clos dans son propre cercueil. De lui encore une adaptation londonienne du Plutus d'Aristophane. — W. Cartwright, royaliste enthouasiaste ; autre élève de Jonson; meilleure pièce : The Ordinary, joué en 1634, scènes de la vie commune à Londres (dans Dodsley, éd. Hazlitt, t. XII). — Shackerley Marmion, mort en 1639, même école; trop d'aventures, mais de jolies scènes dans son Antiquary, joué vers 1636; Dramatic Works, éd. Maidment et Logan, 1875, 8°. — Henry Glapthorne, temps de Charles l^jPlays and /'oem.s, 1874, 2 vol. 8°; de lui Wallenstein, imprimé en 1639, traitant d'événements contemporains, mais sans le moindre souci de la vérité historique.

3. Dramatic Works and Poems, éd. Gifford et Dyce, Londres, 1833, 6 vol. 8".

de contrarier ; la reine Henriette-Marie et divers seigneurs le protégèrent; la fortune lui sourit. Puis vinrent les jours sombres, la fermeture des théâtres, la révolution, et une reprise de l'ancienne profession de maître d'école que, dès lors, il n'abandonna plus. Pendant qu'à la Restauration ses anciennes pièces étaient remises à la scène, il écrivait des grammaires, une Via ad latinam linguam complanata^ . Sa femme et lui moururent le même jour, peu après le grand incendie, en 1666. Il avait pu assister, dans le cours de sa carrière, aux premières représentations de pièces par Shakespeare et de pièces par Dryden.

Shirley écrivit des tragédies; il va sans dire qu'elles appartiennent au genre sombre, genre usé. Il montre une nouvelle duchesse d'Amalfî^^ et une manière de Lorenzaccio qui est loin de valoir celui de Musset^. Dans le Cardinal, où l'influence de Webster est visible, prêtres, dames et colonel s'aiment, se poignardent et s'empoisonnent, sans émouvoir, ni surtout étonner : rien de plus habituel que ces noirceurs. Comme Ophélie, la duchesse a la raison troublée par le chagrin et, comme les folles de théâtre en pareil cas, elle tient des propos licencieux et incongrus; c'élait de tradition. Dans le Traître, Shirley passe à côté du sujet qui eût pu être, soit la lutte pour la liberté dans une république italienne, soit le drame intime au cœur de Lorenzo; mais qui est remplacé par le tableau des débordements du duc italien qui ne nous est que trop familier, avec, pour grand effet tragique, le rendez- vous d'amour, la couche toute prête, et la jeune fille enfin consentante;

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